La passion du cheval

Depuis sa plus tendre enfance, Wenceslas Thomel est un mordu de cheval. Ce cavalier professionnel, qui représente la Principauté à l'international, nous parle de cette passion devenue le fil conducteur de sa vie*.

Chez les Thomel, l'équitation est un sport de famille, une véritable passion même, que Wenceslas partage avec sa sœur Dietlinde, et depuis quelques années sa nièce, Eileen. Si Dietlinde est restée dans les parages, le Monégasque, lui, est installé depuis 2015 en Normandie, après être passé par la Suisse, l'Irlande ou encore l'Italie. Cavalier émérite qui évolue à l'international en CSI 2*, ce féru de compétition gère son écurie, où il emmène les chevaux jusqu'à leur meilleur niveau. 

Comment avez-vous commencé ?

Depuis l'enfance, j'ai toujours été passionné par les chevaux. On ne sait pas expliquer pourquoi, car personne n'en faisait dans ma famille. Mes parents ont commencé comme cela, à amener mes sœurs au centre équestre. Au début, j'étais trop petit, mais j'ai commencé dès que j'ai eu l'âge de monter sur les poneys, à 8 ans. 

Qu'est-ce qui fait que vous avez accroché ?

Au début, c'est sûr, c'est la passion de l'animal avant d'être la passion du sport. En grandissant, et en commençant la compétition, ça a été aussi la passion de la compétition.

Elle est venue naturellement ?

Quand on me l'a proposé, j'ai de suite eu envie d'en faire. C'était un peu dans l'ordre des choses au centre équestre où, lorsqu'on progresse, on passe les galops. Une fois tous les galops passés, cela donne la clé pour la compétition, qui permet de savoir si ce qu'on fait tous les jours à l'entraînement est juste ou pas. 

Pourquoi le saut d'obstacle ? 

Je m'intéresse aux autres disciplines, mais je ne les ai jamais pratiquées et la question ne s'est jamais posée. J'étais aussi dans une région où il n'y avait pas de concours complet, je n'aurais pas pu m'orienter là-dessus. Donc c'était soit le dressage, soit le concours hippique. C'est vrai qu'il y a plus d'adrénaline dans le saut d'obstacles et c'est quand même plus sportif que le dressage.

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Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'en faire votre métier ?

Au début, je montais les mercredis et week-ends, puis vers 11-12 ans, toutes les vacances scolaires et tous les jours durant l'été. Mes parents m'emmenaient à Villeneuve-Loubet dès que je n'étais pas à l'école. Arrivé au lycée, je n'avais pas une grande passion pour les études et je ne pensais toujours qu'aux chevaux. J'ai arrêté l'école en seconde et je suis directement parti travailler avec eux. C'est un métier difficile, il faut vraiment être passionné pour le faire. Mais c'est ce que j'avais envie de faire. 

Qu'apporte cette discipline aux cavaliers ?

L'équitation est une école de l'humilité. On peut très bien avoir du succès un jour et un échec cuisant le lendemain. C'est assez fréquent. C'est vraiment un sport où il faut apprendre à perdre, parce qu'on perd plus souvent que ce qu'on gagne. C'est un sport qui demande aussi d'avoir beaucoup d'empathie car les chevaux restent des animaux sensibles. Le cavalier et sa monture forment un couple. 

Comment sait-on qu'on a le bon partenaire ? 

Généralement, on le ressent. On a de suite comme un coup de cœur, quelque chose qui nous plaît chez l'animal. Ça arrive aussi qu'on ne soit pas emballé au départ, mais qu'à force de travail, on finisse par former un couple, et par être enthousiasmé par cette bête-là, mais c'est plus rare. Après, il y a des paramètres techniques. Lorsqu'on essaie un cheval, on recherche forcément des caractéristiques adaptées à la discipline à laquelle on le prédestine. Dans notre sport, on parle beaucoup de sentiments, et on sait tout de suite si on en a un bon. 

La réciproque est également vraie ?

Ça arrive aussi. Tous les cavaliers ne s'entendent pas avec tous les chevaux et inversement. Mais j'ai envie de dire qu'un bon cavalier doit arriver à s'adapter à un maximum de chevaux. Ce n'est pas à l'animal de s'adapter.

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J'imagine qu'on préfère les prendre jeunes et les dresser soi-même?

Oui parce qu'on les connaît mieux. Et puis c'est intéressant d'amener un cheval jusqu'à son meilleur niveau, c'est très valorisant. Il existe aussi une complicité différente. 

Ce n'est pas trop dur de les voir partir ensuite ?

C'est toujours difficile de les laisser partir. Surtout quand ils sont bons. Mais c'est le métier qui veut cela – de les former puis les laisser partir si on n'a pas trouvé des partenaires - parce que c'est un sport mais c'est aussi avant tout un métier. Il y a vraiment tout un business autour du cheval. Après, même si on n'a pas envie, on s'y attache automatiquement parce que ce sont des animaux avec lesquels on travaille pendant des années. La séparation est quand même dure, mais on y est habitué. Et le lendemain il faut continuer, parce qu'il y a les autres chevaux qui nous attendent à l'écurie. 

Comment vous êtes-vous installé en Normandie ?

Au départ c'était une opportunité professionnelle, j'ai travaillé pour une écurie là-bas. A la fin de mon contrat, j'ai continué avec mes partenaires et je suis resté dans cette région que j'ai vraiment aimée. C'est très agréable, surtout pour l'entraînement des chevaux. On n'a pas ce confort-là de partout. Le climat, déjà, est assez adapté, que ce soit l'été, avec des températures relativement douces, ou en hiver, le froid n'y est pas si terrible. Il y a beaucoup d'herbage, on peut remettre les animaux au pré quand ils ont fini leurs concours. On ne peut pas leur offrir la même vie qu'ici, dans le sud. 

Quel est votre ressenti quand vous êtes en selle ?

C'est beaucoup de concentration. Je dirais que ce qui est le plus difficile, c'est d'arriver à ce que la monture ait une locomotion sous la selle la plus naturelle possible. Si vous ne le montez pas bien, que vous avez trop de mains ou de jambes, que vous êtes débutant, toutes ces actions-là vont donner des crispations et des tensions à la monture. Il va devenir raide, se déplacer en se protégeant là où il a mal. Le plus difficile est d'arriver à le convaincre que toutes les actions vont lui apporter du confort dans la locomotion. Et quand on arrive à obtenir ça - ça peut prendre énormément de temps, même en montant bien - c'est beaucoup de satisfaction et de liberté. On ne fait plus qu'un, on n'a pas besoin d'action forte, au point presque où l'on pense et le cheval exécute. Ça, c'est magique !

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Vous avez également longtemps entraîné…

Au départ, c'était plus une façon de gagner ma vie parce que c'est une facette du métier. Maintenant, j'enseigne beaucoup moins, mais cela m'arrive d'organiser quelques stages dans l'année. J'aime énormément entraîner et cette idée de transmettre. Et plus je progresse en tant que cavalier, plus j'aime cela. Je vois aujourd'hui que je suis meilleur enseignant que je ne l'étais au départ, grâce à mon expérience. La particularité de ce sport, c'est qu'on peut le pratiquer très tard, donc on ne cesse jamais d'apprendre.

Il est vrai qu'il y a une longévité assez exceptionnelle chez les cavaliers. Qu'est-ce qui permet de garder la motivation ?

Les chevaux ! Parce que c'est toujours différent, chaque animal est différent. Chez les cavaliers de très haut niveau, il arrive qu'on leur confie des montures déjà tout faits, déjà performants et là on est vraiment sur l'aspect compétition. Mais je pense que ce qui est le plus passionnant, c'est fabriquer son cheval, comme on dit dans le jargon, pour l'amener jusqu'à son meilleur niveau. C'est ça qui fait qu'on n'a pas envie d'arrêter.


* Article issu du CSM n°50

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