Premières monégasques (2/2)

Dans la continuité de notre voyage dans l'histoire du sport en Principauté, nous avons décidé de nous arrêter sur l'année 1987. Une année au cours de laquelle les Jeux des Petits Etats d'Europe sont venus pour la première fois à Monaco et où le meeting Herculis s'est lancé.

Les débuts d'un meeting d'exception

Les peintures du stade Louis-II sont encore fraîches lorsqu'il accueille sa première manifestation internationale d'athlétisme. Inauguré en 1985, le temple du sport monégasque voit se dérouler en son sein un match entre plusieurs nations, avec la France, l'Italie, les États-Unis et la République Fédérale d'Allemagne. Au programme, 10 épreuves dont la RFA sortira vainqueure. Si l'expérience fut rééditée l'année suivante, le constat fut cependant sans appel. Comme le souligne le Prince Albert II dans l'ouvrage "Herculis, 30 ans d'Athlétisme à Louis-II", "Nous nous étions franchement ennuyés lors de la deuxième rencontre internationale en 1986 sous un ciel gris et pluvieux, ce qui est tout de même très rare, ici, en mai. Il fallait autre chose pour attirer plus que la centaine de spectateurs qui nous avaient accompagnés lors des deux premières années", détaille ainsi le Souverain, également président de la Fédération Monégasque d'Athlétisme. 

Organiser un rendez-vous international

C'est lors d'une réunion des dirigeants de la FMA que l'histoire de l'athlétisme à Monaco va basculer. Et ce sous l'impulsion d'un homme, le Prince Albert II. "Nous étions en train de faire le bilan après le deuxième match international organisé en 1986, et le président de notre fédération, qui était alors Prince Héréditaire, décide que l'on doit arrêter ces matches pour organiser un meeting international. A l'époque, j'étais entraîneur et responsable technique de la FMA, et tout le monde s'est tourné vers moi. C'est comme ça que je me suis retrouvé à devoir recruter un plateau d'athlètes", se souvient, rieur, Jean-Pierre Schoebel, actuel directeur du meeting.  

Aides extérieures et course de l'Heure

Pas forcément habitué à ce genre de "recrutements", Jean-Pierre Schoebel dispose cependant d'un bon carnet d'adresses. Il faut dire que cet ancien décathlonien, détenteur de quelques-unes des meilleures performances établies sur la discipline, connaît son sujet.  S'il a bien été aidé par un ami, responsable du meeting de Lausanne, Jacky Delapierre, notamment présent pour le premier match international de 1985, Schoebel s'est surtout rendu à Paris pour y faire son "marché". "On est monté à quelques-uns pour le meeting de Paris et Raymond Lorre, le fondateur de cette manifestation, nous avait lui aussi donné un coup de main. Nous avions fait le déplacement avec Bernard Fautrier, René Clérissi et Alain Leclerc. Mais je m'étais un peu retrouvé livré à moi-même pour le premier recrutement", raconte Jean-Pierre Schoebel. Au-delà du recrutement, il lui avait également fallu aller voir comment organiser, non pas le meeting, mais surtout la "course de l'Heure". "Je m'étais un peu rencardé et j'avais été voir les championnats de France de la discipline pour voir comment cela se passait", se souvient l'actuel directeur du meeting. Pas une mince affaire à l'époque donc, d'autant qu'il faisait cela "en dehors de mes horaires classiques. Pendant quelques années, on a bricolé."

Les balbutiements avant la consécration

C'est finalement le 19 septembre qu'a lieu le premier meeting Herculis, dont le nom est choisi en rapport avec l'affiliation antique de la Principauté à l'illustre héros de la mythologie grecque (il y aurait accompli l'un de ses 12 travaux). En parallèle de cette "course de l'Heure", de nombreuses épreuves ont été organisées. Perche masculine, 100 m féminin et masculin, 110 m haies… "On était encore sur les balbutiements de ce que le meeting est ensuite devenu. Même au niveau du stade et des installations, c'était une autre époque" glisse Jean-Pierre Schoebel. Si le record de Jos Hermens (20,944 km en une heure) n'a pas été battu à Monaco, Carl Thackery, fondeur britannique, s'est imposé, étant le seul à franchir la barre des 20 km (20,075) sur le Trophée de l'Heure. 

Quelques beaux affrontements ont d'ailleurs eu lieu sur les autres disciplines, à l'image de la perche masculine. Si la victoire s'est décidée à 5,72m, la bataille a fait rage entre le Français Thierry Vigneron, vainqueur aux essais, et une figure aujourd'hui bien connue en Principauté, l'Américain Kory Tarpenning. Ben Johnson (10''16 au 100 m) et Merlene Ottey (10''99 au 100 m), ainsi que Mark McKoy (13''35 au 100 m haies) ont aussi fait partie des premiers champions du meeting. "Je peux dire aujourd'hui que cette course de l'Heure n'a pas été une grande idée. Mais ce que je peux vous assurer, c'est que ce meeting n'a existé que par la volonté du Prince Albert II", rappelle Jean-Pierre Schoebel. Un rendez-vous qui s'est professionnalisé pour finalement devenir à six reprises meilleur meeting de l'année.

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Photos

Sources

Jacques Candusso, "L'athlétisme à Monaco, 1890-2006", Éditions Fédération Monégasque d'Athlétisme, 2007.
Michel Fradet, "Herculis, 30 ans d'athlétisme à Louis-II", Éditions Fédération Monégasque
d'Athlétisme, 2017.