Francis Huster, "on ne peut 
pas remporter une coupe 
sur du sang 
et des morts"

De passage en Principauté pour jouer sur la scène du théâtre Princesse Grace, Francis Huster a évoqué avec nous sa passion du foot. Dans un discours teinté d'un certaine sagesse, il s'emporte tout de même contre ce sport qu'il aime, mais qu'il considère comme en retard sur les autres.

Comédien reconnu, Francis Huster a joué l'essentiel de sa carrière sur les planches des théâtres français. Natif de Neuilly-sur-Seine, cet inconditionnel du PSG est un fan absolu de football, ancien arbitre amateur, mais aussi un théoricien du ballon rond. L’ancien sociétaire de la Comédie Française a quelques idées pour l’évolution du football.  

Qu'est-ce qui rapproche un acteur d'un sportif ?

Je pense qu'il y a trois points communs. Tout d'abord, on ne peut pas gagner seul. Aucun sport ne se pratique seul. Ça ressemble au travail de l'acteur qui consiste à avoir un décorateur, un metteur en scène, un auteur, un costumier. C'est un travail d'équipe.

Ensuite ?

Quand tu arrives au sommet, le jour d'après tu peux être nul. Rien n'est jamais acquis en sport ou en art. Ce n'est pas parce que Molière a écrit le Misanthrope qu'il écrit 10 chefs d'œuvres derrière. Il peut se ramasser et écrire une mauvaise pièce. Plus haut tu es, plus bas tu peux être, ce qui t'oblige à te défier toi-même, à défier les records, à défier ceux qui t'ont précédé, ceux qui vont te suivre. Aller plus vite dans sa compréhension de Molière ou Shakespeare, c'est aller plus vite dans son interprétation du sport. On ne joue pas du tout aujourd'hui les grandes pièces comme on les jouait il y a quelques années de même qu'on ne joue pas au football de la même façon qu'à mon époque. Il y a 40 ans, un acteur jouait seul, et ça donnait au théâtre un côté monstre sacré, puisqu'on venait y voir les grands acteurs. Et à côté, on disait que les autres lui donnaient la réplique. Aujourd'hui un acteur ne joue plus seul. 

Et le troisième ?

Si tu as réussi une performance artistique, comme une performance sportive, même si tu es mort, elle reste ad vitam aeternam. Tu peux créer ta légende artistique comme ta légende sportive.

Le public est aussi un des vecteurs de réussite pour les artistes et les sportifs ?

Ils y sont pour beaucoup. C'est le bonus, parce que dans le sport, tu choisis ton public. Un public de football n'a rien à voir avec un public de rugby par exemple. Et la motivation du public pour te soutenir est beaucoup plus loyale dans le rugby que dans le foot. La mauvaise foi, c'est la clé du football, que ce soit celle des joueurs sur le terrain ou du public en tribunes. Le public du théâtre subventionné, c'est pareil, c'est un public élitiste, très prétentieux. Alors que le public du théâtre privé, c'est un public qui vient parce qu'il a choisi de venir.

On voit beaucoup de problèmes en tribunes, des déplacements de supporters interdits. Y a-t-il un problème avec le supportérisme dans le football français aujourd'hui ?

Je pense qu'il y a un problème, pas seulement avec les supporters, mais aussi avec les joueurs. Je trouve que ce sont les joueurs qui devraient sortir du terrain. Je trouve très louable que, lorsqu'il se passe quelque chose d'inadmissible dans le stade, l'équipe entière s'en aille. Il vaut mieux perdre trois points mais garder son honneur, que de gagner trois points en perdant sa dignité. Il y a eu des matches scandaleux au Parc des Princes et les arbitres ont manqué eux aussi à leur devoir. Ils auraient dû arrêter le match. Ça relève de la responsabilité des joueurs, du stade, mais aussi de la télévision. La retransmission devrait être arrêtée dès lors qu'il se passe quelque chose d'inadmissible.

Mais il y a de forts enjeux économiques. N’est-il pas difficile d'arrêter un match quand on voit ce que ça pèse ?

Je crois que tu peux tout faire quand tu le veux. Ça relève de la responsabilité de chacun. La finale du drame du Heysel (finale de la coupe d’Europe des clubs champions en 1985, opposant Liverpool à la Juventus de Turin, au cours de laquelle un mouvement de foule a causé la mort de 39 personnes et fait 600 blessés) a été jouée, et ils ont eu raison, parce qu'il y aurait eu 100 morts de plus si elle avait été arrêtée. Mais à la fin du compte, il n'aurait pas dû y avoir de vainqueur, et c'était indécent de lever cette coupe alors que des gens étaient morts. On ne peut pas remporter une coupe sur du sang et des morts. 

Vous plaidez pour une prise de responsabilités des instances, et vous avez écrit un ouvrage pour changer le football. Que faut-il changer selon vous ?

On ne peut faire progresser un sport que dans une grande discipline et des règles de modernité. Tout joueur de football qui discute une décision de l'arbitre doit prendre un rouge et sortir. C'est la règle officielle mais elle n'est pas appliquée. Donc c'est la faute des arbitres. Pourquoi ne l'appliquent-ils pas ? Parce qu'ils se sentent fautifs, parce qu'ils ont tort une fois sur deux. Il faut deux arbitres sur le terrain, un de chaque côté, et qu'ils n'aient pas le droit de dépasser la ligne médiane. 

En matière d'autorité, Didier Deschamps a fait du bien à l'équipe de France. Que pensez-vous du renouveau des Bleus ?

J'ai toujours été pro Deschamps à 100%. Je l'avais rencontré en 1998 quand j'étais président du club de supporters. J'ai une estime totale pour lui, c'est un maître d'œuvre. Je pense qu'il ira très loin. Il a épuré cette équipe de ceux qui ne pouvaient pas s'entendre avec lui, comme Aimé Jacquet (sélectionneur de 1994 à 1998) avait écarté Cantona ou Ginola. Grâce à lui (Didier Deschamps), je pense que la France sera au moins finaliste à l'Euro. 

Vous êtes un fervent supporter du PSG, mais que pensez-vous de l'AS Monaco, qui a été présentée comme le rival numéro 1 du PSG depuis sa remontée en L1 ?

Monaco est une équipe d'exception. Pas exceptionnelle, mais d'exception. Tout est matière à exception : comment gérer l'équipe, comment la motiver, comment ne pas prendre de haut les autres équipes, comment se glisser dans le championnat. Cet entraîneur y est parvenu de main de maître. Il est d'une rigueur et d'une précision qui me rappelle la grande époque du PSG il y a 20 ans, et l'entraîneur était portugais (Artur Jorge). Je pense que Monaco va friser le titre. J'espère qu'ils remporteront une coupe. Pour l'instant, c'est leur galop d'essai, et je pense que d'ici 2-3 ans, Monaco sera le plus grand rival du PSG.

Votre avis sur la facture payée par l’ASM pour jouer en L1 ?

C'est positif parce que ça prouve que Monaco se sent français, et c'est formidable. Il a payé pour se sentir français, il est irréprochable. 

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