Une vie de sports

Frédéric Choquard est entraîneur à l'AS Monaco athlétisme. En charge des sprinteurs, lui-même ancien athlète, il a aussi mené une carrière de basketteur. Passant du parquet au tartan aussi vite qu'il filait d'une raquette à l'autre, ''Fredo'' vit sa meilleure au quotidien*.

Frédéric Choquard est ce genre de personnage que l'on prend plaisir à voir. C'est simple, il a presque tout le temps le sourire. Que ce soit dans les tribunes de la salle Gaston Médecin ou sur la piste d'athlétisme du Louis-II. Il faut dire qu'au travers de ces deux activités, celui qui officie sur le meeting Herculis EBS depuis 1988 vit ses deux passions. "Je kiffe ma vie (sic)", répète-t-il, sourire aux lèvres. "Je serai redevable à vie à Monaco, au Comité Olympique Monégasque, au gouvernement, au Prince, de m'avoir permis de vivre ça, que ce soit au basket ou à l'athlétisme." 

Car la vie de Frédéric Choquard est depuis longtemps partagée entre ces deux disciplines. Deux sports entre lesquels il n'a jamais réellement pu choisir. Deux parts d'un même homme. "Le basket est ma passion, la première, celle de toujours. L'athlétisme est une passion qui a grandi pour arriver au même niveau et c'est devenu mon métier, une vocation. Ma vie." 

Basketteur sprinteur

Pratiquer deux disciplines est une chose que l'on observe souvent chez les tout jeunes sportifs. L'indécision, l'attrait pour différents univers. Et tant mieux s'ils se complètent. Mais vient toujours le moment du choix. Celui d'abandonner un sport au profit de l'autre. Généralement, ce choix s'effectue à l'adolescence, lorsque la pratique devient un peu plus sérieuse. Mais pour Frédéric Choquard, on peut presque dire que tout cela s'est fait un peu à l'envers. D'autant que, dans ses jeunes années, il était loin de penser que le sport serait sa vie.

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"Ce n'est qu'à partir des cadets que j'ai commencé à envisager de faire du basket et du sport ma vie. J'étais bon chez les minimes, où j'étais le plus petit et le plus rapide. Ma particularité, c'était la vitesse. Et j'ai grandi sur le tard." De quoi, déjà, annoncer les prémices de la suite de sa carrière. Si le basket est avant tout un jeu, une passion naissante et un sport où il s'épanouit, la donne va changer avec le passage en cadets. Un physique ''nouveau'', un niveau de jeu qui s'élève et rapidement les convocations prestigieuses arrivent. 

"Je me suis retrouvé présélectionné en équipe de France cadets, parmi les 30 meilleurs joueurs du pays", glisse Choquard, qui découvre ensuite le championnat Espoirs. "En espoirs, j'ai fait le banc des pros. On s'est alors retrouvé à partir en déplacement avec les pros, en championnat mais aussi en coupe d'Europe, on se faisait bizuter sans arrêt, l'ambiance était assez festive." Et dès que la saison de basket se terminait, une autre commençait.

L'athlé entre dans la danse

Si le basket occupe les pensées du jeune Frédéric, l'athlétisme arrive rapidement lorsqu'il franchit les portes du Lycée Albert Ier. Il faut dire que son professeur d'EPS est un certain Jean-Pierre Schoebel. Décathlonien, l'enseignant repère très vite les qualités de son futur poulain. "Il m'a dit que j'étais doué en vitesse et qu'il serait bon que je m'inscrive à l'athlétisme. La saison de basket se terminait en avril, celle d'athlé débutait en mai, avec les compétitions estivales. Et comme dès la Seconde le Staps m'intéressait, et qu'il fallait deux options sportives, je visais le basket et l'athlé, du coup Jean-Pierre m'a dit de venir au club pour préparer tout ça." 

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S'il débute par des épreuves combinées, où il était "moyen partout", Frédéric s'oriente rapidement sur la vitesse. Son point fort au basket. Même si cela lui jouera tout de même quelques tours, notamment sur les franchissements de haies. "Au basket, j'étais imprenable sur les criss-cross, les suicides, et jamais personne ne m'a battu. Ça a été ma force, et les haies c'est un nouveau départ à chaque fois, il faut repartir et accélérer. J'ai adoré ça, ce mélange de vitesse, de technique et de précision. Après, comme en football, au basket, on nous apprend à courir vite, en étant très bas sur les appuis. Ce qui est l'inverse dans le sprint. C'est ce que j'ai eu le plus de mal à transformer. Et en étant très bas sur mes appuis, j'avais tendance à cartonner les haies", glisse, rieur, celui qui dispose d'un record à 11''30 sur 100 m. 

Monaco, sa terre, son pays

Qualifié à plusieurs reprises pour les championnats de France Elite, Frédéric Choquard mène de front ses deux passions. S'il a eu un temps le bataillon de Joinville dans le viseur alors que le service militaire approche, il ne partira finalement pas. "C'est grâce au basket car ils ont fait en sorte que je reste dans le coin. J'ai été placé sur la base aérienne de Roquebrune, d'où j'étais libéré tous les jours à 17 heures pour aller aux entraînements." Pour ses études, Frédéric doit cependant partir. Le Staps de Nice est fermé, direction Grenoble, pendant deux ans. La réouverture de la fac chez le voisin le niçois lui permet de revenir et de retrouver sa place au sein de l'ASM basket. Si Frédéric a continué durant plusieurs années à pratiquer ces deux disciplines, c'est avant tout lié au plaisir et aux performances. "L'athlétisme est le sport de con par excellence, c'est la souffrance absolue, même si ce n'est pas au niveau de la gym ou de la natation. Pour réussir, il faut en baver. Et le plaisir, plus que de battre les copains, c'est de progresser et d'avoir des résultats." 

Quoi de mieux alors que d'en avoir dans les deux disciplines pour une nation qui vous permettra de vivre de vos deux passions ? C'est ce qui est arrivé à Frédéric Choquard. En 1987, 89 et 91, il prend part aux Jeux des Petits Etats d'Europe, aussi bien comme basketteur que comme sprinteur. Avec un certain succès. "En 1987, pour la première à Monaco, on fait médaille d'or avec l'équipe de basket. C'est la première fois qu'un athlète faisait deux sports. Et juste après un match où je joue 35 minutes, je file à la finale du 110 m haies, dont je finis 5e ! Et en 89, je fais médaille d'argent au 110 m haies", raconte, fier, Frédéric Choquard. La fin des années 80 correspond avec ''l'effondrement'' du basket pro en Principauté. Frédéric fait alors face à un dilemme. "Mon entraîneur me proposait de le suivre, à Berg. Si j'y allais, je partais vraiment sur une carrière professionnelle. Et au même moment, Jean-Pierre lançait Herculis et m'avait proposé de bosser avec lui." 

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Mais le choix est rapidement fait. Pour Frédéric Choquard, impossible de quitter sa terre. Il laisse donc échapper une carrière professionnelle au basket pour rester à Monaco et en embrasser une autre, en athlétisme, partagée entre son rôle d'entraîneur et l'organisation du meeting. "Mes anciens coéquipiers, ceux qui ont joué pro, ont écumé des clubs, sont devenus coaches ensuite, mais c'était une vie où tu devais bouger tous les deux-trois ans, et dès le départ, ça ne me plaisait pas. Je suis attaché à Monaco. J'ai fait le choix de Monaco tout simplement, un choix de lieu et de qualité de vie plutôt qu'un choix de carrière." Fred a tout de même joué encore quelques années, à Golfe-Juan, avant de tout arrêter suite à une vilaine blessure au tendon d'Achille. 

Mais les dernières années passées de l'autre côté de la barrière ont été aussi riches que les premières. "Un seul sport peut t'apporter des choses fabuleuses. J'ai eu la chance incroyable d'en avoir deux qui m'apportent des choses extraordinaires, avec des expériences fabuleuses. Que ce soit la vie de groupe, les médailles en tant qu'athlète, ou les grands événements en tant que coach, avec les JO, les JOJ, les championnats du monde. Ce sont des chances, des opportunités grâce au fait d'être multi-palettes. C'est grâce à ça que j'ai pu vivre tout ça. Et je continue d'en vivre et je kiffe ma vie"


* Article issu du CSM n°50

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