Quelques phrases d'armes

"En garde ! Prêts ? Allez !" Les commandements, lancés sur un ton sûr, s'échappent de la salle d’armes Fernand Prat. Au chaud dans le stade Louis-II, c'est ici que s’échangent les coups d’épées et autres sabres et fleurets. Derrière la dizaine de masques noirs, des passionnés. Robert Prat, maître d'armes et vice-président de la fédération monégasque d'escrime, accompagné de maître Perrin, nous éclairent sur cette discipline aussi cérébrale que physique.

Une fois pénétré le temple monégasque de l’escrime, au 1er étage du stade Louis-II, le maître d’armes Michel Perrin nous emmène voir le duel de plus près. "Regardez, lorsque les tireurs entament le combat, c’est un assaut. Mieux, c’est une conversation. D’ailleurs, on appelle cela une phrase d’armes et non pas une "phase" d’armes." L’entrée en matière est plutôt intrigante et donne envie d’aller plus loin. 
Dans la salle d’armes Fernand Prat, plusieurs pistes métalliques de quatorze mètres de long et deux de large sont alignées. Sur chacune d’elles, deux tireurs - on appelle tireur celui qui pratique l’escrime - se font face. "Ils doivent impérativement porter une tenue adéquate composée d’une cuirasse de protection, une veste et un pantalon à 800 newtons, un masque en acier, des gants en cuir et un fil de corps." La valeur "800 newtons" indique que les vêtements résistent à une pression de 85 kilos. 

Quant au fil de corps, il constitue l’un des éléments du circuit électrique via lequel on comptabilise les touches. Trois broches s’accrochent à l’arme, passent dans les vêtements et sont reliées à un mécanisme fixé au plafond. Lorsqu’il y a "touche", une lumière s’allume du côté du vainqueur du point. "Les compétitions sont encadrées par un arbitre que l’on appelle "président de jury". C’est lui qui donne les commandements : "En garde ? Prêts ? Allez !" Et lorsqu’il y a touche, il s'écrie "halte", explique maître Perrin. Puis il décide qui a raison. Mais attention, contrairement à ce qu’on peut croire, cette "conversation" est épuisante physiquement et nerveusement. "Et il faut faire attention à ce qu’elle ne vire pas au monologue", glisse le maître de 70 ans.

Une histoire de famille

L’escrime monégasque se découvre via l'arbre généalogique des Prat. "Mon grand-père, le maître Jules Prat, est venu à Monaco en 1894. Il a ouvert une salle d’escrime, rue de Millo. Ensuite, puisque ça a bien marché, il a créé le club "L’escrime et le pistolet", en 1909", raconte Robert Prat, maître d’armes et vice-président de la Fédération d’escrime nationale. "Puis mon père est devenu entraîneur et mon oncle maître d’armes. Louis et Fernand Prat ont ensuite créé la première école municipale d’escrime monégasque, en 1940. Et c’est en 1950 que la Fédération monégasque d’escrime voit le jour. De mon côté, je me suis engagé dans l’armée. J’ai passé cinq ans au Bataillon sportif de Joinville et j’y ai validé tous mes diplômes. Je suis la troisième génération de maître d’armes à Monaco. Mon frère George est maître d'armes et président de la Fédération. Quant à mon frère Fernand dit "Nanou", il a fabriqué "la poignée Prat", homologuée par la Fédération internationale d'escrime, en mai. Il est kiné et pratique toujours l'escrime. C'est comme cela qu'il a imaginé une poignée plus ergonomique que les classiques."    

Robert Prat pratique l’escrime depuis l’âge de huit ans. "Et aujourd’hui, j’ai 76 ans. Ça entretient l’escrime, hein ?", lance-t-il en direction de maître Perrin. Lui a fait ses armes à l’école d’entraînement physique et militaire d’Antibes, puis au Bataillon de Joinville, dépendant de l’école interarmées des sports de Fontainebleau. Parcours flatteur pour ce professionnel du sabre. Il est entraîneur international et a travaillé pendant huit années avec la Fédération française d’escrime. En plus de donner une dizaine d’heures de cours aux licenciés de Monaco, il est aussi conseiller technique des équipes françaises handisport d’escrime.

Aujourd’hui, la Fédération monégasque compte environ 130 membres. Allié à la Fédération française d’escrime, le club de la Principauté est le deuxième de France, en nombre de licenciés, après celui de Nice. "Nous comptons 17 nationalités différentes et nous participons à toutes les compétitions régionales et nationales, aux coupes du monde, aux championnats du monde et aux jeux méditerranéens. Nous sommes quatre maîtres d’armes, avec maître Michel Perrin, maître Anne Brottel et le jeune maître Florian Gambino, 30 ans, formé à Monaco. Moi je m’occupe du bon fonctionnement de la salle, et de temps en temps, j’enseigne encore", détaille maître Prat. 

Du fleuret à l’épée, en passant par le sabre

"L’escrime compte trois sortes d’armes : le fleuret, le sabre et l’épée, explique Robert Prat. Un maître d’armes a toujours sa préférence, mais il doit savoir enseigner les trois."

"Moi je préfère le sabre, indique Michel Perrin. C’est une arme plus virile que les autres, alors, si vous voulez, le tempérament fait que...", lance-t-il, plaisantin, alors qu’il enfile sa tenue et s’apprête à déloger les benjamins du vestiaire pour les entraîner. 

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