Monaco place la barre haut

L'AS Monaco haltérophilie compte une vingtaine de compétiteurs qui, chaque saison, enchaînent les championnats et surtout les belles performances. Retour sur les clés du succès d'une équipe qui soulève des montagnes.

Un dimanche après-midi de championnat départemental. Dans la salle d'haltérophilie, le silence et la concentration sont de mise. Seul le bruit des barres qui tombent au sol ponctue les minutes. "Extension maxi et très très fort des bras, très solide", souffle d'une voix posée le coach de l'AS Monaco, Jean Canestrier, à son athlète qui s'apprête à réaliser un arraché. Pour que son mouvement soit validé par les trois juges qui lui font face, elle ne doit ni sortir du tapis de 4 mètres sur 4, ni mettre genou à terre et maintenir sa barre, stable, au-dessus de la tête, pendant au moins une seconde, avant de la lâcher au-dessous de la ligne d'épaule. Un exercice de force à l’état pur.

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 Une équipe qui marche

Sur le plateau, les essais s'enchaînent. Chaque haltérophile n'a que trois passages sur chacun des deux mouvements de la discipline : l'arraché et l'épaulé-jeté. Pour le premier, la barre doit être soulevée au-dessus de la tête, bras tendus, en un seul mouvement très dynamique, le deuxième voit celle-ci hissée en deux temps avec un arrêt au niveau des épaules. Le but : aller le plus loin possible, enfin le plus lourd possible, puisque le classement général se fait en additionnant la charge maximale validée sur chaque mouvement. Pour tenter de l'emporter, il vaut donc mieux connaître ses limites et aussi ses concurrents directs pour adopter la stratégie adéquate. "Et de temps en temps, écouter l'entraîneur", souligne Jean Canestrier, l'œil aguerri par 40 ans de pratique dont 30 en tant que coach de l'AS Monaco. 

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Et son travail porte ses fruits puisque ses compétiteurs enchaînent les bons résultats. "Une dizaine évoluent en seniors ou en masters, à partir de 35 ans. Nous avons 4/5 athlètes bien placés au niveau national et même qualifiés au niveau européen, voire mondial. Chez les hommes, nous en avons beaucoup de niveau interrégional. Et du côté des féminines, nous avons Célia Gabbiani, qui est internationale B (3e division internationale) et qui a été championne de France élite l'an dernier. Nous avons actuellement deux filles qualifiées aux championnats de France National 2. Et pas mal de séries régionales, qui souvent arrivent du crossfit. Enfin, par équipe, nous sommes allés jusqu'à la demi-finale de la coupe de France des clubs mixte 2017."

Sport individuel, esprit de groupe

De belles performances qui vont naturellement de pair avec un travail acharné. "Il faut compter soit deux séances courtes (1 heure / 1 heure 15) par jour, soit 2 heures / 2 heures et demi quatre fois par semaine. Les entraînements sont très courts, mais très intenses. C'est un sport d'explosivité", explique Canestrier, avant de détailler une séance-type. "Normalement, on fait un exercice olympique : l'arraché ou l'épaulé-jeté. Puis un deuxième sur un mouvement d'assistance, du semi-technique qui est un peu plus facile à réaliser. Et ensuite un exercice de force, les squats en général : la barre au-dessus des épaules, on fait des flexions de jambes. Pour prendre de la force dans les jambes et le dos, les deux zones les plus importantes. Après, nous faisons un exercice spécifique : le tirage d'épaulé et d'arraché. C'est quasiment la moitié du mouvement, juste la phase de départ. On travaille beaucoup plus lourd qu'en compétition, pour prendre de la force. Et enfin, un peu de prépa physique." 

Et avec des athlètes de différentes catégories de poids et de niveaux, le coach doit jongler entre les besoins de chacun. "Certains sont forts en termes de jambes, d'autres sont plus orientés vers les exercices techniques. Cela tourne autour des mêmes exercices, mais ils ne sont pas faits en même temps, d'autant que je dois tenir compte aussi du travail fait en crossfit qui est très fatigant." Et malgré l’individualité de ce sport, au sein du club, la solidarité est de mise. "Ils s'entraident, ont un bon esprit de groupe, s'encouragent… la rivalité est toujours bon enfant", souligne l'entraîneur. Un point positif pour ce groupe qui évolue également ensemble en compétitions par équipe.

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L'apport du crossfit

Notons qu’il est un terme qui revient souvent dans la bouche du coach, le crossfit. Et pour cause, cette discipline, qui combine force athlétique, haltérophilie, gymnastique et sports d'endurance, a beaucoup apporté à sa section. Notamment en termes de licenciés. Si "les plus anciens sont vraiment des haltérophiles purs et durs, les nouveaux venus sont issus du crossfit. C'est rare qu'un jeune vienne directement à notre sport", explique Jean Canestrier. Et le phénomène est particulièrement vrai chez les féminines, puisque toutes pratiquement viennent du club de Menton, emmenées par Célia Gabbiani. 

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Rien que cette année, le club a accueilli deux nouveaux membres dans ses rangs. "Si on ne se spécialise pas, avec des entraîneurs d'haltérophilie, on ne peut avancer en crossfit", explique-t-il. Pour sa plus grande joie d'ailleurs, car Monaco vit une situation un peu particulière. "J'ai été très surpris, car ici, ces athlètes aiment aussi ne faire que de l'haltérophilie. Certaines viennent régulièrement faire de la compétition depuis quasiment trois-quatre ans. J'en ai même une qui a décidé de prendre une année sabbatique pour s'y consacrer et voir jusqu'où elle pouvait aller. Dans d'autres clubs, c'est souvent pour apprendre le geste, après ils ne reviennent plus." De quoi assurer encore de belles performances dans les années à venir.

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