Un sport comme les autres

Loin de l'image qu'on lui attribue, la pole dance s'impose aujourd'hui comme une discipline à part entière. Avec la création de Monaco Pole Sport et de la Fédération de Monte-Carlo de Pole Danse Sportive, Cassandra Carpinelli entend bien changer les mentalités et offrir à la Principauté une représentation à l'international.

Rendez-vous était pris au club Monte-Carlo Gym. En attendant d'avoir son propre local, c’est là que Cassandra Carpinelli initie chaque semaine ses élèves à la pole dance. Mais attention, pas celle que l'on retrouve dans les cabarets et autres clubs de strip-tease. Car elles ont beau être en minishort et en brassière - parce que c'est la peau qui accroche la barre et permet de réaliser les figures - on est pourtant bien loin des clichés sexy associés généralement à cette discipline qui, depuis les années 90, a défié tous les préjugés pour s'imposer comme un sport à part entière.

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Des pointes à la barre

L'histoire de Cassandra Carpinelli et de la Pole Dance, elle, a débuté il y a trois ans. "Depuis mes 10 ans, je faisais de la danse, à raison de 10 à 20 heures par semaine. A 20 ans, je suis partie en école professionnelle à Nice pour passer mon diplôme d'État de professeur. Mais après une formation de deux ans, j'ai voulu tout arrêter car j'en ai eu marre", explique cette jeune femme pétillante de 25 ans. "Et je me suis dit : allez, je vais essayer la pole. J'ai testé à un enterrement de vie de jeune fille et j'en suis tombée amoureuse. Cela fait trois ans. Et depuis c'est devenu ma passion. J'ai toujours voulu devenir professeur de danse et avoir mon école. Et maintenant, c'est la pole." 

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La réalisation de ce rêve intervient en octobre dernier. D'abord avec la création de Monaco Pole Sport, rapidement suivie début 2019 par celle de la Fédération de Monte-Carlo de Pole Danse Sportive. "Mon but est de créer plus tard un championnat de Monaco. Je veux vraiment essayer de développer la pole dance ici parce que c'est un sport magnifique, que peu de monde connaît vraiment. J'aimerais lui enlever cette étiquette", ambitionne celle qui a participé en janvier dernier à la New Génération, avec les gymnastes du Fémina Sports. 

Et si la route semble longue, les mentalités commencent à évoluer. "Maintenant quand je croise des gens, on me dit que l'image de la pole dance a changé, qu'on commence à voir le côté artistique grâce à mon passage au cirque." D’ailleurs, c’est comme cela que les deux élèves de ce mercredi, Julia, 23 ans, et Stacy, 13 ans, sont tombées, elles aussi, sous le charme de cette discipline qu’elles pratiquent depuis deux ans.

Un sport pour tous

Autour des barres, les mots anglais s'enchaînent. Crash-mat pour tapis de sécurité, hand-stand pour arbre droit, spins pour les figures aériennes en rotation autour de la barre… Stacy et Julia, elles, viennent juste de finir l'échauffement, et s'apprêtent à attaquer le "conditionning". "Ce sont des exercices de musculation. Comme par exemple, aujourd'hui, passer d'une jambe sur l'autre pour travailler l'accroche du genou". Pour faire de la pole, aucune qualité physique particulière n'est demandée. Avec ou sans abdos, sportifs ou non… tous les profils et toutes les morphologies sont les bienvenues. "Il faut juste venir, sauter le pas", encourage Cassandra, qui enseigne aujourd'hui à une trentaine d'élèves, âgées de 11 à 52 ans. 

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Elle accueille aussi Oscar, 11 ans, qui est venu à sa discipline par le mât chinois, "cette barre recouverte de noir que l'on a vu à 'Incroyables Talents' et permet de 'poler' habillé et réaliser des figures différentes. À l'international, il y a plein de garçons qui font de la pole", rappelle la Monégasque, pour qui "tout le monde peut en faire. Après, on aime ou on n'aime pas. Il faut un seuil de douleur, parce que c'est la peau qui accroche. Mais, même si on est 'chochotte', ce n'est pas grave, le corps s’adapte, c'est juste un cap à passer." 

D'ailleurs, une fois l’habitude prise, à force d'entraînements et de répétitions, les résultats se font très vite sentir, ce qui s’avère très motivant pour ses élèves. "Cela dépend beaucoup des personnes, mais on commence à voir de belles choses assez rapidement, au bout d'un mois et demi - deux mois. Il y a des figures très simples que les élèves peuvent facilement assimiler. Après il faut faire attention parce que quand les filles progressent trop vite, leur musculature n’a pas eu le temps d’assez se développer et c'est là où elles peuvent se blesser. C'est pourquoi il est important de passer par les niveaux. Mais pour les débutants basiques, pour connaître les bases, il faut un minimum de 6 mois", explique Cassandra, pour qui la pole est "le meilleur sport pour la femme. A chaque cours, on travaille tout : jambes, bras, abdos, dos, épaules… On voit les corps qui se sculptent. Il y en a qui m'ont même dit que cela leur avait redonné confiance en elles. Il y a également beaucoup de bienfaits au niveau du mental". 

Compétition

Le conditionning fini, place au combo, qui vise à travailler l'enchaînement des mouvements. Un exercice, mêlant gestes dansés et acrobatiques que seuls ceux ayant déjà un niveau intermédiaire peuvent réaliser. Et qui est à la base des chorégraphies que l'on retrouve ensuite sur scène. Il y a quelques semaines, Stacy a d'ailleurs participé à sa toute première compétition régionale, où elle a terminé 5e. La jeune fille est la première élève de Cassandra à sauter le pas, mais ils devraient être quelques-uns l'an prochain. 

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Car, comme toute discipline sportive, la pole dance possède depuis une dizaine d'années ses propres compétitions, allant de l'échelon local à l'international. "Vu que c'est tout nouveau, c'est encore assez compliqué", souligne cependant le professeur. "Il y a plusieurs fédérations internationales : le POSA (Pole Sports & Arts World Federation), Pole Sport Organisation et l'IPSF (International Pole Sports Federation), qui n'ont pas les mêmes règles, ni même d'accords. Ce n'est pas vraiment encore réglementé comme les autres sports, mais ça commence parce qu'ils voudraient qu’elle arrive au Jeux Olympiques". 

En France, la discipline a rejoint depuis quelques années la Fédération Française de Danse. Et des juniors aux seniors, les adeptes ont le choix entre plusieurs catégories : "la pole sports, qui est très gymnique et physique. Comme en gym, les candidats doivent réaliser une chorégraphie, avec un certain nombre de figures auxquelles sont attribuées des points. Il y a aussi les compétitions de pole art, auxquelles je participe et où j'ai amené Stacy. Celles-ci demandent un ensemble danse et pole, et les juges sont très à cheval sur les thèmes de chorégraphie", explique Cassandra Carpinelli, qui s'est également essayé à la troisième branche de la discipline, la pole théâtre. 

Aujourd'hui, la jeune femme ne manque ni d'enthousiasme, ni de dynamisme pour atteindre ses objectifs. Et dès l'an prochain, elle veut mettre en place un gala de fin d'année, pour montrer les progrès de ses protégées à leurs familles et amis. Et qui sait, peut-être susciter encore de nouvelles vocations.

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