Anja Behrend, en perpétuel mouvement

Ancienne danseuse des Ballets de Monte-Carlo, Anja Behrend enseigne aujourd'hui le gyrotonic au centre de fitness The Forge. Nous sommes partis à la découverte de cette discipline d'un autre genre et de sa coach au parcours atypique.

Rendez-vous était pris à The Forge. Dans cette salle de sport pas comme les autres, à l'ambiance à la fois industrielle et intimiste, se côtoient cours de boxe, ''Functional Training'', danse classique ou encore pilates. Cette structure, créée en 2018, est aussi la seule en Principauté à proposer des séances de gyrotonic, une méthode holistique élaborée dans les années 1980 par un ancien danseur professionnel du New York City Ballet. Son but ? Assouplir, étirer et renforcer de manière douce l'ensemble du corps, grâce à des mouvements circulaires et fluides. Une discipline, accessible à tous et à tous les niveaux, dont nous parle avec passion l'ancienne danseuse des Ballets de Monte-Carlo et coach Anja Behrend. 

"Le gyrotonic travaille avec le yoga, la respiration et le mouvement. C'est très proche de la danse dans le sens que le mouvement est libre. C'est une discipline en trois dimensions, assez chorégraphique", explique Anja, qui entretient avec elle une relation presque fusionnelle depuis une vingtaine d'années. Elle enseigne d'ailleurs les deux formes de la discipline : le gyrotonic utilisant des machines spécialement conçues pour accompagner ces mouvements circulaires grâce à des poulies et des poids, et le gyrokinesis, qui se pratique au sol et était autrefois surnommé ''le yoga pour danseur''.

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De l'Allemagne de l'Est…

Cette discipline étant très populaire en Allemagne, il n'était pas étonnant qu'Anja Behrend ait croisé durant sa carrière la route du "yoga pour danseur". Née en République Démocratique Allemande (RDA), dans une famille de sportifs - son père était entraîneur de haut niveau en course de fond, sa mère professeur de sport et d'allemand - elle ne se prédestinait pourtant pas à la danse et au côté artistique. "J'ai commencé très tôt par la course de fond et j'étais très bonne. Mais en même temps, je passais mon temps à danser à la maison. Ma mère s'est dit qu'il fallait m'amener dans une école. J'ai commencé au sein d'un petit groupe dans ma ville natale, à Rostock." Un spectacle change alors sa vie. 

"Je suis allée en coulisses. L'odeur, le maquillage, le costume, tout... J'ai adoré. J'ai alors dit à mes parents que je voulais faire une école professionnelle de ballet", se souvient la jeune femme pour qui, très vite, tout s'enchaîne. Son professeur lui arrange une audition à Berlin, qu'elle réussit haut la main. "J'ai quitté la maison à 10 ans, mais c'était très courant en RDA où beaucoup de jeunes faisaient du sport. Ce ne fut pas facile. Nous étions seize dans un dortoir, avec des réveils à 6 heures, l'eau froide, trois tours du bâtiment avant de commencer les cours à 7 h 30. C'était très militaire. Mais quelque chose me poussait, la passion était plus forte que les moments difficiles." 

Nous sommes alors en 1989. L'année de la chute du mur de Berlin. "Je n'oublierai jamais. Nous étions dans les dortoirs, il y avait tellement de bruit dehors. Nous avons ouvert toutes les portes et jeté du papier toilette dans les arbres. Le lendemain, le mur était ouvert, c'était extraordinaire", relate la danseuse, qui a vu s'ouvrir un nouveau monde d'opportunités en même temps que les frontières. Après huit ans de formation, elle fait partie des six chanceuses, sur une promotion de 30 filles, à décrocher un engagement. C'était avec le Ballet de Hambourg, dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest. "Une très bonne compagnie pour commencer, où l'on travaille dur, fait beaucoup de danse classique, de voyages... John Neumeier est un directeur fantastique. Entrer jeune dans une si grande compagnie, c'est merveilleux", souligne Anja. 

C'est d'ailleurs à Hambourg qu'elle découvre le gyrotonic, à la suite d'une blessure au genou. Une véritable révélation. "J'ai commencé à faire du pilates et beaucoup de choses différentes. Dans mon studio, quelqu'un en faisait, j'ai essayé et c'était merveilleux. En cinq séances, les douleurs étaient parties, cela m'a vraiment aidé", explique la danseuse, qui intègre alors cette discipline dans son entraînement quotidien.

… au cygne blanc de Monaco

Mais au bout de dix ans, Anja décide de rejoindre une petite compagnie à Stuttgart, pour grandir encore en tant qu'artiste. "Je voulais explorer un peu plus la danse contemporaine. Ce fut une expérience géniale. J'ai joué pour des personnes malades, des enfants, des sans-abris, j'ai fait plein de choses différentes... Mais au bout d'un moment, j'ai voulu me lancer un nouveau défi. Je connaissais déjà un peu Monaco pour y être venue en vacances, je regardais les spectacles des Ballets de Monte-Carlo. Jusqu'alors, je ne me sentais pas prête à venir y auditionner, parce qu'à mon sens, pour entrer dans cette compagnie, il faut aussi être prêt en tant qu'artiste." Mais avec l'arrivée de la trentaine vient cette maturité artistique que l'Allemande attendait. 

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"C'est le meilleur moment. Vous avez l'expérience, la connaissance de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, de là où mettre sa puissance, c'est beaucoup plus facile. Il y a moins de peur aussi, on est plus à l'aise sur scène." A Monaco, la "prima ballerina" enchaîne les rôles majeurs et s'épanouit dans des ballets comme Roméo et Juliette ou encore LAC, où elle interprète le cygne blanc, un rôle conçu spécialement pour elle par le chorégraphe Jean-Christophe Maillot. "C'était incroyable. D'habitude, on apprend un rôle. Avoir créé un si grand rôle pour moi, c'était très spécial", se rappelle la danseuse. J'ai eu beaucoup de belles choses à danser, des moments merveilleux avec Jean-Christophe Maillot. Être en studio avec le chorégraphe permet d'assister à ses moments de création. C'est tellement beau, ce sont des moments que l'on apprécie en tant qu'artiste."

Le mouvement comme ligne directrice

Malheureusement, la trentaine sonne aussi la fin de carrière. "J'ai commencé à avoir quelques blessures. Je ne peux pas me plaindre car, hormis cette blessure à 20 ans, je ne peux pas vraiment dire que j'ai eu grand chose. J'ai décidé que c'était probablement le bon moment pour arrêter. Je ne suis pas le genre de personne qui fait les choses à 30 %." Après sept ans au sein des Ballets de Monte-Carlo, Anja Behrend tire donc sa révérence. S'ouvre alors sa deuxième vie professionnelle qu'elle prépare activement depuis plusieurs années. "On voit beaucoup de danseurs s'arrêter brusquement à cause d'une blessure. J'étais réaliste et je me suis dit que je devais commencer à chercher quelque chose." 

Dès 2007, elle devient coach professionnelle de gyrotonic, puis de gyrokinesis, et passe également des formations pour enseigner le pilates ou encore la barre à terre, une discipline gymnique inspirée des exercices de danse classique qui travaille le renforcement musculaire, la souplesse et la mobilité. Avec son compagnon, Federico Vella, ils décident alors de continuer l'aventure en Principauté. "Je n'avais pas envie de retourner dans le Nord et le froid, alors nous avons décidé de tenter quelque chose ici. Je savais que me lancer dans le gyrotonic en Allemagne, ce n'était pas intéressant parce qu'il y en a partout." Ce qui était loin d'être le cas en Principauté.

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"A mon arrivée ici, ce fut un drame pour moi qui en faisait tous les jours de ne pas trouver de gyrotonic. Il n'y avait qu'une machine et un petit studio rue d'Italie, mais on ne pouvait y aller que deux jours par semaine, ce qui n'était pas pratique. J'ai donc décidé d'acheter ma propre machine, que j'ai installée dans mon salon. J'ai commencé à coacher comme ça à Monaco", se rappelle d'ailleurs Anja. Un préambule à ce qu'elle fait depuis trois ans à The Forge, où la danseuse dispense aujourd'hui environ une trentaine de cours par semaine (cours individuels ou en groupe de cinq maximum). 

Des cours de danse classique et de yoga aérien, mais principalement des leçons de gyrotonic. "Ce que j'aime, c'est que je reçois des gens différents. J'ai de jeunes danseurs, des clients très sportifs, des femmes enceintes, des personnes de 70 à 80 ans. Il faut comprendre les spécificités de chacun et adapter la pratique aux personnes. C'est très beau dans ce sens", explique la coach, qui puise son inspiration dans ses connaissances du corps humain et de ses possibilités. "C'est un système très sain, très complet. Les gens me disent que c'est un peu comme une séance de kinésithérapie. Il faut s'imaginer en train de masser son corps. Ce n'est pas une séance de crossfit où vous transpirez et brûlez un millier de calories. Il y a quelque chose en plus, axé sur la réhabilitation mais aussi le travail du corps. Il faut vraiment le connecter au cerveau pour bouger, et atteindre aussi un état méditatif. Cela vous amène à un autre niveau. C'est ce que j'ai aimé et ressenti. J'y crois totalement."

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