Les aéronautes veulent devenir "verts"

Les Aéronautes de Monaco ont décidé de prendre une orientation écologique dans leur approche du vol en ballon. L'occasion de revenir sur l'histoire du club et d'évoquer ce nouveau projet avec le président, Alain Cruteanschii.

Que ce soient les frères Montgolfier, ou encore Jules Verne qui en avait fait un roman, tous seraient aujourd'hui bien impressionnés de voir jusqu'où sont allés les moyens de transport qu'ils ont amenés au grand public à leur époque. Les clubs aéronautiques ont fleuri aux quatre coins du monde, et même la Principauté a le sien avec les Aéronautes de Monaco. 

Initialement créé en 2000, ce club a mis quelques années à décoller. "A cette époque-là, je volais tout de même, mais à l'extérieur. Ayant lancé les survols en ballon des Châteaux de la Loire dans les années 90, je n'ai pas trop de soucis pour aller voler", confie Alain Cruteanschii, le président du club de la Principauté.

Si au départ le club est surtout composé "de la famille et des amis", il va connaître un réel essor quelques années plus tard. Et grâce à une rencontre. "Bernard Lambert était à cette époque le directeur général de la Société des Bains de Mer (SBM). Il avait compris qu'entre le luxe et le rêve vendus par la SBM et notre activité, il y avait une adéquation", explique le pilote de montgolfière. Résultat de cette rencontre, une subvention du premier employeur monégasque aux aéronautes de Monaco. "Le premier ballon est arrivé en 2009. On l'a ensuite présenté sur la place du casino, et dès ce moment, on n'a pas arrêté."

Invitation et médailles d'or

Depuis ce jour de 2009 et le premier envol du ballon griffé aux couleurs de la SBM, les récompenses n'ont cessé de pleuvoir pour Alain Cruteanschii et ses acolytes. Pêle-mêle, trois médailles d'or à la coupe Icare (la plus grande manifestation mondiale de vol libre) en 2012, 2013 et 2014, ainsi qu'une médaille d'or à Barcelone en 2011 lors de l'European Balloon Festival. Et pour preuve des belles performances réalisées par les équipages des aéronautes de Monaco, une invitation en octobre dernier à Albuquerque pour la coupe des nations. "C'était très émouvant d'être là-bas car c'est une reconnaissance du travail accompli ainsi que de la qualité de l'équipe. C'était également la première fois qu'un ballon monégasque volait aux Etats-Unis", évoque, pas peu fier, Alain Cruteanschii. 

D'autant que de sacrés pointures ont rejoint son club. Parmi les membres, l'on peut notamment compter Bertrand Piccard, l'homme qui a réalisé un tour du monde en ballon en 1999, et qui est actuellement en cours de nouveau tour du globe à bord du Solar Impulse. Autre pilote présent dans les membres, Bob Berben, notamment vainqueur de la coupe Gordon Bennett (plus ancienne compétition aéronautique).

 "Ca passe ou ça casse"

Malgré tout ça, la SBM a récemment décidé de ne plus attribuer d'aide pécuniaire aux aéronautes de Monaco. "Après l'annonce de cet arbitrage budgétaire, j'ai pris la décision de convoquer le comité directeur du club et je leur ai annoncé que nous allions devoir déclarer forfait pour toutes les compétitions à venir", explique le pilote. Sans cette subvention, difficile donc pour le club de continuer à vivre, d'autant que les ballons arrivent en fin de vie. 

Mais plutôt que de se laisser abattre, le président a décidé de donner une nouvelle orientation à son club. "Lorsque Monseigneur avait prononcé son discours lors de son intronisation, j'avais été touché par son discours écologique. Le chemin tracé par le Souverain, c'est vraiment l'avenir", précise Alain Cruteanschii. Très au fait de ce qu'il se passe dans le milieu de l'aéronautique, celui qui est arrivé à Monaco voilà 20 ans a suivi de près les travaux de la société Ultramagic en Espagne. "Une nouvelle technologie est arrivée, et elle va nous permettre d'économiser 70% de carburant sur tous les vols que l'on va faire. On passe ainsi d'une consommation de 100 litres de propane à l'heure à 30 litres. On se dit donc que le club sera écologique en 2016 ou ne sera plus. Ca passe ou ça casse."

 Double vitrage

 Une montgolfière écologique donc, mais comment une réduction de carburant aussi drastique est-elle possible ? Assez facile à comprendre si l'on se réfère aux explications du pilote-parachutiste. "C'est très simple. Le constructeur a eu l'idée de cette manière. Le double vitrage marche. Donc on s'est dit, si on faisait une double enveloppe ? Après 2 millions d'euros et 5 ans de travaux, ils ont trouvé la solution pour garder un espacement entre deux couches de tissus de 4 à 5 mm entre la voile intérieure et la voile extérieure. L'idée est que le ballon se change en bouteille thermos. On le chauffe moins puisqu'il garde la chaleur. La couche d'air entre la voile intérieure et la voile extérieure sert d'isolant, c'est donc le même principe que le double vitrage." Effectivement, il ne semble rien y avoir de compliqué là-dedans. D'autant que des prototypes seraient déjà prêts. "A l'heure actuelle, il n'y a que 4 prototypes qui volent, à savoir trois en Espagne et un en Suisse."

 Coupe

Alain Cruteanschii espère donc avoir le cinquième, mais aussi devenir le premier team écologique monégasque. Mais l'ambition de cet homme ne s'arrête pas là. Afin de promouvoir au mieux sa démarche écologique, il aimerait créer une compétition qui prendrait son départ à Monaco. "L'idée que j'ai eue, c'est de créer un trophée pour mettre en scène cette technologie. Cela consisterait à décoller de Monaco et partir pour une course de distance sur 5 heures, uniquement ouverte aux ballons écologiques. J'ai trois possibilités de zones de décollage sur Monaco. A savoir, la digue du port, le stade Louis-II, et j'ai demandé au Souverain l'autorisation de décollage de la place du Palais. Nous pourrions créer la première référence, et le trophée passerait de main en main. On fait un vol de 5 heures, on part d'ici pour se poser à Mondovi (en Italie, là où le club effectue ses vols d'entraînement), et on invite le monde à venir nous battre. Et l'idée est qu'on maîtriserait la météo. C'est-à-dire que ça ne serait pas à date fixe, et que chaque mois, de l'automne au printemps, nous ouvrons des périodes. Et une semaine avant, on ouvre un créneau de 3-4 jours en proposant ça aux gens inscrits pour le trophée." 

Pour ce faire, un météorologue confirmé, actuellement à l'oeuvre sur Solar Impulse, Luc Trullemans, a déjà donné son accord pour gérer cette partie du challenge. Si la survie du club passe par une évolution écologique, il faudra également trouver des sponsors. C'est d'ailleurs ce à quoi s'attelle Alain Cruteanschii qui espère amener ce nouveau projet jusqu'à son terme.

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