Dossier

Jumping de Monaco : la grâce au bout des fers

Le Longines Global Champions Tour (GCT) avait installé son quartier général sur le port Hercule pour la huitième année, le temps d'une étape. La sixième, sur treize, de ce tour du monde du saut d'obstacles. Les 27, 28 et 29 juin, la cité-Etat a vécu au rythme des foulées puissantes de plus de deux cents montures.

Ils étaient rasés de près. Dans le paddock, où ils échauffaient leurs longs muscles, les chevaux se montraient exemplaires. Calmes et puissants, ils ne se permettaient pas de coup d'humeur. Ils n'élevaient pas la voix. 

Les équidés étaient là pour l'une des plus prestigieuses compétitions cinq étoiles au monde. Pour l'occasion, chacun arborait une robe éclatante. Tous les tons étaient permis. Les marron, gris tachetés, noirs, beiges ou blancs avaient fière allure avec leur coupe dernier cri. 

Certains étaient tressés, d'autres avaient lâché leurs crins impeccables. La tête haute et la démarche lente, ils se montraient à la hauteur de leur réputation et n'avaient d'œillades pour les badauds que le temps de parcourir les quelques mètres qui les séparaient des écuries. 

Leur cavalier les laissait s'arrêter parfois, pour donner une interview à leur manière. L'humain glissait quelques mots sur la forme du cheval, mais le public n'en avait que pour la bête. On lui caressait le nez et se laissait passer aux rayons X par ses grands yeux profonds. On portait les enfants afin qu'ils mettent un peu de désordre dans la coupe parfaite. Des instants de divertissement pour l'animal majestueux, avant de regagner son box.

Écuries sécurisées comme pour un Grand prix

À l'abri des regards, on se laissait aller à tempêter un peu. Alors que l'heure de la douche avait sonné et que les jets d'eau allaient bon train, on tapait du pied, hennissait et soufflait bruyamment. Sûrement une sorte de débriefing post-entraînement. L'athlète manifestait ses impressions auprès du coach pendant sa séance de soins. Le cheval est un sportif comme les autres.

Si les bruits des coulisses filtraient et que l'on respirait la bonne odeur si peu anodine du foin, impossible d'accéder à la zone. De grandes tentures estampillées "Jumping" couvraient les hautes barrières scrupuleusement gardées. 

"Tous les chevaux sont vus par un vétérinaire agréé par la Fédération équestre internationale (FEI). Ils ont droit à des contrôles antidopage. Imaginez qu'une personne pénètre dans les écuries et leur donne à grignoter un produit interdit par le règlement. Le cavalier et sa monture seraient sévèrement pénalisés", explique Gilles Perriere, juge international lors de cette étape du GCT.

Tout un monde

Le village du Jumping, c'est ainsi qu'on le nommait. Ce n'était pas un abus de langage. Le petit monde de l'équitation de haut vol s'était déployé sur le port Hercule et la darse sud, depuis le virage de la Rascasse et au-delà du stade nautique Rainier-III. 

La partie visible et mondaine se trouvait près de la mer. Le restaurant du Jumping, bâti sur deux étages, marquait la césure entre le paddock de 1 100 m2, réservé aux exercices, et la piste de 2 025 m2 destinée aux épreuves. 1 100 tonnes de sable avaient été déversées temporairement sur le bitume princier. 

Accolés au site d'entraînement, un stand de dégustation de vin, un coin repas et même un coin shopping avec des produits de l'horloger Longines, qui a le monopole du chronométrage du Tour, dont il est le plus gros partenaire, mais aussi une boutique Massimo Dutti.

"Notre rôle c'est de faire en sorte que tout soit prêt pour que les équipes du Global Champions Tour n'aient plus qu'à prendre place et peaufiner l'installation", explique Diane Fissore, organisatrice du Jumping de Monaco et présidente de la Fédération équestre de la Principauté. 

Aux commandes depuis dix-huit ans, elle explique que c'est un travail de longue haleine que les équipes étudient toute l'année. Mais dans les faits… "Il nous faut deux semaines pour le montage, et quatre jours pour le démontage. C'est-à-dire que jeudi matin, tout sera libre et propre, on aura oublié que le Jumping a eu lieu."

Spooner donnait le ton

Chaque journée alternait épreuves pour amateurs et épreuves pour cavaliers professionnels, comptant pour le classement général du Tour. En tout, quinze épreuves engageaient quatre-vingts concurrents dont trente des meilleurs mondiaux durant ces trois jours. À noter que la dotation totale pour ces courses était de 393 500 euros, dont 285 000 allait au Grand prix du prince.

Dès le coup d'envoi, lors de la première course du concours de saut international (CSI) cinq étoiles du jeudi, qualificative pour le Grand prix du prince de Monaco, l'Américain Richard Spooner faisait la différence. 

Il remportait le Prix de la Fédération équestre de la Principauté (obstacle à 1,45 mètre) avec sa monture Billy Bianca. Déjà, il faisait parler. Lorsque l'on demandait à Diane Fissore de nous confier son pronostic, elle n'hésitait pas. 

"Deux années de suite, Richard Spooner a gagné (2008 et 2009). Il est encore là cette année et pourrait remettre ça", glissait l'organisatrice du Jumping de Monaco. 

Wenceslas Thomel, cavalier monégasque, annonçait la même couleur. "C'est difficile de s'avancer dans cette discipline. Si je devais citer un nom, je dirais Richard Spooner. Les deux fois où il a gagné, c'était avec Cristallo. Le couple est présent cette année et semble en forme".

Page 1/2

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos