"Si personne n'avait cru en moi, je n'en serais pas là" - V. Langellotti

Victor Langellotti a été le premier coureur cycliste monégasque à passer professionnel. Rejoint depuis par Antoine Berlin, celui qui a notamment été médaillé aux Jeux des Petits Etats d'Europe de Saint-Marin (argent au contre-la-montre) s'évade une fois sur son vélo.

Le vélo, chez les Langellotti, c'est une histoire de famille. Et d'amitié. Deux éléments que l'on retrouve souvent dans le discours de Victor lorsqu'il évoque sa pratique du cyclisme. 

Que vous évoque le terme ''cyclisme'' ?

(Direct) Mon père ! Et aussi l'idée de s'amuser entre amis. Ce sont les deux premières choses qui me viennent en tête. Je lie ça directement à mon père parce qu'à la base, c'est son sport. En fait, il m'a même expliqué avoir débuté le vélo à ma naissance. Il a un peu couru en amateur avant de reprendre la Fédération Monégasque de Cyclisme (Umberto, le père de Victor, en est le président). Et le schéma se reproduit on dirait bien (rires), avec cette image du père qui aime un sport et le gamin suit ses traces, voyant son père comme un modèle.

Vous souvenez-vous de votre première fois sur un vélo ?

Je ne m'en rappelle pas mais j'ai beaucoup de souvenirs sur des vélos, petit, on partait en vacances en famille, notamment à l'Alpe d'Huez, on prenait les vélos et je me rappelle de mon père qui nous criait dessus pour qu'on roule bien à droite, faire attention aux voitures (rires). Le vélo a toujours été présent en fait. J'ai un souvenir fort, c'est lorsque mon père organisait des sorties au col de la Bonette avec d'autres cyclistes du club. On partait avec les autres familles pour les retrouver et faire un pique-nique. Une fois, j'ai pris mon vélo, persuadé que je pourrais les suivre. Je devais avoir 7-8 ans. J'ai voulu les suivre après-manger pour finir le col avec eux. Ma mère ne voulait pas, mais j'étais très têtu. J'ai fait les premiers kilomètres et l'histoire s'est terminée dans la voiture avec une grosse frustration (rires).

Le vélo a vraiment pris une place ''sportive'' alors que vous faisiez de l'athlétisme ?

C'est ça. J'avais commencé par le foot, que j'aime toujours énormément, mais j'ai ensuite bifurqué sur l'athlétisme parce qu'on m'avait dit que j'avais des qualités. J'y suis allé alors que je n'y connaissais rien. Lors de ma 3e ou 4e année (il faisait du demi-fond), mon entraîneur de l'époque (Jacques Candusso), m'a conseillé de faire du vélo pour gagner en puissance. Il l'a dit à mon père, et le lendemain je me suis retrouvé avec un vélo (rires). Ça a commencé comme ça, en complément de l'athlétisme. Et je n'étais pas très fort au départ. Jamais je n'aurais pensé passer pro.

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Comment la bascule s'est-elle opérée pour passer de l'athlétisme au vélo ? 

J'ai rapidement eu de bons résultats en athlé et je me mettais une pression pas possible avant une compétition. Si je ne gagnais pas c'était un drame. Et puis je me suis mis au vélo et j'étais tellement nul (rires). Donc ça m'a tout de suite enlevé toute pression du résultat, je me suis dit, 'je suis nul, je m'amuse' et c'est devenu un amusement avec des jeunes du club, sans aucune pression. En athlé, c'est souvent le plus fort qui gagne, tandis qu'au vélo, tu as beau être le plus fort, si tu n'es pas le plus malin, tu ne peux pas gagner, il y a une vraie stratégie avec beaucoup de paramètres, la montagne, le sprint, la météo, c'est beaucoup plus diversifié et il y a aussi un travail d'équipe et ce jeu d'équipe m'a beaucoup plu.

Quel a été le déclic pour aller vers le haut niveau ?

J'avais 15-16 ans, c'était avant de rentrer chez les espoirs. Je me suis mis plus à fond dans le vélo. Ensuite, Guido (Possetto, directeur sportif des espoirs) a changé beaucoup de choses quand il est arrivé. Il y avait aussi une volonté au club de créer un groupe, et Guido a cru en moi quand je ne savais pas encore de quoi j'étais capable. On a fait des tests physiques qui ont révélé que j'avais de bonnes capacités alors que je n'en avais pas idée et au fur et à mesure des compétitions, il me donnait des conseils d'entraînement. C'est comme ça que, petit à petit, j'ai fait des résultats. Si personne n'avait cru en moi, je n'en serais pas là du tout. 

La pression, comme en athlétisme, est revenue ou ça n'a plus été le cas ?

Non, ce n'est jamais revenu au même niveau, parce qu'en athlétisme, on avait moins de compétitions qu'en vélo, donc il fallait tout miser sur ces quelques compétitions. Si tu te loupes c'est fini. Alors qu'en vélo, même si c'est une mauvaise excuse parce qu'il faut toujours être prêt, tu as des courses à étapes, tu te retrouves à faire une soixantaine de jours de courses, tu sais que si tu es moins bien un jour tu peux te refaire le lendemain. Je n'ai jamais ressenti la même pression.

Cet aspect plus ''sécuritaire'' est quelque chose qui vous convient pour réussir à vous libérer ?

Je pense être quelqu'un d'assez stressé de base, donc le fait que la saison soit plus étendue, sur un format plus long, le fait d'être en équipe, car tu peux te décharger sur les uns et les autres, sentir aussi le soutien de ses partenaires, cela permet de faire baisser le niveau de pression et ces aspects-là du vélo m'ont aidé à mieux gérer la pression.

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Comment avez-vous vécu votre passage en professionnel ? 

J'ai eu un peu de mal à y croire et à me dire que je méritais d'être là. Même encore l'an dernier, je ne me sentais pas réellement à ma place. Ce n'est pas que je volais celle de quelqu'un, mais bon…  Maintenant ça va de mieux en mieux. Le fait de courir avec d'autres coureurs, de partir en stage avec eux, me voir à côté d'eux m'a montré que je n'avais rien de moins qu'eux et qu'il fallait que j'arrête de me dévaloriser. 

Quel est le moteur principal vous faisant avancer ?

La compétition. C'est au premier plan. C'est un vrai plaisir de gagner. Même à l'entraînement. En course, en pro, tu as un rôle à tenir, un boulot à faire. Il y a beaucoup moins ce côté jeu. Il y a des intérêts d'équipe à défendre. Cela enlève un peu le côté passion et la magie du sport, mais il ne faut pas perdre cet amour du sport au quotidien, si tu vois ça uniquement comme un travail, ça deviendrait triste. Donc il faut se mettre des petits jeux au quotidien, c'est comme ça que je vois les choses. C'est aussi une forme de partage, parce que si on fait une montée à fond sur un entraînement par exemple avec un partenaire, ma seule idée est de le faire exploser et de le larguer, et ce sera son seul but aussi. Ce sera fait sans aucune animosité. On va partager ça ensemble une fois en haut. Et maintenant, en étant chez les pros, ça m'arrive encore de faire ça avec des collègues. C'est le plaisir de la bagarre.

Que ressentez-vous quand tu vous êtes sur le vélo ?

J'oublie tout. D'un côté, on oublie tout parce que c'est le plaisir d'être libre, de sentir le vent sur son visage, il y a une forme de légèreté. Et de l'autre, sur des entraînements de 5-7 heures, surtout quand tu es seul, tu as le temps de cogiter sur tout et ça a un peu un effet de psychanalyse. C'est aussi intéressant parce que ça fait du bien de prendre du recul sur sa vie. Parfois, je monte à Isola, je m'entraîne au col de la Bonette, c'est un plaisir de s'entraîner dans ces grands espaces et de bons souvenirs me reviennent. Je rapporte toujours ça à l'enfance donc c'est toujours assez fort émotionnellement.


* Article issu du CSM n°50

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