Colonel Luc Fringant, un colonel à disposition

Le colonel Luc Fringant est membre du service d'honneur du Palais Princier, en qualité de premier aide de camp du Prince Albert II. Commandant supérieur de la Force Publique, il veille sur la Principauté depuis près d'une trentaine d'années et lui apporte le bénéfice de ses connaissances sportives.

C'est dans ses bureaux, ornés de photos et souvenirs militaires, que nous a reçus le colonel Fringant. J'ai vite compris que cette apparente pagaille n'en était pas une et que tous ces objets ont une signification particulière. Être accrochés au mur ou disposés ça et là dans ce bureau, cela se mérite. Même ce cercueil, véritable œuvre d'art en acajou destinée à être sa dernière demeure, une tradition chez les Fringant, est en bonne place. Utilisé en guise d'armoire, ou, comme son grand-père l'avait fait, en cave à vin remplie de grands crus destinés au festin funèbre. Bref, j'ai rencontré un homme droit avec de l'humour, comme l'indiquent le métronome et le porte-clés pendu au cercueil sur lequel est inscrit "no stress".

Voulez-vous nous dire quelques mots sur vos débuts dans l'armée ?

Je suis entré dans l’Armée Française en 1973, ayant choisi par défi de faire mon service militaire dans les parachutistes. Ma vocation est venue seulement à ce moment-là et suis resté pour faire carrière.

C'est là que vous avez découvert la passion du sport ?

Le sport et l'armée sont deux choses intimement liées évidemment. Très vite, dans ce régiment, on m'a appris des tas de techniques basées sur un entraînement physique intense. C'est là que j'ai fait connaissance avec le sport, je n'en avais jamais fait avant. À l'école, je m'arrangeais pour en être dispensé et faire autre chose, comme du théâtre. C'est finalement l'armée qui m'a convaincu que le sport est très important.

À quel point la condition physique est cruciale dans ce métier ?

Le régiment organisait des missions particulières où l'on nous parachutait avec des sacs très lourds dans la nature. Il nous fallait nous débrouiller seuls pour observer ce que faisait l'ennemi. On marchait très longtemps avec ces charges. On dormait et mangeait peu, on était en conditions de survie. On recrutait les gens sur leur résistance physique et morale, et seulement après, on leur apprenait des techniques plus perfectionnées. 

C'est vite entré dans votre quotidien…

Si on n'était pas un très bon sportif, on était éliminé immédiatement. Alors j'ai appris à aimer ça. Dans l'armée, le sport devient un état d'esprit. La composante sportive est partout, y compris dans les moments de détente. Car le sport, c'est aussi cela. On faisait des activités collectives, on en inventait. Le but était de se "tirer la bourre", comme on disait. Il y avait toujours une part de compétition, pour aller plus loin. Plutôt pour se battre avec soi-même que contre les autres.

Y a-t-il une discipline que vous avez particulièrement aimée ?

J'ai été l'officier des sports de mon unité. A ce titre, j’ai pratiqué et organisé la plupart des sports individuels et collectifs. Ma spécialité, c'étaient les courses d'orientation. Ce sont des courses contre la montre où l'on doit découvrir des balises dans un ordre imposé. C'est très dur physiquement parce qu'il faut crapahuter. On ne court pas forcément sur une piste ou un chemin, il faut traverser des forêts et franchir des obstacles. C'est épuisant mais il faut garder la tête froide pour faire le bon choix jusqu'au dernier moment. J'ai essayé de faire bénéficier le Prince Albert de ma petite expérience.

Comment êtes-vous arrivé à Monaco ?

Un peu par hasard. Mon dossier a été sélectionné. À l'époque, je n’y connaissais personne. Je n'étais même jamais venu à Monaco. Je ne connaissais le pays que par ma mère qui admirait beaucoup la Princesse Grace. Et puis un jour, coup de téléphone. Ma direction d'armes me dit : "Vous avez été sélectionné. Votre dossier correspond exactement à ce que demande le Prince de Monaco qui cherche un aide de camp pour son fils, le Prince héréditaire Albert." À Paris, on me dit : "Il y a beaucoup de candidats, vous n'avez aucune chance d'être retenu. Mais allez à Monaco et vous verrez bien." Il se trompait le gaillard, parce que le Prince m'a choisi et ce fut la chance de ma vie.

Grâce au sport que vous pratiquiez ?

Surtout grâce à l’état d’esprit que la pratique du sport m’avait donné. À l'époque, le Prince Albert commençait sa carrière de bobeur et ma première mission fut de L'accompagner aux Jeux Olympiques de Calgary (Canada), en 1988. Très vite, je me suis rendu compte que ma petite expérience en sport allait me servir pour travailler à Ses côtés.

Vous avez notamment été en charge du protocole lors des Sessions du CIO…

J’accompagnais toujours le Prince Albert aux sessions du Comité International Olympique (CIO) qui se déroulaient aux quatre coins du monde souvent juste avant les Jeux. C’est là que j’ai appris à connaître l’organisation du CIO mais surtout ses membres, les collègues du Prince, dont certains sont devenus de vrais amis. C’est pourquoi lorsqu’en septembre 1993,  madame Yvette Lambin-Berti m’a demandé de l'épauler dans l'organisation de la 101e Session à Monaco, j’ai fait partie de l’aventure. Et nous avons recommencé avec le même enthousiasme en décembre dernier pour la 127e session. J’y ai retrouvé des amis de la première heure.

On vous a vu fier et ému lors de la soirée d'hommage aux bénévoles de la Session. Si vous aviez pris la parole, que leur auriez-vous dit ?

Je leur aurais dit que j'ai été fier d'être avec eux. J'ai notamment travaillé avec les chauffeurs et les hôtesses qui s'occupaient de la logistique. J'ai côtoyé tous les volontaires qui ont œuvré jour et nuit pour faire en sorte que les membres du CIO soient contents. Je crois même qu'ils ont dit qu'à Monaco, c'était encore mieux qu'ailleurs. Si j'avais pris la parole, je leur aurais dit merci d'avoir travaillé avec autant de courage et de gentillesse.

Passons à une autre discipline… Que pensez-vous du parcours de l'AS Monaco football ?

Je pense que c’est un beau parcours. Quant aux joueurs, je les aime bien. Récemment, j'ai accompagné le Prince aux vestiaires. C'était après une victoire donc c'est sympa de participer un peu à la manière dont ils vivent cela après coup. Mais ce qui m'énerve un petit peu, c'est l'attitude de certains supporters dans les tribunes. Certains matches nous obligent à mettre en place des dispositifs de sécurité impressionnants. Je trouve cela dommage, même si c'est notre boulot. Dans un stade, on ne devrait pas avoir ce souci-là.

Avez-vous un sportif favori ?

Mon idole, c'était (Éric) Tabarly. Je l'ai rencontré grâce au Prince Albert. C'était un grand moment, la rencontre de Tabarly au Yacht Club de Monaco, il y a quelques années. La voile est un sport bien particulier. Toutes les vertus que j'admire, on les retrouve essentiellement dans des sports en solitaire. Tabarly était un grand solitaire, et il est mort comme ça d'ailleurs. Je l'admirais également dans sa vie d'homme. C'était un militaire aussi.

Le sport, un outil éducatif ?

On pourrait régler beaucoup de choses à travers le sport. Le service militaire réglait des choses. On l'a supprimé, on veut maintenant le réintroduire. Avant de casser les moules, il faudrait y réfléchir à deux fois. En plus, le service militaire ne coûte pas cher. Dans l'armée, on n'avait besoin de quasiment rien, simplement d'une paire de baskets et de vêtements de sport. Je pense qu'il y a encore beaucoup à faire, notamment sur le sport en rapport avec l'éducation et les vertus de courage que l'on enseigne. Madame Lambin-Berti a fait beaucoup dans ce domaine et je pense qu'il faut poursuivre l'effort, le Prince est le premier à le dire. 

Êtes-vous nostalgique de l'époque du service militaire ?

Oui, ça me manque. J'ai essayé de recréer un peu ça à Monaco, dans le domaine de la force publique. La condition physique est importante pour les pompiers. J'ai l'habitude de leur dire que leur premier outil de travail, c'est le sport. C'est vrai pour les Carabiniers aussi. Ils restent souvent en station debout, et monter la garde, c'est un travail d'athlète de haut niveau. Je défie qui que ce soit qui n'est pas en bonne condition physique de faire ce que font les Carabiniers sur la place du palais.

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