Le décathlonien

Décathlonien jusqu'au bout des ongles, Kevin Mayer n'est pas qu'un sportif accompli. C'est aussi un homme à la tête pleine dont la soif de connaissance s'étend à de nombreux domaines.

Aligné au javelot sur Herculis, Kevin Mayer peaufine sa préparation en vue des mondiaux, même si son réel objectif est l'année prochaine, avec les JO de Tokyo. 

Si vous deviez donner trois adjectifs pour vous définir ?

Je dirais têtu, passionné et cordial (rires). 

On peut aussi ajouter engagé et travailleur ?

C'est vrai. Mais pour moi, tu n'es pas recordman du monde sans être travailleur. C'est un de mes trucs. Je connais mes objectifs et je sais quels sont les moyens à employer pour y arriver.Vous avez pris part au 110 m haies et au poids l'an dernier, cette année c'est le javelot. 

Philippe Millereau Kmsp

Vous aligner sur certaines disciplines lors de meetings comme Herculis avec des spécialistes vous aide à vous améliorer ?

Généralement, on va voir les meetings en début d'année pour voir ce qu'ils nous proposent. Personnellement, j'aime bien faire en fonction de l'épreuve. Sur ce genre de grosses compétitions, j'aime m'aligner sur des épreuves difficiles dans l'engagement. Le javelot, par exemple, c'est compliqué d'être à 100 % à l'entraînement. Il y a des choses comme ça comme la perche, le saut en longueur, la hauteur, le 110 m haies, des choses qui sont plus difficiles que le disque ou le poids par exemple. C'est aussi en fonction des sensations, parce que si je n'arrive pas à les trouver à l'entraînement, je vais les chercher en compétition. 

Peut-on dire que le décathlon est un reflet de votre personnalité ?

Oui, c'est une de mes particularités, je me passionne pour tout et rien. Ne faire qu'un seul sport ne m'aurait pas suffi, je me suis toujours ennuyé quand je ne pratiquais qu'un sport à l'entraînement et le décathlon est pour moi le compromis parfait. Chaque jour, je vois une nouvelle chose. En dehors du décathlon, qu'est-ce qui vous anime ?Beaucoup de choses en fait. J'adore tout ce qui touche à la science, l'astronomie, la diététique, en passant par la médecine, la mécanique. Faire du sport avec mes potes. Je suis aussi assez impliqué dans l'écologie. Ce sont des choses qui me passionnent, mais qui me font peur aussi.La peur justement. 

Par rapport à votre discipline, la blessure est-elle une chose qui vous angoisse ? 

Les blessures, c'est le plus difficile à gérer dans une carrière. Je pense que sans blessure auparavant, j'aurais pu battre le record du monde il y a déjà un moment. Et encore, parmi les décathloniens, je pense que je suis le plus régulier et le moins blessé du circuit. Mais je travaille aussi pour ça, en passant deux heures par jour à faire des exercices qui me permettront de ne pas être blessé le lendemain.Vous êtes quelqu'un d'appliqué, de pointilleux, mais aussi de très engagé. Notamment contre le dopage, comme on l'a souvent vu ces derniers mois. 

Pourquoi ces prises de position ?

Avant mon record, je n'en parlais pas beaucoup. Mais depuis cette perf', j'en suis beaucoup plus victime. Les gens s'imaginent que je suis dopé parce qu'ils ne pensent pas qu'il est possible d'atteindre ce genre de perf' sans ça. C'est là où je me suis dit qu'il fallait que je sorte du silence et que je trouve un moyen de devenir transparent. Je me suis posé plein de questions. 

Kevin Mayer

Où commence le dopage ? Où s'arrête-t-il ? 

C'est un sujet qui me passionne énormément et j'ai toujours réussi à m'entourer de personnes qui allaient me permettre d'être plus performant, alors j'essaie de comprendre comment les gens en arrivent à se doper. J'ai toujours eu une pratique non dopante mais en cherchant à progresser et je ne sais pas comment on arrive à prendre des produits interdits.

Cet engagement, ce combat, c'est une chose que vous pourriez poursuivre après votre carrière ?

Je suis décathlonien, pas sprinteur ou footballeur. Je ne gagne pas ma vie avec l'idée que j'assure en même temps mon avenir. Je suis honnête, je n'ai pas envie de galérer plus tard, il faudra donc que je trouve quelque chose de très bien rémunéré. Il faudra donc voir les moyens qu'on me donnera. Mais je pense qu'il y a d'autres domaines où je pourrai gagner de l'argent et m'épanouir plutôt que dans ce domaine-là où, dès que tu y mets un pied, on te tape sur les doigts. Je crois en la technologie humaine qui va évoluer exponentiellement dans les prochaines années et je pense que le sport disparaitra d'ici 20 à 30 ans. Mais moi, personnellement, je veux être transparent pour tout le monde.

C'est pour cela qu'on vous voit partager beaucoup de choses sur les réseaux sociaux ?

C'est impossible de montrer tout ce que je fais. C'est juste du partage de passion, c'est vraiment de donner envie de faire du décathlon aux gens. Pour montrer que je suis clean, il y a d'autres moyens, comme le programme Quartz, qui va m'aider à être totalement transparent. J'ai fait les premiers tests et ils seront bientôt en ligne. 

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Les réseaux sociaux ont aussi montré que vous aviez une certaine autodérision après votre échec aux Europe avec la FFL (Fédération Française de la Loose, compte humoristique sur les échecs français dans le sport)?

Je pense que 10 minutes après avoir raté, je commence déjà avoir du recul sur ce que j'ai fait. Je n'ai jamais vu personne ne rien rater dans sa vie, et je ne vois pas pourquoi ce serait honteux. Plus on rate des choses, plus la réussite est belle. Je ne prends pas trop au sérieux les critiques sur les réseaux, ça a plus tendance à me faire rire, et la FFL ça me fait mourir de rire, j'adore ce qu'ils font. Le prendre mal serait un manque d'humilité. Mal prendre ce que fait la FFL est révélateur d'un égo surdimensionné. Ce qu'ils font, c'est de l'humour. Ça m'a permis de rigoler le jour où j'ai raté les Europe, j'avais presque envie de leur dire merci.

Comment réagissez-vous face à l'échec ?

A l'instant T, je suis très énervé, surtout à l'entraînement, je suis quelqu'un qui m'énerve énormément. Je suis très perfectionniste et j'ai envie d'avancer vite, c'est la base de tout au décathlon, il faut savoir avancer vite parce qu'il faut apprendre dix épreuves et en une vie, on n'y arriverait pas. Donc plus tu vas vite, plus tu seras bon. Et c'est peut-être pour ça que je suis très bon, c'est que je suis à fond perfectionniste. Mais mon coach passe parfois de sales moments parce que personne ne m'en demande autant que je m'en demande à moi-même.

Comment voyez-vous cette fin de saison ?

J'ai eu de la chance de faire le Décastar très tard l'an dernier, donc c'est une année de préparation classique pour moi. Avant le Décastar, je n'avais pas eu de compétition pendant un mois et demi. Je fais pareil cette année, j'essaie de me garder un peu pour les JO de l'an prochain. Les championnats du monde, c'est déjà fait, je vais me battre pendant, mais je pense plus aux JO.

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Avec une revanche sur les Europe à prendre aussi après les Jeux ?

Ce serait le big challenge, réussir à faire or et or au décathlon en l'espace de 15 jours, ça ne c'est jamais fait. Deux décathlons en 15 jours, ça ne s'est pas vu non plus, mais comme je pense qu'il n'y aura pas beaucoup de participants au championnat d'Europe avec les Jeux juste avant, j'aurais peut-être un peu de marge pour y arriver. Honnêtement, ce serait le big challenge de réussir les deux. Le truc parfait, ce serait record du monde aux JO et or après aux Europe. Ce serait un truc de dingue (rires). 

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