Dionysos : "Platini, c'était Goldorak"

De passage à la salle du Canton où il a donné un concert plein d'énergie et de malice, le groupe Dionysos compte plusieurs passionnés de sport dans ses rangs. Juste avant les balances, le chanteur Mathias Malzieu et le batteur Eric "Rico" Serra-Tosio se sont échauffés en parlant football et tennis. Un échange délicieusement "vintage" et enjoué.

Les titres de Bird’n'roll, votre dernier album, sont disposés à la manière d’un schéma tactique de football. Vous affichez votre préférence pour le 4-4-2 avec le titre « Platini(s) » en numéro 10…
Mathias Malzieu : Oui, quelques personnes ont remarqué qu’on faisait référence à la composition de la France contre l’Allemagne en 82. Platini, c’est notre héros de jeunesse.

Rico Serra-Tosio : Platini, c’était Goldorak, quoi.

M : Voilà. Combien de fois on a dit « Faites rentrer Platini » quand il n’était plus là, quand il y avait un coup franc à tirer… Et combien de fois on a rêvé d’avoir onze Platini sur le terrain !

Je dois vous avouer qu’une petite explication de texte s’impose concernant cette chanson qui porte son nom !
M (amusé) : Dans l’histoire du livre dont est tirée la chanson (Métamorphose en bord de ciel), on offre des oiseaux au personnage, qui est le plus mauvais cascadeur du monde. Il décide de tous les appeler Platini. J’ai transposé ça au groupe, on est tous devenus des Platini. L’idée, c’était de faire des petites mises en abyme pendant le spectacle, pas juste d’écrire une chanson sur le joueur.

Ce France-Allemagne perdu en 82, il représente quoi pour vous ?
R : On avait huit ans tous les deux. Je me rappelle avoir pleuré, c’était l’horreur, la troisième guerre mondiale (il se marre). C’était un match d’anthologie, il y avait tous les sentiments de la vie. La colère, l’angoisse, la joie… T’as au moins cent occasions dans le match, fabuleux.

M : C’était tellement intense, t’as qu’à écouter les commentaires. C’est une tragédie avec des rebondissements, c’est injuste. Il y a tout. Ceux qui ont inventé le foot, ce sont des scénaristes incroyables !

R : Et l’attentat de Schumacher… C’était complètement absurde, on criait « Carton rouge, penalty sans gardien ! »

M : Il était super agressif, d’entrée. Bon, après, on a appris qu’il avait pris de la coke (Harald Schumacher a reconnu dans son autobiographie avoir pris des amphétamines et d’autres produits interdits pendant sa carrière, ndlr). Non, ceux qui ont inventé le foot, ce sont des scénaristes incroyables !

« C’est très bien que la mauvaise foi passe dans le sport, qu’elle y reste ! »

Vous pouvez développer ?
M : Le foot, c’est une intrigue géniale. Avec des personnages qui ont un but à atteindre, avec des obstacles à contourner. Chaque bonne histoire, c’est ça. Un mec qui doit réussir un objectif, avec un mur au milieu. C’est un coup franc, quoi.

R : C’est cette incertitude qui me plaît. Et c’est pour ça que je suis contre l’arbitrage vidéo. Les erreurs d’arbitrage, c’est ce qui fait parler dans les bars. Si tout est réglé d’avance et qu’il n’y a pas d’injustice, c’est l’équipe la plus riche qui gagne et puis basta.

M : La dimension populaire est énorme, ça peut passionner des gens de toute les classes sociales, tu peux jouer n’importe où. Tu poses deux bouts de chiffons dans la rue, tu prends un bout de papier et ça ressemble déjà à du foot.

R : Après, ce qui est appréciable, c’est qu’un but reste rare. Tu te retrouves pas avec des scores de basket. Quand tu prends l’avantage, il y a de la joie.

« Cantona, c’est un mec qui a un vrai charisme, une folie… »

Supporter une équipe, c’est quelque chose de très subjectif. Pour qui êtes-vous prêt à faire preuve de mauvaise foi ?
M : Déjà, c’est très bien que la mauvaise foi passe dans le sport, qu’elle y reste !

R : Moi, c’est Marseille.

M : Pareil pour moi, même si j’aime bien Lyon maintenant. Avec l’équipe de France, ce sont celles qui m’ont donné le plus d’émotions.

R : Nous, on est de la génération Papin-Waddle !

M : C’est sûr. Moi, l’équipe de l’OM que j’aimais vraiment, c’était Papin-Waddle-Cantona. Ça n’a pas duré longtemps, mais à chaque fois qu’ils montaient sur scène… Tiens, ben tu vois le lapsus ! À chaque fois, c’était un événement. Il y avait une folie incroyable, qu’ils perdent ou qu’ils gagnent.

Cantona, c’était un joueur rock’n'roll ?
R : C’est un mec qui a un vrai charisme, une folie. Et puis ça reste quelqu’un d’intelligent. Aujourd’hui, tu as du mal à t’identifier à un joueur de l’équipe de France. Un mec qui arrive pas à aligner deux mots, il peut pas te faire rêver. Après, j’adore Zlatan. Ce qu’il fait, c’est énorme.

M : C’est un personnage, le méchant, quoi. On peut ne pas l’aimer. Mais c’est comme dans « Star wars » : on se souvient plus de Dark Vador que de Luke Skywalker.

Ces « personnages » sont de plus en plus rares…
M : Ce qui me désole le plus, comme disait Rico, c’est le manque d’éducation. Mais qu’est-ce qu’ils foutent en centre de formation ? Je demande pas qu’ils aient une culture de dingues, juste qu’ils puissent s’exprimer normalement. Y’en a pas un qui a un trait d’humour, t’as l’impression que c’est des savonnettes. Avec un Marius Trésor, tu rigolais.

« Le fait d’avoir pratiqué pas mal de sports, ça a influencé notre façon d’agir collectivement »

Dans le monde de la musique, vous voyez la jeune génération du même œil ?
M : On tombe plus souvent sur des mecs cools. Tu grandis pas enfermé dans un centre. Je vais souvent voir des scènes ouvertes à Paris et quand je discute avec des jeunes, qu’on soit d’accord ou pas, c’est rare de tomber sur des mecs complètement débiles.

R : Ce qui est vrai, par contre, c’est que pour la jeune génération, le look passe parfois avant la musique. Nous, on était en pleine époque Nirvana. Tu jouais parce que c’était attractif, que tu pouvais avoir les filles (il sourit). Là, ils ont la mèche, le petit cuir. Les jeunes sont mieux habillés qu’à notre époque. Et c’est pas plus mal !

M : Il y a eu les Strokes qui ont un peu remis au goût du jour l’esprit 70′s, le style New yorkais. Nous, avec le grunge et le hard rock, Guns N’ Roses, c’était pas top niveau stylisme…

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