"Je détestais le triple saut"

La jeune Niçoise Rouguy Diallo, spécialiste du triple saut, a les Mondiaux de Doha en ligne de mire. A Monaco, elle a mesuré ce qui la sépare encore des meilleures mondiales.

Contrairement à ses adversaires, Rouguy Diallo fait plutôt office de petit modèle chez les spécialistes du triple saut. Ce qui ne l'empêche pas de réussir dans une discipline très technique. Ça tombe bien, la jeune fille aime la complexité. "C'est hyper technique et j'aime ce qui est compliqué. Ça me prend la tête mais j'aime", se plaît-elle à répéter au fil des minutes passées en sa compagnie. Et pourtant. Comme elle nous l'a avoué, elle a commencé par...détester le triple saut. "J'ai débuté l'athlétisme à 7 ans (à La Valette-du-Var) et au départ je faisais un peu de tout. Le jour où j'ai essayé le triple saut, j'étais sur une compétition et un de mes anciens coaches m'avait dit 'on va t'inscrire à cette épreuve'. Je ne savais même pas que ça existait (rires). Je ne comprenais rien, je ne savais pas comment sauter", se rappelle la jeune athlète de 24 ans. "Je ne sais plus si j'avais pleuré ou pas, mais c'était horrible." 

Championne du monde juniors

Malgré cet accroc inaugural, Rouguy Diallo finira pourtant par revenir à cette discipline. Après un passage par les épreuves combinées, c'est en 2013 qu'elle se spécialise réellement dans le triple saut. Amatrice du saut de haies comme du sprint, ses résultats vont finalement la pousser vers l'ennemi intime de ses débuts. "Après avoir à nouveau essayé le triple saut, j'ai commencé à avoir de bons résultats et mes performances me permettaient d'aller en sélection et de prendre part à des compétitions internationales." 

Si les résultats ont dicté ses choix, la native de Nice a su dompter une discipline complexe, au point d'y prendre du plaisir. Car au fil des ans, les sensations ont accompagné les bonnes performances, de quoi nouer une relation particulière avec le triple saut. "J'adore ce que je ressens lors des temps en l'air. Il y a la vitesse avec les temps de saut, où le temps s'arrête. Il y a deux extrêmes qu'il faut mélanger. C'est ce que j'aime. C'est comme si ton corps se remplit d'adrénaline, qu'il est prêt à exploser et que d'un coup tout se coupe, là où tu ralentis. Ce sont des images mentales, c'est difficile de mettre des mots dessus, mais c'est magique."

Je t'aime, moi non plus

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Très vite, la jeune Rouguy se retrouve en haut de l'affiche. C'est à Eugene, dans l'Oregon (USA), lors des mondiaux U20. Avec un saut à 14,44 m, elle prend la médaille d'or. Et la pression qui va avec une fois arrivée chez les grands. "Je ne m'attendais pas du tout à gagner. Je suis passée de 13,74 à 14,44 directement. Soit une performance qui pouvait me permettre de rentrer sur des meetings Diamond League, des championnats d'Europe. Et je n'ai pas su gérer tout ça." 

Pépins physique, prise de poids, manque de sérieux et d'application, Rouguy Diallo traverse une période difficile. Après une première claque en 2016 (elle manque les minimas pour 4 cm), elle échoue l'an dernier aux championnats de France (qualificatifs pour les Europe), en faisant un 0. "C'est la claque dont j'avais besoin", confie la jeune fille qui a cependant toujours pu compter sur son coach, un certain Teddy Tamgho (champion du monde 2015 de triple saut). "C'est plus que mon coach, c'est comme mon grand frère. Il est très fort sur l'aspect mental et est très direct. J'ai peut-être été trop fragile parfois, mais c'est aussi pour ça que je suis devenue celle que je suis aujourd'hui." 

Et cette année, tout marche comme l'a prévu le duo. Rouguy avance pas à pas, avec un objectif en tête, entrer en finale à Doha. "On a un plan précis avec mon coach. Les pièces s'assemblent, c'est comme un puzzle. Je sais que j'ai le physique, maintenant il me reste à me régler mentalement en compétition pour me rapprocher des meilleures."

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