Diane Fissore : "Je n'imaginais pas qu'on soit encore là 20 ans après"

Le Jumping fête cette année ses 20 ans. De ses débuts sous le chapiteau de Fontvielle jusqu'à son arrivée sur le port, l'évènement créé par Diane Fissore a connu de belles embellies. Cet anniversaire est l'occasion de faire le point avec sa créatrice, à quelques jours du XXe Jumping international de Monte-Carlo.

A l'origine il n'y avait ni jumping ni fédération équestre. Puis il a suffi d'une rencontre pour que tout se mette en place. Une fédération est créée, et c'est un évènement qui vit encore aujourd'hui qui débute. Après avoir vu passer bon nombre de cavaliers du haut du panier, le Jumping s'apprête à fêter son 20ème anniversaire à la fin du mois de juin (25, 26 et 27 juin).

Comment est né le Jumping ?

Il y a une vingtaine d'années, il n'y avait pas de fédération à Monaco. J'ai été contactée par Eric Wauters (1951-1999), à qui j'ai été présentée. Il m'a dit qu'il voulait organiser un jumping ici. Mais sans fédération ce n'était pas possible. Nous l'avons donc créée ensemble avec Marie-Pierre Gramaglia. 

A la suite de ça, nous avons fait le premier jumping en 1995, deux mois seulement après la création de la Fédération. C'était une première édition, c'était très compliqué parce qu'au chapiteau de Fontvieille rien n'était prévu pour cela à l'époque. Les débuts ont été faits comme pour une petite manifestation artisanale. Après 20 ans, c'est devenu une grosse machine. 

Tout s'est donc fait à la suite d'une rencontre?

Oui tout à fait, comme beaucoup de choses dans la vie. Et du fait aussi qu'on partageait tous la même passion, on montait tous à cheval. Eric Wauters était un cavalier belge qui avait été médaillé olympique et faisait, à cette époque, partie des meilleurs cavaliers mondiaux.

Pourquoi vous être lancé dans un évènement hippique à Monaco ?

Parce que je monte à cheval et que c'est ma passion. C'est souvent ce genre de choses qu'on commence, en pensant que ça va être un hobby et ça en devient finalement un métier.

Organiser cet évènement vous prend beaucoup de temps ?

Oui, je m'y suis consacre à plein temps. J'ai monté une société d'évènementiel grâce à laquelle je peux organiser la manifestation, j'ai des employés à plein temps. C'est une véritable organisation aujourd'hui. 

En combien de temps s'est mise en place la première édition ?

Lorsque nous avons eu l'agrément de la Fédération Internationale pour la Fédération Monégasque, nous avions déjà commencé l'organisation du jumping. Nous avions été un peu "francs-tireurs", puisque nous avions commencé avant l'obtention de l'agrément. Je crois me rappeler qu'on avait eu l'autorisation en février, et la première édition a eu lieu en avril. D'autant qu'à l'époque, la manifestation avait lieu sous le chapiteau et était en indoor. De ce fait, nous devions être la dernière manifestation du circuit en indoor. Nous sommes restés sous le chapiteau une dizaine d'années.

A quel moment le Jumping a-t-il été intégré au Global Champions Tour ?

J'ai pris la décision d'arrêter le chapiteau parce que j'en avais fait le tour. C'était assez compliqué à organiser et la manifestation s'essoufflait un peu, elle avait besoin de prendre plus d'essor. J'ai toujours eu l'idée de le faire sur le port. Quand les travaux du port ont été terminés, j'ai trouvé l'endroit idéal et la configuration des loges. Ce qui s'est d'ailleurs fait par hasard, puisque je me baladais pendant les fêtes de N°l dans le village, et il y avait des espèces de ponts, qui faisaient comme des marches. En montant sur ces ponts, j'ai trouvé l'endroit pour les loges. J'ai rencontré Jan Tops, qui n'avait pas encore son Global Champions Tour, et Monaco a ainsi été le 1er Global Champions Tour. Nous avons fait un partenariat avec la Fédération et Jan Tops, et nous avons démarré sur un nouveau site, en outdoor, avec de nouveaux partenaires, sur un circuit qui est depuis mondialement reconnu et un des plus importants.

Là aussi, cela semble être une histoire de rencontre ?

Jan Tops était cavalier. Il a été médaillé d'or et montait à l'époque sous le chapiteau, où il venait presque tous les ans. Lorsqu'il a arrêté sa carrière, il était déjà l'un des plus grands marchands de chevaux de jumping. On a démarré ensemble par la suite. Il n'a fallu que quelques mois. Je voulais organiser le outdoor. Et lorsque nous nous sommes rencontrés, tout s'est rapidement mis en place.

Comment le Jumping a-t-il évolué ?

Au niveau des espaces tout d'abord. Nous avions moins de boxes, moins de chevaux et donc moins de participants (à l'époque du indoor). Tout a été dans la progression, comme au niveau des dotations, de la qualité de l'accueil. En ce qui concerne les parcours, nous avons toujours eu les meilleurs chefs de piste, comme Olaf Petersen ou Frank Rothenberger. Nous ne pouvons pas nous permettre à Monaco d'avoir des chefs de pistes qui ne sont pas le top du top parce que c'est trop difficile à monter.

Quelles ont été, selon vous, les éditions les plus marquantes ?

Sans doute l'année où nous avons commencé la Pro-Am avec Charlotte Casiraghi. Nous en avions discuté ensemble et elle aimait bien l'idée de parrainer une épreuve ludique à laquelle elle pourrait participer. Je pense que cette année-là a marqué un seuil dans l'évolution du Jumping. Il y a eu une implication un peu plus forte de la famille princière. Les arrivées de nouveaux partenaires comme HSBC ou Longines sur le Global Champions Tour ont marqué un tournant, car de belles organisations découlent de gros partenaires.

Comment sont choisis les cavaliers ?

C'est un règlement de la Fédération équestre Internationale (FEI) pour les professionnels, dans lesquels il y a les 30 meilleurs mondiaux. Il y a ensuite les « Wild Card », pour des cavaliers qui font le tour à l'année, et qui ne sont pas dans les 30 meilleurs, mais qui ont tout de même de bons classements. Il faut savoir qu'il y a de très bons cavaliers qui ne font pas forcément toutes les sélections, mais ils sont aussi bons que ceux du top 30.

Quels sont ceux qui ont marqué l'histoire du Jumping ?

En vingt ans, vous avez la carrière de certains cavaliers. Je me rappelle de Rodrigo Pessoa. Quand il a commencé, on était au chapiteau. Au premier Jumping, il nous aidait à faire des photocopies. Il est ensuite devenu un très grand. Il y avait aussi Jan Tops, qui était là comme cavalier en indoor et qui fait partie de l'organisation aujourd'hui.

Qu'est-ce que ça vous fait d'arriver à la vingtième année du jumping ?

Ca me donne un petit coup de vieux (rires), mais c'est assez surprenant d'en arriver là quand on regarde en arrière.

Etes-vous satisfaite de ce que l'évènement est devenu ?

Oui tout à fait. On ne peut pas ne pas être satisfait. Mais ça fait un peu étrange. Quand j'ai démarré, je n'imaginais pas qu'on soit encore là 20 ans après. Honnêtement, au début, on n'avait pas réfléchi à ça, on avait juste en tête de faire quelque chose de bien. Il aurait fallu être médium pour voir ça.

Avez-vous des envies particulières pour les Jumpings à venir ?

On avait pensé à du dressage ainsi qu'à d'autres choses. On a aussi un projet avec des chevaux arabes. Mais comme nous n'avons que 3 jours, on est coincé entre les montages, on doit libérer le port, donc ça limite un peu. C'est dommage de ne pas pouvoir l'utiliser un jour ou deux de plus. On a essayé plusieurs fois, mais on n'a jamais réussi à trouver la solution.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans une compétition de Jumping ?

Quand on organise, c'est intéressant de voir le montage, c'est amusant de voir comment ça se fait. Il y a un côté assez excitant là-dedans. Quand on regarde une compétition, on a quand même des cavaliers qui sont les meilleurs mondiaux, avec des chevaux exceptionnels. C'est difficile de rester de marbre devant le spectacle. Il y a de très très belles épreuves. 

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