Bernice Coppieters : "J’ai sculpté mon corps pour son travail"

Bernice Coppieters a enfilé ses premiers chaussons de danse à l'âge de cinq ans, en 1975. Depuis, elle n'a jamais cessé d'exercer son art, jusqu'à devenir la danseuse étoile des Ballets de Monte-Carlo, en 1995. Pour la longue belge blonde, la danse, c'est tout. Mais ce n'est pas vraiment du sport.

Comment s'est déroulée votre adolescence dans un milieu si strict ?

Pour moi, la danse était une telle évidence que je ne me suis pas posé trop de questions. Mais à l'époque où l'on devient une femme, ça peut être difficile. Pour des gamines de 15-16 ans, changer de corps peut être déconcertant. J'ai aussi vu beaucoup de filles massacrées psychologiquement par certaines grandes institutions françaises. Je ne parle pas d'aujourd'hui, mais d'il y a vingt ans. Une fois sorties de l'école, à 18 ans, elles avaient tellement été bridées et poussées que lorsqu'elles arrivaient dans une compagnie composée d'adultes, elles perdaient pied. Certaines développent également des complexes profonds, détestent leur corps et n'arrivent pas à faire carrière.

Comment devient-on complexée ?

En grandissant, on ne conserve pas toujours les proportions idéales que les professeurs recherchent dans la danse. On peut être rejetée pour cette raison. Au-delà de ça, on se regarde dans un miroir toute la journée, c'est quand même difficile. Et on ne se regarde pas en s'admirant, on observe ce qui ne va pas. On est tout le temps en train de se juger et de se faire du mal. Mais on ne doit pas perdre confiance. Il faut se se critiquer mais trouver une solution. Ensuite, il faut savoir constater que c'est mieux, pour rester positif.

Qu'est-qui rend accro à cette difficulté ?

Le plaisir de travailler et de découvrir de quoi le corps est capable. Encore aujourd'hui, je suis fascinée par ça, par la manière dont on peut changer, sculpter un corps, éliminer des choses qu'on n'aime pas. On peut, par exemple, "rajouter" ce muscle (elle contracte un muscle qui longe son tibias) en faisant plus de gym, de yoga ou de Pilates, afin que la ligne de la jambe soit plus belle.

Comment doit être le corps idéal ?

Il faut être assez mince et si possible, avoir de jolies proportions. Il faut un corps puissant, dynamique et fort, mais pas trop athlétique. Un corps qui garde une douceur et une finesse de danseuse. Être un bon danseur, c'est une histoire de dosage. Il y a des danseurs qui ont une technique incroyable, mais qui ne sont pas bien foutus. Certains ont un corps incroyable, mais n'ont aucun charisme ou aucune technique. D'autres ont tout ça mais n'ont pas de santé. Pour devenir un bon danseur, je crois qu'il faut avoir 75% de chaque. 

Que pensez-vous du déroulé de votre carrière ?

Il faut une dose de chance pour réussir dans la danse. Moi j'en ai eu beaucoup avec mon corps, mais aussi en terme d'opportunités. Quand j'avais 17 ans, à Anvers, le directeur du ballet des Flandres donnait leur chance aux jeunes. A 18 ans, je dansais déjà des rôles principaux dans des ballets. Je suis arrivée ici à 21 ans, au même moment que Jean-Christophe Maillot. J'ai tout de suite aimé sa danse. C'était extraordinaire de devenir la muse d'un chorégraphe. C'est rare et on n'a aucun contrôle dessus. J'ai pu sculpter mon corps pour son travail.

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