Jamais sans mon frère

Valentin Lavillenie est aujourd'hui plus fort qu'il ne l'était il y a un an. Et pourtant, il y a un an, il se blessait gravement au talon. Mais à force de volonté, le perchiste est revenu aux affaires, record à la clé. 

Renaud Lavillenie court, large sourire aux lèvres, retrouver son frère, Valentin, et le prend dans ses bras. Le cadet, dont on peut lire la rage et la joie qui s'entremêlent dans son regard, finit par tomber à genoux face à la tribune. Avec 5,82 m passés à Monaco, Valentin Lavillenie vient d'établir son nouveau record personnel. Pourtant, l'année écoulée ne le prédestinait pas à ce genre de performance. Il y a un peu plus d'un an (le 6 mai 2018), il se fracture le talon lors des inter-clubs à Pierre-Bénite (Lyon). Un stade dans lequel il a, il y a quelques semaines, effectué un retour fracassant avec un premier record personnel (5,81 m). "Quand j'ai passé cette barre, je n'ai pas pensé à grand chose. Je tombe sur le tapis, je me relève et je vois Renaud arriver en courant sur moi. Ce moment, le voir arriver comme ça, je l'ai rêvé mille fois. Je savais qu'il allait venir, me prendre dans ses bras, sans rien dire. Une image vaut mille mots", raconte Valentin.

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Le clan Lavillenie

Pourtant, après sa blessure, les médecins ne sont pas très optimistes quant à son avenir. Certains lui prédisent des difficultés pour remarcher, d'autres lui disent que le sport de haut niveau est terminé. "Recourir n'était qu'une éventualité pour les médecins", glisse-t-il. Après son opération à Lyon et un bref passage dans un centre de rééducation à la moyenne d'âge trop élevée, c'est chez son frère, Renaud, et sa femme, Anaïs, que Valentin part se reconstruire. "J'ai réussi à obtenir ça des médecins car j'y avais tout un staff, tout était calé pour que je sois aussi bien pris en charge chez mon frère que dans un centre." Et cette période en famille a fait le plus grand bien au perchiste de 27 ans. Surtout, ce temps lié à sa blessure a transformé sa relation avec son frère. "Quand je suis arrivé, Renaud m'a donné les clés de sa voiture, une automatique, et m'a dit 'tiens, c'est la tienne'. C'était comme mon père en fait (rires). J'ai l'impression qu'il ne sait pas tout ce que j'ai fait, mais en fait, il le sait, il a tout contrôlé. Il a vraiment été ce grand frère protecteur, aimant, et même au-delà.

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Si tout n'a pas toujours été rose, Valentin ayant encore des douleurs, il a cependant pu compter sur le soutien indéfectible de son clan. Un soutien illustré par une confession de sa maman, comme le rapporte le cadet de la famille. "Ma mère m'a dit que Renaud l'avait appelée pour lui dire 'Valentin a besoin de nous, il va falloir être là pour lui.' Je n'ai pas les mots exacts, mais l'idée est là et c'est super fort parce que devant moi, il ne me parlait pas spécialement de ma blessure. Tout ça a réellement renforcé notre relation", confie Valentin, dont l'émotion se lit sur son visage lorsqu'il évoque ces moments avec son aîné.

Un nouveau Valentin

Si cette blessure a permis à Valentin Lavillenie de revenir aujourd'hui plus fort qu'il ne l'était, tout comme de renforcer sa relation avec son frère, elle l'a aussi fait changer. Evoluer. Plus mature, plus réfléchi, il "essaie aujourd'hui de prendre plus de recul sur certaines situations. J'ai toujours été une tête brûlée. Je suis toujours aussi fou, mais je prends plus le temps de la réflexion." 

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Des changement notés par son entourage proche, qui ont aussi joué sur son appréhension de la compétition. "Je suis heureux d'être là, je n'ai pas de stress. Enfin, je le maîtrise mieux", confie celui qui a les Mondiaux de Doha et les JO de Tokyo dans le viseur. Et surtout, alors qu'il réalise sans doute la meilleure saison de sa carrière (deux records personnels établis successivement à 5,81 puis 5,82), malgré des douleurs qui resteront sans doute présentes encore longtemps, Valentin veut "rendre fier ceux qui ont été là pour moi. J'ai remercié Renaud et Anaïs plusieurs fois, ils m'ont répondu qu'ils n'avaient rien fait, mais ils m'ont sauvé la vie."

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