L'histoire d'un déclic

Rudy Rinaldi est pilote de bobsleigh. Une discipline où le Monégasque est arrivé un peu par hasard. Une discipline qui lui a permis de sortir de sa bulle et de s'accomplir en tant qu'athlète de haut niveau. D'autant plus étonnant quand on sait que, petit, Rudy n'était pas très sportif*.

Nous sommes en 2012. Innsbruck accueille les premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ). Comme souvent dans les compétitions olympiques, la Principauté est présente. Un équipage de bobsleigh s'aligne au départ en bob à 2. À son bord, Rudy Rinaldi, le pilote, et Jérémy Torre, son pousseur d'alors. A l'arrivée, le duo accroche le bronze. "On a eu un ascenseur émotionnel parce qu'on était troisième à l'issue de la première manche et on passe 4e après notre deuxième descente. On était en bas, on pleurait, et lorsqu'on a vu arriver le dernier bob, on a compris qu'on était sur le podium", se souvient Rudy Rinaldi. 

Une première compétition révélatrice sur plusieurs points pour le pilote monégasque. "C'est là où j'ai pris goût aux voyages, car lorsqu'on est athlète de haut niveau, on se rend compte de la chance qu'on a de voyager. Et ça a provoqué un déclic en moi. Ensuite, il y a eu l'adrénaline, une sensation incroyable. C'était ma première grande compétition, ma première grande échéance et je me sentais bien. J'étais très timide et me sentir valorisé m'a permis de sortir de ma bulle", confie le jeune homme aujourd'hui âgé de 27 ans. Une bulle où il retourne tout de même le temps de se concentrer avant une descente. Mais qu'il maîtrise totalement. 

Le bob comme révélateur

Il faut dire que Rudy n'était pas prédestiné à une carrière de sportif de haut niveau. Si le sport a une place importante dans sa famille, le jeune homme a du mal à s'y mettre dans ses jeunes années. Même s'il aime ça. Mais sa timidité le freine. Le bloque. "Avant de débuter le bob, je n'ai jamais été un grand sportif. J'adorais ça, mais j'étais très timide. Je n'arrivais pas à aller dans un club", explique-t-il. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Sports de combat, football, handball, natation… Rien n'y fait. La timidité est trop forte. Les choses se décantent petit à petit alors qu'il entre au collège.

49370147742 82a6f38b3d O

Connaître ses camarades l'aide. Ce sera donc le sport scolaire et l'UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire). "Ça m'a bien plu, j'avais quelques qualités et ça me suffisait", glisse, rieur, le costaud aux yeux bleus. S'il participe quelques années plus tard aux championnats de France scolaires, il s'intéresse petit à petit à une autre discipline. Plus particulière celle-là. Son grand frère, Anthony, a débuté le bob comme pilote depuis quelques années. Et Rudy y jette un œil de temps en temps. "Quand il m'a montré ses premières vidéos, je ne comprenais pas trop et au fur et à mesure, j'ai commencé à m'y intéresser." 

Lorsqu'on lui parle des JOJ, le palpitant s'emballe. Et la machine se met rapidement en route. "Quand il m'a proposé de faire les JOJ, ça m'a vraiment emballé. Je suis allé voir Bruno (Mingeon, entraîneur de son frère et aujourd'hui le sien) et quelques mois après, je faisais ma première bob-school. Et j'ai kiffé ça (sic)."

Sensations et transformation

La première descente a de quoi faire peur. Dévaler une piste à plus de 100 km/h, dans une petite machine métallique que l'on dirige grâce à des câbles peut en perturber plus d'un. D'un naturel calme, Rudy n'avait pas d'appréhension particulière. "J'étais un peu stressé, mais comme j'ai toujours été un peu à la cool, je ne savais même pas qu'il fallait apprendre tous les virages par cœur. Et à l'époque, je ne parlais pas anglais. J'ai fait ma première bob-school avec Thibaut (Demarthon, un de ses partenaires en bob à 4 notamment) et on a fait le track-walk (reconnaissance de la piste) ensemble, donc il m'expliquait tout. Ensuite, on nous a lancé depuis le milieu de la piste. Et j'ai ressenti une sensation de malade (sic). Je cherchais les freins, je n'étais pas vraiment concentré mais c'est venu naturellement. J'ai eu le feeling tout de suite et tout le monde me l'a d'ailleurs dit après", se rappelle Rudy.

49304989351 Cdc0fa109d O

Le mélange de vitesse, de pilotage, avec la complexité que cela comprend. Autant d'éléments qui ont plu immédiatement à celui qui était aligné au départ des derniers JO de Pyeongchang (avec Boris Vain, son pousseur et ami). Cependant, un sacré challenge attend Rudy. Celui du physique. Car le garçon, au départ, n'est pas une armoire à glace, ce qu'il est finalement devenu à force d'un travail acharné. "Je n'étais pas du tout fait pour ce genre de physique au départ. Ça a été dur et c'est aussi pour ça que j'ai mal partout aujourd'hui. Comme j'ai toujours été un peu en retrait, dès que je mets la tête quelque part, j'y vais à fond. J'y suis sans doute allé trop fort et avec le recul, je me dis qu'il me manquait ces premières années de sport." 

Way of life

Les JOJ ont changé la vie que Rudy avait planifiée. Ses projets dans la restauration remisés à plus tard, il se lance à fond dans le bobsleigh. Une pratique où le jeune homme va développer une relation particulière avec sa machine. "Certains pilotes s'en foutent, mais j'ai toujours eu cette liberté, avec Bruno, de piloter avec mon feeling. On dit souvent que tu pilotes à l'image de ton caractère. Certains vont être saignant, brut, moi je suis un peu dans la lune, je suis réservé, donc j'ai besoin d'une machine avec laquelle je n'ai pas besoin de faire beaucoup. Il faut donc trouver le bon réglage avec ton bob en fonction de ta façon de faire. Pour moi, c'est un point clé de la réussite chez un bobeur." 

49395711332 764b9315c4 O

Comme avec son bob, Rudy a tissé des liens forts avec les garçons derrière lui. A 2 ou à 4, "c'est un sport d'équipe où tu as besoin d'une vraie cohésion. Sans pousseur je n'y arriverai pas. On est une petite équipe, on passe beaucoup de temps ensemble, on se doit d'être soudé pour se battre contre les grosses nations." Une relation où la confiance est également importante, le pilote se devant d'amener tout le monde en bas en un seul morceau. "C'est primordial  parce que si tu sens que ton pousseur n'a pas confiance, a peur, tu vas piloter avec peur parce que tu pilotes de la même façon que ce que tu ressens à l'instant ''T''. Moi, Boris, je sais qu'il est toujours à fond, c'est un compétiteur, il me pousse toujours vers l'avant. Ils savent de quoi je suis capable, me le font remarquer et ça m'aide." 

Scotché 

Voilà dix ans que Rudy rythme sa vie au grès des saisons de bobsleigh. Et le bonhomme espère que ça durera le plus longtemps possible. Lorsqu'on lui demande ce que signifie le terme "bobsleigh" pour lui, la réponse est claire, limpide. "Je kiffe (rire). C'est magnifique, c'est un super sport, et si demain je pouvais faire quelque chose, ce serait de le médiatiser beaucoup plus. Les athlètes sont supers, la complexité du matériel et du pilotage n'est pas assez mise en avant. Tu demandes à des athlètes de 110-120 kilos de courir vite, sauter haut, pousser fort. Physiquement, c'est dur, parce que rien ne va ensemble. C'est beau. La sensation en descente est folle, Tu es cloué à ton siège, c'est assez unique, tu as un mélange de pression qui te plaque, tu es dans un petit bout de tunnel, tout défile super vite autour de toi et mieux tu es habitué à la vitesse, mieux tu vois les choses, plus tu anticipes aussi. Chaque virage a un point de pression que tu dois prendre et donc tourner à ce moment-là. C'est un super sport et aussi une grande famille. Tu as du mal à ne pas aimer ça. On va dans des endroits très beaux, mais ça reste un peu rustique et il y a une grande convivialité qui ressort de tout ça. Si je pouvais faire descendre des gens tout le temps, ils comprendraient."


* Article issu du CSM n°50

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos