Bernard Pivot : "Supprimons les interviewes à la mi-temps !"

Invité par l'Association monégasque pour la connaissance des arts au Théâtre des variétés, où il a lu ses "Souvenirs d'un gratteur de têtes", Bernard Pivot a accepté de sortir un instant du champ littéraire pour évoquer le sport et plus particulièrement le football, l'une de ses grandes passions. Né à Lyon, le journaliste, animateur et écrivain, fervent supporter de Saint-Etienne, estime que le ballon rond a joué un rôle majeur dans sa vie.

Durant votre jeunesse, quel rapport entreteniez-vous avec le sport ?

Je dois beaucoup au sport. Je ne serais pas devenu l'homme, l'animateur, le journaliste que je suis sans le sport. J'étais un garçon assez réservé, timide, romantique, discret. A l'adolescence, j'ai été très content d'intégrer une équipe de football. J'étais un peu solitaire, le football m'a donné l'esprit d'équipe, qui est devenu ensuite l'esprit d'entreprise. J'y ai trouvé beaucoup de ressources : l'énergie, l'opiniâtreté, l'envie de gagner, le respect de l'adversaire…

Quand on est un peu réservé, il n'est pourtant pas toujours facile d'évoluer dans une discipline collective…

Oui, il faut forcer sa nature, c'est évident. Pour moi, cela a changé beaucoup de choses. Je parle surtout des sports d'équipe. J'ai aussi pratiqué le tennis de table. Mais je dis toujours aux parents qui ont des enfants un peu doués pour le sport : "Ne leur faites pas faire que du tennis, donnez-leur l'esprit d'équipe." Il faut toujours être capable de vivre avec les autres, de composer avec eux et de s'affirmer face au monde. 

En dehors de la littérature, le sport est-il l'une de vos plus grandes sources de plaisir ?

Ah oui ! Là, j'en parlais de manière sérieuse. Mais en dehors de ça, j'adorais le football, gagner des matches, même si je n'étais pas très doué. Comme j'étais pensionnaire d'un établissement assez sévère, le football était un moyen d'évasion. Le jeudi, on quittait les hauts murs du pensionnat, on marchait trois ou quatre kilomètres pour aller jouer sur un terrain caillouteux. A l'époque, on s'en fichait, hein. Je jouais au poste d'inter droit, comme on disait. Aujourd'hui, ce serait numéro 8.

Gardez-vous en tête des épisodes particuliers en tant que spectateur ?

Oui, j'allais régulièrement au stade avec mon père. Nous étions de Lyon, on suivait le club, qui était en Deuxième division à l'époque (l'Olympique lyonnais s'est stabilisé en D1 à partir de 1955, ndlr). Par la suite, je suis devenu un grand supporter des Verts. J'ai suivi toute leur épopée dans les années 60-70. je suis même allé à Glasgow pour la finale de la Coupe d'Europe (contre le Bayern Munich, en 1976).

Le football a également été présent dans votre parcours professionnel…

Oui, j'ai commenté quatre Coupes du monde de football. J'ai été joueur, spectateur, téléspectateur, commentateur… J'ai tout fait ! Quand on commente, il faut rester naturel. A l'époque, il y avait Bernard Paire, Thierry Roland, Robert Chapatte, et même Michel Drucker avec moi. On formait une petite équipe, on était totalement dans la passion du football. On partageait toutes les émotions. Le chagrin quand l'équipe de France perdait, les nouvelles des joueurs, les bobos, les problèmes psychologiques…

Qui étaient vos idoles ?

Bien sûr, j'aimais beaucoup Platini. Je l'ai interviewé plusieurs fois, d'ailleurs. Et puis il y avait les joueurs de Saint-Etienne comme Rocheteau ou Johnny Rep, le "Hollandais volant". Il était formidable, très élégant, très beau. C'était un ailier droit très brillant. Il y avait un autre Hollandais qui s'appelait Kees "Kiki" Rijvers. C'était un petit bonhomme d'un mètre soixante, que l'on appelait "la Trottinette" (132 matches avec les Verts, entre 1951 et 1953, puis de 1955 à 1957). Il n'avait pas le génie de Messi, mais c'était un peu le même profil. Après, il y a énormément de joueurs que j'ai adorés : Cruyff, Beckenbauer, tous ces gens-là.

La plupart de ces noms fleurent bon les années 70. C'est votre période préférée dans le football ?

Pas vraiment, il y a d'autres noms qui me reviennent, mais vous ne devez pas les connaître, vous n'étiez pas né… Il y avait le grand buteur de Saint-Etienne, Salif Keita, le Camerounais Eugène N'Jo Léa, Rachid Mekhloufi (ces deux derniers ont permis à l'ASSE de remporter son premier titre de champion de France en 1957). Mekhloufi, je suis allé le voir récemment pour la chaîne Arte. Il est Algérien, mais il vit à Tunis. J'étais vraiment ravi de le retrouver, on s'est tombé dans les bras !


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