Dionysos : "Platini, c'était Goldorak"

Comparer un groupe de rock à une équipe sportive, cela vous paraît possible ?
M : Le fait d’avoir pratiqué pas mal de sports, ça a influencé notre façon d’agir collectivement. En équipe, tu apprends à te responsabiliser à un poste. À lever la tête, à te démarquer, à rattraper les erreurs des autres… Avec l’expérience, on s’est rendu compte qu’au-delà du symbole, les similitudes sont assez nombreuses.

R : Pour nous, la scène est un vrai défouloir. Dans notre jeu, il y a beaucoup d’énergie. Quand le public est avec toi, il te porte et tu peux faire un concert vraiment magique. Après, s’il ne réagit pas trop, même s’il apprécie les morceaux, ça peut être paralysant.

M : On est comme un moteur qui tourne beaucoup. Le public, c’est l’huile. On ne doit pas attendre que le public nous donne un truc, c’est à nous de jouer.

R : Quand tu reçois au Vélodrome, tu te sens porté. Quand tu joues à Louis-II, tu es handicapé… Si l’AS Monaco avait le public de Marseille, le club aurait peut-être plus de titres de champion de France.

Comment entretenez-vous votre motivation au fil du temps ?
R : On peut se dire qu’on va jouer à l’étranger, dans de nouvelles salles… On peut plonger dans le passé et se dire que certains moments étaient super. Mais à chaque fois, tu passes à de nouvelles étapes, il y a toujours quelque chose qui te tire vers l’avant.

M : Le problème, c’est le rapport au temps. Le temps d’arriver à faire de nouvelles choses, il faut arriver à ne pas se faire écraser… Être créatif, ça a un côté Frankenstein. Tu travailles à un rêve, puis quand tu le fabriques et qu’il naît, il peut être plus grand que toi. Il peut te faire du mal, c’est dangereux. Quand tu fais une tournée trop longue, trop de promo, tu te dis que c’est génial. Mais tu n’y arrives plus. Après, c’est génial d’avoir vécu ça. J’ai adoré ces espèces de bulles bizarres, où t’en peux plus et que ça marche quand même. C’est là que le groupe s’est forgé.

R : Aujourd’hui, on a su évoluer vers quelque chose de qualitatif. On fait moins de dates.

Certains athlètes choisissent aussi leurs matches ou leurs tournois…
R : On voit ça avec Federer au tennis. Son but, c’est de gagner d’autres Grands chelems. Il gère son calendrier pour ne pas trop en faire, contrairement à Nadal. Le Masters de Monte-Carlo, il sait qu’il ne va pas forcément le gagner, alors il le zappe souvent.

« La dimension mythologique du tennis a un peu disparu »

Aujourd’hui, c’est votre joueur fétiche ?
R : Je suis un fan absolu, il a un jeu sublime…

M : L’un des plus beaux spectacles de ma vie, c’était sa demi-finale contre Del Potro, en 2009 à Roland-Garros. Del Potro était énorme, il était en confiance, il mettait des mines. Et Federer lui a résisté d’une façon incroyable, avec ses revers. Au-delà de la technique et du résultat, c’était émouvant en fait.

R : Il était sur le fil, il pouvait très bien perdre le match. Federer, Djokovic, Nadal ou Murray sont toujours dans le carré et tu as des matches de folie. Ils ont moins de personnalité que les anciens, mais ils ont atteint un telniveau… Ils enchaînent des échanges interminables, des grands écarts, des lobs, des balles entre les jambes…

M : C’est vrai que la dimension mythologique du tennis a un peu disparu. Tu avais Mc Enroe qui était un caractériel, qui avait une prise de raquette à ne pas faire, tu avais Borg qui n’avait aucune émotion. Tu avais Lendl le méchant… Tout ça a un peu disparu depuis que Nick Bolletieri et d’autres ont créé des usines à gros serveurs, à gros frappeurs de fond de court. Ce n’est pas plus fade, mais il y a moins de « swing ».

Vous avez d’ailleurs rendu hommage à une idole des années 80, John Mc Enroe, à travers une chanson…
M : Mettre Mc Enroe dans le contexte de « Dead man », un film de Jim Jarmusch, c’était marrant. Dans la chanson (« Mc Enroe’s poetry », sur l’album « Western sous la neige », 2004) Il venait se venger des arbitres. Dans son sac, il avait remplacé les raquettes de tennis par des armes et la photo de la meuf dont il est amoureux. Le sport, c’est une vraie matière première pour nous. C’est toujours plus marrant de la détourner, ça fait partie d’un processus créatif.

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