Meeting Herculis : La reine Sifan

Après une édition 2018 hors normes, qui l'avait vu à nouveau sacré meilleur meeting de l'année, l'Herculis EBS 2019 a eu lui aussi son lot de records.

C'est un rendez-vous que les fans d'athlétisme ne veulent pas rater. Un rendez-vous où la performance n'est que rarement en retard. Il suffit de jeter un œil aux bilans des précédentes éditions pour s'en rendre compte. Elu six fois meilleur meeting de l'année depuis 1998 (1998, 2008, 2011, 2014, 2015, 2018), celui qu'on nomme Herculis EBS régale toujours ses fans. Encore plus lors des dernières années. L'édition 2019 n'a pas dérogé à la règle et le bilan, encore une fois, aura de quoi ravir la Fédération Monégasque d'Athlétisme, organisatrice de l'événement. Avec un record du monde, cinq meilleures performances mondiales de l'année, un record de la Diamond League, quatre du meeting et un continental, ainsi que dix records nationaux, il se pourrait bien qu'Herculis postule, encore une fois, au titre de meilleur meeting de l'année. 

Sifan Hassan, madame records

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Son petit sourire ferait fondre les cœurs de pierre. Il faut dire que son histoire a de quoi attendrir. Mais ce n'est pas ce sur quoi s'arrête la Néerlandaise d'origine éthiopienne. Même si cela a forcément joué dans sa détermination. Réfugiée politique avec ses parents, elle arrive aux Pays-Bas à 13 ans. Elle en a désormais 26 et défend les couleurs de son pays d'accueil. Des couleurs qu'elle porte haut. Pleine de détermination, il fallait la voir s'arracher sur la dernière ligne droite pour aller chercher un nouveau record en Principauté. Car après avoir établi le meilleur chrono sur 5 km route en février dernier, c'est le Mile - Brave like Gabe (1609 mètres) qu'elle s'est adjugée. "Je n'y croyais pas trop. Comme cet hiver, je trouvais qu'on allait trop lentement. Aux 800 mètres, quand j'ai vu le temps de 2'8''20, je n'y croyais plus", a-t-elle expliqué en conférence de presse après la course. "Mais je n'ai pas lâché"Comme l'hiver dernier, son accélération décisive lui a permis d'inscrire les lettres "NEW WR" et son temps en dessous, 4'12''33, nouvelle référence mondiale en la matière. De quoi lui ouvrir encore un peu plus l'appétit pour la suite. "J'adore Tirunesh Dibaba et j'aimerais vraiment réussir à aller chercher son record sur 5 000m (sur piste - 14'11"15)". 

Les Lavillenie dans le coup, Piotr Lisek dans les étoiles

Le concours de perche était l'un des moments les plus attendus de la soirée. Il faut dire que le casting avait de quoi faire saliver. Au menu, le recordman du monde, Renaud Lavillenie, le champion olympique 2016, Thiago Braz, le champion du monde Sam Kendricks, le champion d'Europe Armand "Mondo" Duplantis, le meilleur performeur de l'année, Piotr Lisek, mais aussi Valentin Lavillenie, de retour au premier plan, ou le Polonais Pawel Wojciechowski. Et la constellation de stars de la discipline a assuré le spectacle. Le jeune français Alioune Sene, 23 ans, a réussi à franchir une barre à 5,72 m et ainsi établir un nouveau record personnel. 

Un record, c'est également ce qu'a réalisé Valentin Lavillenie. Installé dans la région, celui qui sautait "à la maison" a encore montré que, depuis son retour de blessure, il n'était plus le même (voir p.23). Plus serein, plus libéré au moment de s'élancer, il a franchi une barre à 5,82 m, la première de sa carrière. De quoi le voir exploser de joie face au pesage avant d'être rapidement rejoint par son frère. Lui aussi de retour de blessure, il retrouve peu à peu son niveau et s'est également arrêté à 5,82 m, sa meilleure performance de la saison. En difficultés depuis son sacre à domicile lors des derniers JO, Thiago Braz a franchi 5,92 m, une première pour lui depuis les Jeux !

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 Mais le grand vainqueur est le Polonais Piotr Lisek. Sur une belle lancée cette saison (il a franchi 6,01 m à Lausanne), il a montré très vite qu'il faudrait aller très haut pour l'arrêter. C'est bien simple, il n'a pas manqué un saut avant d'essayer à 6,06 m. Jusque-là (5,72 / 5,82/ 5,87 / 5,92 / 5,97 / 6,02), il avait franchi toutes ses barres au premier essai. Le seul qui semblait en mesure de l'inquiéter, le jeune phénomène suédois Mondo Duplantis, a fait l'impasse à 5,97 après un essai manqué pour finalement connaître le même destin sur ses deux dernières tentatives à 6,02. De quoi permettre à Lisek de réaliser sa meilleure performance personnelle, la meilleure performance mondiale de la saison, mais aussi le record du meeting.

Amos pour le doublé, El Bakkali frappe fort

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Terrain de jeu propice aux belles performances sur le demi-fond, le tartan monégasque a encore vu un 800 m de qualité se dérouler. Déjà vainqueur l'an dernier, avec un record du meeting à la clé, le Bostwanais Nijel Amos a encore fait le show au ­Louis-II. C'est simple, il n'a laissé aucune chance à ses poursuivants, Ferguson Rotich en tête (pourtant auteur de son record personnel en 1'42''54), courant très vite dès le départ. Il s'est d'ailleurs imposé en améliorant une fois de plus le record du meeting (1'41"89), signant au passage la meilleure performance mondiale de l'année. Engagé sur le 800 m où il faisait sa rentrée, Pierre-Ambroise Bosse a eu du mal à suivre la cadence et termine à la 9e place (1'45''43). Autre course de demi-fond, autre grosse performance, celle du Marocain Soufiane El Bakkali sur 3 000 steeple. En l'absence de Conseslus Kipruto, le patron de la discipline, le vice-champion du monde a assumé son rang, signant au passage la meilleure performance mondiale de l'année (8'04''82), effaçant une marque qu'il avait lui-même réalisé (8'07''22 à Doha en mai). 

City jump et Maître Taylor

Après le lancer de poids l'an dernier, c'est au tour du triple saut de s'exporter en dehors du stade Louis-II. Mais uniquement pour ces dames. Comme en 2018, l'organisation avait planifié une épreuve à la veille du meeting, sur le port Hercule. Et ces dames ont assuré le show devant une tribune pleine à craquer et de nombreux curieux venus s'agglutiner le long des barrières. Yulimar Rojas a survolé les débats avec deux sauts au-delà de 14,90 m (14,96 au 3e essai, 14,98 au 4e). 

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Chez les hommes, qui ont, eux, sauté au Louis-II, c'est le grand patron Christian Taylor qui a de nouveau régné en maître. En tête tout au long du concours, l'Américain de 29 ans en a profité pour signer sa meilleure performance de la saison tout en améliorant le record du meeting (17,82 m), record qu'il avait lui-même établi il y a 4 ans (17,75 m en 2015). 

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En bref

Parmi les autres temps forts du meeting, le 100 m a offert une belle opposition en Justin Gatlin, champion du monde en titre et Noah Lyles, la nouvelle star montante du sprint. Mais le vétéran américain (37 ans) a montré à son jeune compatriote qu'il faudrait encore compter sur lui en s'imposant d'un cheveu (9"91 pour Gatlin, 9"92 pour Lyles). Sur 400 m, un faux départ a donné lieu à une scène cocasse. Jonathan Jones et Anthony José Zambrano n'ont pas entendu l'alerte et ont poursuivi leur effort, Jones terminant la course seul ! Si les deux hommes n'ont pu prendre part à la course par la suite, c'est Steven Gardiner qui s'est imposé (44"51). Au javelot, où Kevin Mayer était aligné avec les spécialistes, c'est l'Allemand Andreas Hoffmann qui l'a emporté avec un jet à 87,84 m. Mayer a de son côté réalisé sa meilleure performance de la saison (67,52 m). Shaunae Miller-Uibo a confirmé sur 200 m (22"09), tout comme Kendra Harrison sur 100 m haies (12"43). Sur 400 haies féminin, la jeune Sydney McLaughlin (20 ans) a rappelé qu'il faudra l'avoir à l'œil à Doha (victoire en 53"52, MPM). Toujours intouchable, Mariya Lasitskene a survolé le concours de hauteur (2m), tandis qu'Ajee Wilson l'a emporté sur le 800 féminin, (1'57"73), tout comme Timothy Cheruiyot sur 1 500 m (3'29"97). Le Kényan a d'ailleurs fait sourire le stade en se rapprochant du lièvre peu après le départ pour lui demander d'accélérer, avant de finalement le déposer.