L'école de la vie

Thierry Aymes est le genre de bonhomme dont on se rappelle. Et pas seulement parce que ses bras ont été, comme qui dirait, taillés dans un tronc de platane. Non. Un franc-parlé, une connaissance parfaite de son sport, un sens du management. Autant d'éléments qui font de ce finaliste olympique un coach capable de mener ses athlètes au plus haut niveau *.

Lorsque l'on entre dans le gymnase où les licenciés de l'Étoile de Monaco répètent inlassablement leurs gammes, difficile de ne pas voir leur coach. Perché sur le côté de la barre fixe, dans un coin du praticable ou accoudé au cheval d'arçons, le natif d'Ollioules observe ses gars. Ajuste leurs mouvements. Débriefe chaque passage. Et donne de la voix, si le contexte le demande. Un perfectionnisme qui suit le finaliste d'Atlanta depuis ses débuts. "Que ce soit comme gym ou comme coach, j'ai toujours été très perfectionniste. Je suis très à cheval sur tous les passages, la technique, la motivation, l'envie de travailler. J'ai vraiment gardé le même état d'esprit que lorsque j'étais gym", glisse-t-il, entre deux exercices. 

Il faut dire que, la gym, c'est sa vie. Il y a trouvé sa femme, Barbara, elle aussi ancienne gymnaste (ils ont été champions de France la même année, en 1987), leurs enfants sont passés par les agrès (Lorenzo, le plus jeune, est d'ailleurs dans l'équipe de Top 12) et ce sport a rythmé sa vie depuis ses 8 ans. Un sport qu'il définit lui-même comme "une école de la vie"

Top départ

L'envie. La motivation. Le dépassement de soi. Des valeurs chevillées au corps de Thierry Aymes. Et ce dès le plus jeune âge. Très vite, le sport est apparu comme une porte de sortie pour ce petit garçon, âgé de tout juste 10 ans lorsqu'il entre pour la première fois dans une salle de gym. Il faut dire que, petit, Thierry Aymes vit dans un coin où il vaut mieux avoir du caractère, au cœur de la quartier HLM du Caramy. "Petit, j'étais un peu casse-cou. J'ai essayé quelques sports, mais je n'ai pas accroché, à part le judo et la gym. Je vivais avec ma mère et mon frère dans cette cité et j'avais plutôt un tempérament à ne pas me laisser faire. Je mettais à profit mes cours de judo (rires). J'ai tout de suite accroché avec la gym quand j'ai débuté, et très vite, tout s'est enchaîné." 

Top 12   Etoile Monaco Vs Oyonnax   Barres Paralleles   Romain Chardan   Code Sport Monaco   11

Alors que le Conseiller Technique Régional (CTR) effectue sa tournée, il remarque quatre bonhommes chez lesquels il décèle un certain talent. Dont Thierry Aymes. En six mois, c'est le pôle d'Antibes qui apparaît à l'horizon. "J'avais des prédispositions, mais pas forcément acrobatique, parce qu'à Brignoles, on n'avait pas de trampoline. C'était plus sur l'aspect mental. J'étais un peu boulot à cet âge-là, et le deal était que je devais perdre ces 5-6 kilos en trop pour entrer au pôle." La perspective d'évasion a suffi à Thierry pour atteindre ce premier objectif. Et à 11 ans, il quittait le domicile familial pour l'internat du Lycée Audiberti, à Antibes. "Je ne voulais pas rester là, il fallait que je bouge. On a été à 4 à être recrutés mais seulement 3 à y aller, mon frère n'ayant pas voulu partir. Comme le pôle actuel n'existait pas, on dormait à l'internat du lycée."

Combativité et camaraderie

Lors des ses années de formation, le jeune gymnaste a découvert la vie en communauté. Notamment lors de son arrivée dans les Alpes-Maritimes. "On se faisait pas mal bizuter, mais je ne l'ai pas mal vécu. On adhérait à un mode de vie. On était avec les nageurs et les basketteurs. Ça a été une belle époque de ma vie", confie le coach de l'Étoile, qui a découvert là-bas qu'un groupe pouvait permettre de se dépasser. La camaraderie est d'ailleurs l'une des choses les plus marquantes dans cette période de sa vie. Une chose qu'il entretient, aussi, avec ses gyms. "C'est l'idée de se serrer les coudes. Nos entraînements étaient ''à l'ancienne''. Si tu ne faisais pas les choses bien, tu restais jusqu'à 21-22 heures. Quand tu rentrais tard, que tu avais tes devoirs à faire et que la cantine était fermée, tu n'avais pas mangé, tu pouvais compter sur des potes qui le savaient et te récupéraient des trucs. Et tu retiens que, tant que tu es jeune, il y a une concurrence sportive, mais il n'y pas de concurrence de vie, tout le monde est encore là pour aider l'autre." 

Un esprit de corps lié à la difficulté, à la rigueur nécessaires pour avancer dans une discipline où il faut être dur au mal, physiquement comme psychologiquement. "C'est une école de discipline, de savoir encaisser des coups, savoir se battre, et c'est ce que moi j'essaie de faire passer comme message. Il y en a plein qui me disent, 'ah mais la gym c'est trop dur pour moi", mais dans la vie, ce sera dur aussi et tu vas dire 'j'arrête parce que c'est trop dur ou je laisse passer l'autre devant moi parce que c'est trop dur ?" Pour moi c'est ça". Une philosophie correspondant au bonhomme qui n'a jamais baissé les bras, que ce soit face aux blessures ou, parfois, à l'injustice et qui a su tirer profit de chacune de ces situations.

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"Ma première année au pôle, je ne fais pas les championnats de France. La deuxième, j'y vais et je suis champion. Quand je suis passé en élite, j'ai eu une période de deux ans, de 15 à 17 ans, où j'étais plâtré au poignet. Je n'ai pas fait de compétitions, je me suis entraîné comme un chien, j'ai fait beaucoup d'acrobaties, mais je n'ai pas fait d'appuis pendant 1 an et demi. Mais je n'ai pas douté, parce que j'avais un entraîneur qui expliquait bien les choses. Je travaillais ce que je n'aurais pas pu faire en temps normal, et il ne s'est pas trompé, puisque j'ai fini spécialiste au sol. J'avais pris ça comme un challenge."

Travail, rigueur, équipe

A son arrivée dans le groupe France, Thierry est encore un jeune homme, même pas âgé de 20 ans. L'équipe de France ne s'était pas qualifiée pour les Jeux Olympiques de 1992. Une "mission commando" est alors mise en place avec un groupe jeune ayant pour objectif 1996 et les Jeux d'Atlanta. "On s'est tous serré les coudes pour y arriver, on était conditionné pour ça. On nous avait préparé pour ça. On commence par les Europe en 94, à Copenhague, où je termine 4e de ma finale au sol. C'était ma première grande compétition", se souvient Thierry. A cette époque, le groupe s'entraîne environ 7 heures par jour. L'objectif JO atteint, il fallait désormais défendre sa place dans l'équipe. Car, en ces temps-là, il n'y avait pas de hiérarchie. De quoi créer des doutes dans les esprits.

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"Tu te poses des questions. Ça fait 10 ans que tu bosses comme un fou, et les JO il faut que tu les fasses. Donc il faut être bon, ne pas se faire mal, un brin de chance, aussi, et un caractère de fonceur". Autant d'ingrédients présents dans la personnalité de Thierry Aymes. Cette remise en question est d'ailleurs un élément que l'on retrouve aujourd'hui dans les préceptes du coach étoiliste. "C'est ce que je fais avec les gars pour le Top 12. On met en place des tests avant les rencontres et je prends les deux meilleurs résultats de chacun pour faire l'équipe. C'est comme ça que ça doit marcher et c'est comme ça que tu atteins les meilleurs résultats. Ce n'est pas en donnant des passe-droits que les gars vont être bons". Et c'est aussi de cette manière que les succès de la génération Aymes se sont construits. S'il a pris du recul sur la déception du moment suite à sa 4e place aux JO d'Atlanta lors de la finale du sol, son grand moment reste le titre par équipe aux championnats d'Europe de Saint-Pétersbourg, en 1998. "La saveur est particulière parce que tu chopes ce titre avec des mecs avec qui tu bosses dur tous les jours. Tu prends un mec comme Eric Poujade, qui était habitué aux podiums, même lui te dit que la plus belle chose c'est le résultat par équipe"

Si l'équipe a son importance pour les résultats, elle en a également au quotidien pour avancer tous ensemble. Dans son désir de transmission, qui l'a poussé à passer coach, même s'il avait cette idée en tête très tôt, Thierry Aymes assure que "si tu es dans une bonne ambiance de travail, et un bon groupe, tu es obligé de faire ta part de boulot, même un jour où tu n'as pas envie, par rapport à l'équipe, aux coéquipiers. D'où l'importance du phénomène de groupe, qui permet aussi à certains d'en tirer d'autres vers le haut." De quoi permettre, aussi, d'en retirer des enseignements. Les enseignements d'une vie. "De la gym, j'en ai retiré du partage et du plaisir. De la rigueur, aussi (rires), de l'amitié. C'est dans les moments compliqués que l'on créé une amitié, une relation forte." Comme celle qui l'unit à la gym en somme. 

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