Je pense donc IAM

IAM est sans conteste le plus grand groupe de rap français. Ces pionniers du hip-hop made in Marseille ont surpris leur monde en venant jouer sur la scène de l'Opéra Garnier de Monte-Carlo avec l'orchestre philharmonique. 

Ils s'appellent Philippe, Geoffroy, Eric, Pascal et François. Mais on les connaît plus sous leur noms de scène. Akhenaton, Shurik'n, Kheops, Imhotep et Kephren. Eux, ce sont les membres du groupe IAM. Musique, sport, football, dur de ne pas se laisser déborder par ces quinquagénaires toujours aussi fougueux et capables de faire se lever tout un opéra deux heures durant. Une performance sur la scène de l'opéra rappelant quelques-uns de leurs concerts, à l'image de ce qu'ils avaient pu produire en Egypte, à Lyon ou en Chine.

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Avant votre concert, vous attendiez-vous à ce que la quasi-totalité de la salle reste debout à chanter et danser avec vous ?

Akhenaton : On en parlait avec Geo' (Shurik'n) la veille du premier soir. Les sièges sont inamovibles, on se demandait si les gens allaient rester assis tout le long, parce que c'est gênant pour certains morceaux.

Shurik'n : En même temps, il y a le challenge ! On se dit que, quoi qu'il arrive, on ne sait pas comment, mais il faut qu'ils finissent debout. 

Akh : On a fait lever les VIP au premier rang (sourire) ! Ils étaient un peu réticents au départ mais ils ont joué le jeu. C'est un métier magnifique parce qu'il y a une part des choses qu'on ne maîtrise pas et cette part-là fait que notre passion et notre métier se confondent et que c'est excitant au quotidien.

Shurik'n :  On est artiste et on a envie que ce qu'on fait plaise aux gens. 

Kheops : Il faut aussi dire qu'on joue rarement dans des salles avec des sièges (rires).

Vous avez la cinquantaine, une pêche d'enfer sur scène. On vous sent sportif, on sait aussi que c'est quelque chose qui vous accompagne depuis longtemps. Qu'est-ce que ça évoque pour vous ?

Shurik'n : Ce n'est pas nouveau, on en fait depuis petit. Mes parents ne me laissaient pas trainer à ne rien faire. J'ai toujours pratiqué un voir deux sports. Depuis petit, je suis passé par toutes les disciplines : le foot, le judo, l'athlétisme, le handball… Après j'ai commencé les sports de combat, mais j'ai toujours continué à faire des choses en parallèle. Mais pendant de nombreuses années, c'est vrai que j'en ai fait beaucoup. Le sport, on en fait au quotidien, c'est une forme de régularité, d'assiduité. On en retire les bénéfices maintenant parce qu'on a commencé tôt.

Akhenaton : Il y a aussi la passion du sport en général, parce qu'on aime des sports qu'on pratique, mais on aime aussi en regarder qu'on ne pratique pas. François (Kephren) se lève pour regarder la NBA, il est fan des Knicks. Je me suis levé l'autre jour pour regarder Wilder contre Ortiz. Et on est passionné de foot, ça c'est ''number one''. 

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On avait dit qu'on ne parlerait pas de l'OM...

Akhenaton : On peut parler de l'OM et de Monaco, de transferts de joueurs de Monaco souhaités à l'OM. On prendrait bien Slimani et Ben Yedder. Quand on parle de Monaco, ils ont une très belle attaque, ces deux-là et Baldé, même Augustin (formé au PSG), même s'il est estampillé par un autre club (sourire).

Justement, vous les Marseillais, comment ça se passe quand vous jouez à Paris ?

Shurik'n : Ça chambre gentiment. C'est sport. Mais une fois que le match est fini, de toute manière, la vie reprend. D'autant qu'on a un très beau public à Paris et en banlieue. 

Kheops : Avant, il y a 10-15 ans, quand on montait en concert à Paris, il y avait beaucoup de maillots de Marseille dans le public. Maintenant, les gens viennent aussi avec celui de leur ville. Mais même à Paris, on voit toujours des maillots de l'OM.

Akhenaton : On peut être fan d'IAM et ne pas aimer l'OM. Ce sont les imbéciles qui mélangent le foot avec la vie. Pour nous, le match commence au coup d'envoi et se termine au coup de sifflet final. Ça reste un spectacle, du sport. C'est pour ça que je trouve un peu excessif, chez certains passionnés, de prolonger son existence à travers les résultats de son équipe. Nous n'avons pas ce problème là avec notre public. Les gens viennent avec les maillots de leur ville, mais ils viennent écouter de la musique. Après, on peut ''vanner''. Mais aujourd'hui, avec la disparition du second degré et le manque d'humour qu'il y a, tu ne peux plus faire comme avant. 

Kephren : Tu te rappelles l'année à Lyon (6 mars 2007, 1/8e de finale de Ligue des Champions) où le Brésilien de la Roma avait mis les passements de jambes au défenseur (Mancini sur Réveillère) ? Le public nous ''vannait'' et d'un coup, je ne sais plus si c'est toi (Akhenaton) ou toi (Shurik'n), tu as fait la feinte (il mime les passements de jambe avec ses mains) et tout le monde a rigolé et applaudi.

Akhenaton : Oh Mancini ce qu'il lui avait fait, il lui avait brisé les vertèbres (rires).

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Quelle vision avez-vous du football d'aujourd'hui ?

Akhenaton : Je déteste le discours des gens de l'OM, ''nous c'est le cœur, Paris c'est le fric''. C'est du pipeau parce que, dès le premier jour où on sera racheté, où on aura des joueurs de classe internationale, les gens qui tiennent ce discours vont se retourner comme des crêpes. Aujourd'hui, si tu ambitionnes de rivaliser avec des équipes comme Madrid, le Bayern, la Juve, une grande équipe anglaise, tu n'as ni les moyens, ni l'organigramme.

Kephren : Pour moi, c'est un problème de philosophie. 

Akhenaton : La philosophie de Leipzig, de Salzbourg, de l'Ajax par exemple, elle met 10-15 ans à se mettre en place et à payer. Ils ont sorti des joueurs incroyables. Alors que nous, on s'est enfermé dans une politique de stars avec des caisses vides. Donc il va falloir choisir. Soit tu as des investisseurs qui te permettent de faire un vrai ''Champion's Project'' et pas un ''Survival Project'', avec peut-être l'Europa League en fin de saison. Soit il faut s'orienter dans une autre voie, s'attendre à vivre quelques saisons douloureuses et miser sur les jeunes. 

Kephren : Lorsqu'on regarde de grosses équipes comme le Real Madrid, Barcelone ou la Juve, ils ont beaucoup de jeunes issus de leur centre de formation ou de clubs satellites. Tous ont une ossature de jeunes du cru. Même le PSG, qui a un budget illimité, forme beaucoup de jeunes. Même s'ils en laissent partir, ils en intègrent toujours quelques-uns.

Akhenaton : Il faut qu'on ait un Nicolas Sarkozy qui retourne pleurer auprès d'un émir du Qatar (rires). 

Kheops : Non, mais il faut qu'on demande à Jean-Claude (Gaudin, maire de Marseille), avant qu'il parte (rires). 

Akhenaton : On plaisante hein. On précise, on ne sait jamais (rires). 

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Yasuke de la méduse

Le nouvel album d'IAM est sorti le 22 novembre dernier et s'intitule ''Yasuke'', du nom d'un esclave africain devenu samouraï au Japon. La pochette de l'album semble une version modernisée du célèbre Radeau de la méduse de Géricault. "Quand on connaît l'histoire, c'est juste la forme. On l'a adapté à notre version du monde, c'est un synonyme de la société. Un radeau qui va d'un endroit à un autre, avec des personnes obligées de naviguer ensemble, et au minimum s'entendre pour avancer. Il va de flots pollués et déchaînés vers des flots beaucoup plus calmes", explique Akhenaton. "Je pense que l'être humain doit aussi réaliser une chose. L'expression de l'humain, 'faire un geste pour sauver la planète' est fausse. Parce que la planète survivra à l'extinction de la race humaine. Les humains devraient donc se soucier de comment ils se traitent les uns les autres." Lorsqu'on revient sur l'issue de l'histoire liée à ce tableau, Shurik'n se veut rassurant. "Mais à la fin, ils ne se boufferont pas entre eux (sic)."