Gérard Oumailia, la force de l'âge

En mai, Gérard Oumailia a pour la troisième fois été sacré vice-champion du monde masters 3 de développé couché. Rien ne semble arrêter le sociétaire de l'AS Monaco haltérophilie et force athlétique qui a fêté cette année ses 68 ans.

Double champion du monde, trois fois vice-champion du monde, sans oublier ses 14 titres nationaux… On ne compte plus le nombre de trophées venus garnir les étagères de Gérard Oumailia au fil des années. A 68 ans, le sociétaire de l'AS Monaco haltérophilie et force athlétique semble infatigable. Il faut dire que ce judoka de formation s'épanouit pleinement dans sa deuxième carrière sportive. Une carrière à laquelle il semblait prédestiné. "Je faisais de la compétition au haut niveau. J'ai fait les sélections équipe de France, j'ai eu pas mal de titres dont celui de champion de France. Quand j'ai commencé à bien tourner, vers 14-15 ans, on m'a dit : il faut que tu fasses de la musculation, tu vas venir avec nous à l'INS, l'ancêtre de l'Insep." Et rapidement, il se prend au jeu. "On est jeune, On a envie d'avoir des beaux pecs, des beaux bras. J'ai beaucoup travaillé et j'ai eu un bon encadrement. Serge Nubret, Monsieur Univers, était là aussi et nous donnait des conseils".

Son club de cœur

Mais ce n'est que des années plus tard, après avoir arrêté le judo en compétition, que Gérard Oumailia, alors responsable du service transports logistiques d'un marchand de matériaux, se met véritablement à la musculation. "Dans mon club, un copain m'a dit : tu devrais faire de la compétition parce que les barres que tu pousses sont celles des champions de France. Je pensais que c'était une plaisanterie, mais il m'a montré le tableau. Je poussais 150 kg, le champion de France 155 kg, lui, en s'entraînant tous les jours". Très vite, ce compétiteur dans l'âme se lance dans ce qu’on considère une "résurrection" sportive. Il fait un peu de force athlétique et ses trois mouvements. Mais c'est en développé couché - "là où j'étais plus costaud" - qu'il se spécialise rapidement. Avec succès puisqu'il remporte un titre de champion de France dès la deuxième année. Il est encore licencié à Nice à l'époque. 

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Son arrivée à l’AS Monaco, elle, se fait plus tard, quand il se met à chercher un nouveau club. Et c'est tout naturellement du côté de la Principauté qu'il se tourne. Et pour cause, son fils Olivier, aujourd'hui secrétaire général du club et également compétiteur, s'y entraîne. "Il m'a dit : viens ici pousser tes barres, comme ça ils vont te voir et si tu veux, tu t'inscris. C'est ce que j'ai fait. Patrick Jacques, le président de l’époque, m'a dit tu signes de suite". C'était il y a une dizaine d'années. Depuis, il n'en est plus reparti. Il faut dire qu'à l'AS Monaco, Gérard a trouvé ce qu'il recherchait. "La convivialité, la gentillesse des gens. On s'entend tous bien ici. On a tous des titres mais personne ne se prend la tête. Tout est simple. C'est familial, mais c'est un club de compétiteurs dans l'esprit et ça me plait".

Un dernier record ?

Quand on a tout gagné, on peut se demander où le sportif trouve encore la motivation. Mais Gérard de Monaco, comme on l'appelle sur les compétitions françaises, "aime les défis. Je suis un guerrier. Chaque fois qu'il y a un challenge, je suis là. Je ne vais pas fuir". Soutenu par sa famille, notamment par son épouse qui veille à son régime alimentaire, et Olivier, qui l'accompagne dès qu'il peut lors de ses déplacements, l'athlète s'astreint à un programme intensif. Cardio, endurance, renforcement musculaire… chaque semaine, il enchaîne deux jours à Monaco et trois à Nice, où il gère une salle de musculation à la Préfecture des Alpes-Maritimes. "J'ai un programme quotidien, de groupes musculaires à travailler. C'est ce qui me permet de tenir", explique celui qui, en toute une vie de compétition, n'aura accusé qu'une seule blessure à l'épaule, contractée l'an dernier dans son jardin. Ce qui ne l'aura pas empêché de décrocher sa qualification aux championnats du monde 2019. "Il y a des destinations que je n'ai pas pu faire depuis, mais on ne pouvait pas rater le Japon cette année. En tant que judoka, il fallait absolument le faire". 

Son séjour au Pays du Soleil Levant, où il est parti avec Olivier, restera d'ailleurs l'un de ses plus beaux souvenirs. "Ce n'est pas parce que j'en reviens. Le plus beau souvenir, c'est mon premier titre de champion du monde, aux États-Unis, face à un Américain. Mais après, il faut s'en construire d'autres et ne pas rester sur des acquis. Et le Japon, car ce fut ma compétition la plus dure à ce niveau. J'étais dans une grosse catégorie, avec des types plus jeunes et vraiment costauds. Et prendre part à un événement où il y a 1090 participants, alors qu'on est généralement entre 500 et 700, c'est énorme et impressionnant ! Ça crie dans tous les sens, ça encourage", précise l'athlète de la Principauté, fier d'avoir pu remettre à cette occasion le drapeau monégasque au délégué japonais.

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Aujourd'hui, Gérard a prévu de "ranger ses muscles dans la commode" pour ses 70 ans et de s'occuper des jeunes. Mais avant de raccrocher les barres, on le retrouvera aux championnats de France, et peut-être aux échelons supérieurs, "en fonction d'où ils se passent. Ça nous coûte cher quand même", rappelle celui qui porte les couleurs de l'Hexagone mais ne doit ses déplacements qu'au soutien de son club et de ses partenaires. Quoi qu'il en soit, Gérard, également recordman national dans sa catégorie avec une barre à 220 kg, ne serait pas contre un dernier exploit. "Je commence à bien récupérer mon épaule, je pense que les 225/230 je vais les passer. Ça peut être un objectif personnel pour m'arrêter là-dessus". Histoire de finir en beauté. 

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