Dossier

École Bleue : J'ai plongé pour vous

À l'École Bleue, on s'engage

"Mais avant de partir, vous allez vous tourner vers la mer, mettre votre main droite sur le cœur et prêter serment à dame nature", déclare-t-il, solennellement. Les pitchouns ne plaisantent pas. Demi-tour sur la gauche, main sur leur frêle poitrine, ils répètent: "Moi, pirate des abysses / Je promets à partir de ce jour / De protéger la nature à mes risques et périls / D'économiser l'eau douce / De trier mes déchets / D'empêcher la pollution / De sauver les dauphins / De sauver les baleines / De sauver les thons rouges / Vive la nature / Qui on est, nous? / On est les pirates".

Nous nous dirigeons vers un coin de plage, bordé par un mur de béton. C'est là que les ateliers se déroulent. Sur le chemin, en discutant avec Pierre Frolla, j'apprends qu'en stages débutants, le matin, il reçoit quarante-huit enfants par semaine. L'après-midi est réservé aux confirmés, et il y en a entre trente et quarante. "Donc du 1er mai à début septembre, j'ai jamais de voix", plaisante-t-il. L'apprentissage est organisé autour de trois axes: la plongée sous toutes ses formes, la sensibilisation à l'environnement, et le sauvetage aquatique. "Dès huit ans, un enfant doit être capable d'identifier quelqu'un qui a un problème et de le ramener sur le rivage. Il apprend cela à l'atelier pirates en détresse", explique le moniteur. Les petits nageurs ont déjà commencé. Ils se ramènent les uns les autres, en tenant la personne en détresse sous les aisselles. Ils semblent avoir bien intégré le sauvetage. C'est rassurant, pour moi...

La bascule arrière, fastoche

J'embarque d'abord sur un bateau pneumatique, mouillé près du bord. Je suis accueillie par Princesse, ou Gil... "J'ai plusieurs surnoms. En vérité, je m'appelle Loren", raconte la jeune monitrice de 17 ans. "Alors, on commence par la bascule arrière. Ensuite on fera la bascule avant. Chacun son tour." Ils savent déjà de quoi il s'agit et sont pressés de basculer. Je me contente d'observer. Princesse, notant que je suis un tantinet larguée, m'explique. "Tu t'assois sur le bord, dos à la mer. Tu regardes à droite, à gauche et derrière toi. S'il n'y a personne, tu cries "attention" afin de te signaler, par précaution. Tu maintiens ton masque d'une main et tu te laisses tomber en arrière." Les petits me guettent, j'ai la pression. Mais mon premier essai paraît correct. On m'indique de faire le signe "ok" lorsque je ressors la tête de l'eau. Il faut imaginer qu'on est équipés pour plonger (masque, palmes, détendeurs pour respirer et gilet de stabilisation sur lequel sont fixées les bouteilles) et qu'on ne peut communiquer que par signes avec son équipe. Il est primordial de connaître quelques codes.

"Ils doivent savoir sauter d'un bateau n'importe où. C'est important si jamais ils souhaitent passer leur niveau 1", explique Princesse. Le niveau 1 est le premier niveau de plongée sous-marine et permet de pratiquer sa discipline encadré par un moniteur expérimenté. "Moi j'ai été formée ici. Maintenant, je suis "jeune monitrice" et j'encadre les enfants depuis l'année dernière." Même parcours pour (l'autre) Lauren, et Anne-Sophie, 17 ans également.

L'heure de vérité

Je passe à l'atelier plongée en bouteilles. J'ai chaussé mes palmes et je me tiens près du bord du mur. On m'enserre la taille avec une ceinture de quatre kilos. Pierre Frolla est là, dans l'eau. Il m'attend. "C'est ton tour!" Malgré moi, je ressens une petite appréhension. Et si je paniquais? Et si je n'arrivais pas à faire la fameuse "compensation des oreilles" (pour y équilibrer la pression)? "Tu cries "attention", et tu fais juste un pas vers l'eau pour te laisser glisser en elle. Tu tiens ton masque d'une main, ta ceinture de plomb de l'autre", me conseille Andrea, moniteur. Une fois la surface regagnée, Pierre Frolla m'aide à enfiler le gilet de stabilisation. Il m'explique que je dois respirer normalement, par la bouche, à l'aide du détendeur raccordé aux bouteilles. Bizarrement, j'ai oublié que je suis myope et fais tout ce qu'il me dit de faire. "Relâche-toi. Tu laisses tes bras flotter. Tu n'avances qu'à l'aide de tes jambes tendues. Je vais te tenir la main tout le temps et tu me feras le signe "ok" si tout va bien. Je te rappellerai de compenser tes oreilles." Je me laisse flotter, nous nageons un peu plus loin, et je comprends que c'est parti.

On descend doucement sous la surface. Respirer par la bouche, compenser, laisser flotter ses bras. Nous descendons encore. La température chute brusquement et j'ai la chair de poule sous ma combi de 3 millimètres. On n'entend plus que sa propre respiration. On est léger et les mouvements sont lents et fluides, comme en apesanteur. Nous pénétrons un autre monde et observons les poissons, curieux, qui viennent à notre rencontre. Une dorade passe, je vois que mon moniteur réagit. Il sort un oursin de sa léthargie et le lui tend pour l'attirer. Elle s'approche timidement, nous pouvons presque la toucher. Il m'expliquera plus tard qu'il est en train de l'apprivoiser. Nous visitons les roches et nous posons doucement sur les algues. Je ne pense plus à rien. Je regarde, je touche, je vis.

Une fois revenue à la surface, j'apprends que trente minutes se sont écoulées, à neuf mètres de profondeur. Je m'assois lentement. "Toi, tu es dans un autre monde", me lance Pierre Frolla, amusé. Je plane.


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