A mon commandement, jouez !

Arrivé en 2013, l'adjudant-chef Olivier Dréan est le chef d'orchestre des Carabiniers. En poste à l'OTAN auparavant, où il officiait en tant que directeur musical et marketing, ce père de trois enfants lie depuis plus de 25 ans les carrières de musicien et militaire. Avec succès.

Mercredi 16 mars, l’auditorium Rainier-III était bien garni pour fêter les 50 ans de l’orchestre des carabiniers du Prince. Un concert spectacle mené avec brio par le chef, Olivier Dréan. L’orchestre a revisité des airs de tous temps pour le bonheur de tous, dont la famille princière. Vlad Ferrari et John Ipert ont démontré que la musique, comme le sport, savait conserver. Le brigadier Eric Cupif, grimé en Johnny et le band Celtic Whirl étaient de la partie. Enfin le moment de grâce avec Charlie Siem (himself) au violon et Elzbieta Fringant au piano ont suspendu le temps magnifiquement. Un bien bel anniversaire imaginé et animé par Olivier Dréan, que nous avons rencontré.

Comment s'est passée votre arrivée à Monaco ?

Le chef d'orchestre précédent est parti à la retraite et il a préparé son départ en me passant un coup de téléphone et en me demandant si sa succession pouvait m'intéresser. On s'est vus, je suis aussi venu ici pour rencontrer le colonel Fringant, que je ne connaissais pas et on a travaillé sur la faisabilité de ma venue.

Pourquoi avoir accepté cette double mission de carabinier et chef d'orchestre ?

J'ai rapidement compris que j'allais apprendre un nouveau métier. Le métier de musicien professionnel qui monte un spectacle et qui divertit les gens, ça c'est ce que j'ai fait pendant 25 ans, donc j'en maîtrise quelques ficelles. Le métier de carabinier, qui est très spécifique, qui cultive une polyvalence militaire et musicale pour le rôle de chef d'orchestre, ça c'est un nouveau défi. C'est ça qui m'a un peu excité, à la quarantaine passée, se relancer un défi, avoir un nouveau challenge professionnel. 

L'orchestre a fêté ses 50 ans dernièrement.  Que représente cet anniversaire ?

Je n'ai pas vraiment connu toutes les grandes étapes qui se sont passées depuis 50 ans puisque je suis là depuis 3 ans. Je ne sais pas si c'est mon côté militaire ou humain qui prend le dessus, mais il faut être respectueux des anciens, il faut tenir compte de leur expérience et arrêter de croire qu'avant nous rien n'existait. Si les choses en sont où elles sont aujourd'hui, c'est grâce à eux. Donc rendre hommage, dire les choses, remercier le travail qui a été fait, je trouve ça important. Et se servir aussi du feedback de ce qui a été fait et essayer de se servir de son intelligence, des moyens qui sont les nôtres aujourd'hui, parce qu'il y a 50 ans, il n'y avait pas toute la technique qu'il y a maintenant. Savoir d'où on vient, c'est important. Et préparer l'avenir pour les autres.

Comment s'organise votre quotidien ?

L'aspect polyvalent du métier est quotidien. Je concentre, sur la partie musicale, tout mon travail de préparation à l'élaboration des morceaux musicaux. Je fais des sélections, j'essaie de monter des répertoires qui soient intéressants et cohérents, sur des thématiques qui soient appropriées aux demandes des sponsors. Donc c'est beaucoup de travail de recherche, de préparation, mais aussi beaucoup de réécriture musicale, parce que la musique qu'on trouve dans le commerce n'est pas adaptée à la formation que j'ai devant moi. Mon orchestre est un peu atypique : j'ai 8 trompettes, 3 saxophones, je n'ai pas de pianiste ni de guitariste, donc je suis obligé de retravailler la distribution des instruments en fonction des musiciens et surtout de leur niveau individuel. Parce qu'en ce moment, l'orchestre est un savant mélange entre des gens qui ont fait le conservatoire, qui maîtrisent le solfège et des gens qui ont été formés sur le tas, à qui on a appris à jouer d'un instrument mais qui sont moins bons lecteurs, qui ont un bagage théorique moins important.

Et au niveau du métier de carabinier ?

Ensuite, la compagnie, c'est 120 carabiniers. Moi je suis adjudant-chef et actuellement, on a un capitaine, commandant par intérim et un lieutenant, donc deux officiers pleins. Ensuite, nous sommes deux adjudants-chefs : le premier est régisseur de la place, le second est chef d'orchestre. Puis nous avons des adjudants. Ces sous-officiers supérieurs et les deux officiers remplissent toutes les tâches dévolues aux officiers de l'armée française. On se répartit la tâche de ce qu'on appelle les officiers de permanence. 

Jouez-vous souvent en dehors de Monaco ?

L'orchestre joue un peu partout et on est très demandé en France. On sort peu, parce que dès que l'orchestre sort, c'est 23 carabiniers en moins pour le service, donc on ne peut pas partir toutes les semaines. On est très sollicité, mais on ne peut pas dire oui à tout le monde. Les sollicitations sont répertoriées et soumises à l'arbitrage du Souverain au mois de décembre. On lui explique tout, parce qu'il est très curieux de cela, et c'est lui qui décide des concerts que l'on va faire. Mais c'est aléatoire. Là, on a de grosses échéances qui arrivent, en 2017 on part à Edimbourg, c'est le nec plus ultra des "tattoos". C'est un rassemblement militaire musical, devant le château d'Edimbourg, ça dure 3 semaines tous les ans. Mais cette année, on va rester essentiellement sur et autour de Monaco. C'est le 50e anniversaire et je veux que les Monégasques puissent profiter de leur orchestre. 

Quelle est votre approche du sport ? Y a-t-il un sport que vous suivez particulièrement ? 

J'ai fait et pratiqué beaucoup de sport, notamment quand j'étais militaire français. J'ai fait pas mal de tennis, du judo et beaucoup de course, mais c'est fini. Aujourd'hui, je marche et je nage. J'aime bien le biathlon. Je n'ai pas pu suivre Martin Fourcade récemment, mais c'est un artiste magnifique. Il est beau dans son travail, dans son rapport à la douleur, c'est impressionnant. Et le travail du mental. Ces gens-là sont impressionnants de force de caractère. 

Votre avis sur la prestation de votre orchestre lors du concert anniversaire ?

J'ai pensé qu'on venait de rentrer en première division, parce que ça joue juste, les intentions sont justes, lorsqu'on essaye d'exprimer du jazz, on arrive à jouer du jazz et on arrive à faire croire à tout le monde qu'on sait faire. Lorsqu'on fait un passage un peu différent, avec la musique celtique, ça sonnait celte. Nous sommes des musiciens généralistes mais on doit réussir à tout faire le moins mal possible. Et on doit donner l'impression qu'on touche à l'essence même du style, donc je suis très très content de la performance.

L'ensemble de la famille Princière était là. Cela vous a touché ?

Oui bien sûr. Moi j'ai pris ça pour un plébiscite. On travaille ensemble, tous les jours. Trois cents jours par an, on travaille tous ensemble pour le Souverain et sa famille. Ils connaissent nos conditions de travail, la spécificité, la pénibilité de cet aspect, de cette spécialité musique. Le fait qu'ils viennent, qu'ils nous supportent ce soir-là, c'est magnifique. C'est déjà un acte de partage.

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