Naissance de titans

Dans la continuité de notre rubrique dédiée à l'histoire du sport en Principauté et débutée dans notre précédent numéro, nous avons choisi de revenir ici sur le fameux tournoi de tennis et le Grand Prix de Monaco.

Aujourd'hui, le Rolex Monte-Carlo Masters (13-21 avril 2019) et le Grand Prix de Monaco (23-26 mai 2019) sont des événements incontournables de la planète sport. Pour atteindre ce rayonnement, l'un comme l'autre ont connu diverses évolutions. Évolutions intimement liées à leur discipline respective. Pour les fans de balle jaune, il y a eu un monde avant l'avènement de l'ère open, en 1969. Et même avant l'arrivée du Monte-Carlo Country Club (MCCC). Un monde au sein duquel des joueurs non-professionnels participaient au tournoi monégasque. Un tournoi disputé en différents endroits au fil des ans, avant de s'installer définitivement au MCCC. 

L'histoire du Grand Prix est un peu différente, son lieu n'ayant jamais changé. Mais sa première édition est le fruit de l'obstination d'un homme à faire reconnaître son club au sein d'une association internationale, celle-là même qui régit encore aujourd'hui le sport auto. Des histoires que nous vous racontons ici, à travers ce petit saut dans le passé.

Internationaux de tennis de Monte-Carlo, l'avant MCCC


Le Monte-Carlo Country Club et sa vingtaine de courts n'ont pas toujours été la maison du tennis monégasque. Le club n'a vu le jour qu'en 1928, grâce à George Butler, un riche mécène américain, féru de tennis, ayant fait son entrée dans le tournoi en 1925 en créant le Butler Trophy. Ce dernier avait réussi à convaincre la SBM et le gouvernement de la nécessité d'un club digne de ce nom car "il trouvait anormal que de grands champions de l'époque jouent sur un toit", comme nous l'avait confié Francis Truchi, ancien directeur du MCCC, il y a quelques années. Si le tournoi a incontestablement évolué au fil des ans durant "l'ère Butler" (1925-1968), notamment grâce à l'apport de George et Gloria (sa fille), mais aussi des installations du MCCC, l'aventure avait commencé une vingtaine d'années avant l'arrivée du club que tout le monde connaît aujourd'hui.

Du tir aux pigeons aux caves de l'Hôtel de Paris

La famille Blanc continue le développement de la Société des Bains de Mer quand le tennis fait son arrivée en Principauté. Ce "jeu de balle", comme il est appelé dans le Journal de Monaco en 1880, débarque d'Angleterre. Pas de club cependant, mais un court est mis en place sur la fameuse esplanade du tir aux pigeons, sous le Casino. On y trace alors des lignes blanches à la chaux pour délimiter la surface de jeu. Une situation temporaire. Mais qui dura tout de même 12 ans. Car il faut attendre 1892 pour voir la mise en place de "vrais" courts de tennis. Ils sont alors installés à l'arrière de l'Hôtel de Paris, sur le toit des caves de l'établissement. Inauguré le 2 avril 1893, le Lawn Tennis Club de Monaco, premier club de tennis de la Principauté, est né.

1921 0215   Club De La Festa

Les frères Doherty

Et le premier tournoi organisé à Monaco ne tarde pas. Après une mise en bouche en 1896, les Championnats Internationaux de tennis de Monte-Carlo débutent dès 1897. Une aventure rapidement marquée par les frères Doherty. Reginald Franck, l'aîné, et Hugh Laurence, le cadet. A une époque où le tournoi comporte différentes catégories (on y joue en simple et double open, simple et double avec handicap, hommes et femmes), les "frangins" vont faire main basse sur les premières éditions des Championnats internationaux de tennis de Monte-Carlo. "Reggie" s'adjuge ainsi les éditions 1897, 1898, 1899, 1902, 1903 et 1904 (longtemps recordman avant l'arrivée d'un certain Rafael Nadal) quand "Laurie" remporte celles de 1900, 1901, 1905 et 1906. A noter que s'ils ont également brillé en double (ensemble ou séparément), les deux hommes ont toujours pris soin de ne jamais s'y affronter en match officiel, malgré les attentes du public sur ce "match des titans". Mais, en bons gentlemen britanniques, ils ont toujours soigneusement évité cela, l'un des deux s'arrêtant systématiquement lors des premiers tours afin de laisser le champ libre à l'autre. 

L'avant MCCC

Des travaux étant décidés pour agrandir l'Hôtel de Paris, le club doit déménager à la Condamine, Boulevard Albert Ier. De 1906 à 1920, le tournoi se déroule alors au "Tennis Club de la Condamine". 1906 marque d'ailleurs le premier tournant dans l'histoire du tournoi. Le nombre de participants dans le tableau messieurs compte pour la première fois plus de 16 engagés (18 joueurs) tandis que le public assiste à la dernière victoire d'un Doherty (Laurie). Et observe les débuts de Tony Wilding, futur quintuple vainqueur en simple (1908, 1911, 1912, 1913, 1914). Tombé au front en 1915, il reste le seul Néo-Zélandais à l'avoir emporté à Monte-Carlo. Une certaine Suzanne Lenglen (vainqueure en simple en 1919, 1920 et 1921) a également foulé les terrains de la Condamine, comme ceux du Club de la Festa, à Beausoleil, où le tournoi a déménagé (1921-1927). Celle qui a laissé son nom à un court avait d'ailleurs pour habitude de jouer avec le roi de Suède, Gustave V, qui venait généralement passer ses hivers sur la Riviera. Nombre de noms du tennis ont d'ailleurs pris part au tournoi monégasque, comme René Lacoste, renforçant un peu plus une renommée qui n'en finit plus de monter. Le passage au MCCC a indéniablement permis de franchir un pas supplémentaire, auquel la famille Butler n'est pas étrangère. Et ce jusqu'à l'avènement du tennis professionnel...

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Photos

Sources

Michel Sutter, "Aujourd'hui 100 ans, 1897-1997, Le tournoi de Monte-Carlo, Editions GGallery, Paris, Gènes, 1997.Alain Manigley, "Monte-Carlo 100 tournois, 1997-2006", Edité par la SMETT, 2006.Yves Naquin, "Le Grand Prix Automobile de Monaco, histoire d'une légende, 1929-1960", Editions Automobile, Monaco, 1992.Rainer W. Schlegelmilch et Hartmut Lehbrink, "Grand Prix de Monaco", Editions Könemann, 1998.Christian Moity, Gérard Flocon et Christian Montariol, "Grand Prix Automobile de Monaco 1929-1996", Editions d'Art J.P. Barthélémy, 1997.