Vencelas Dabaya, à force de courage

Médaillé d'argent à Pékin, l'haltérophile licencié à l'Entente sportive de Villeneuve-Loubet (ESVL) disputera ses troisièmes Jeux cet été. En difficulté depuis plusieurs saisons, il se prépare sans relâche pour retrouver son meilleur niveau, conforté par sa deuxième place aux championnats d'Europe.

La journée-type de Vencelas Dabaya à quelques semaines de l'échéance tant attendue ? Réglée au millimètre, cadencée et dépourvue de tout loisir. 

"Je me lève à 8 heures, je prends le petit-déjeuner. De 10 heures à midi, je vais à la salle. On se prépare avec les trois autres membres de l'équipe de France et quatre partenaires d'entraînement. À 14 heures, je fais la sieste. Après, direction les soins. Je retourne m'entraîner de 16 heures à 19 heures et je finis par un sauna." Un semblant de vie sociale ? "C'est terminé tout ça… On essaye de maximiser les temps de récupération."

Phénomène de masse

Une partie de la préparation de l'équipe nationale s'est déroulée du côté de Villeneuve-Loubet, sur les terres du président de la Fédération, Jean-Paul Bulgharides (également président de l'ESVL et directeur du service des sports de la commune). Une chance, selon Dabaya.

"C'est ce que j'avais demandé à la DTN (Direction technique nationale). Ici, nous sommes bien accueillis et les outils de travail sont idéals. Avant, je sortais vraiment du lot en équipe de France. Actuellement, le groupe est plus homogène. Ça créé de l'émulation."

Des bleus au corps et à l'âme

Oubliez l'image du colosse inébranlable, de la machine capable de soulever des montagnes sans frémir. Le natif de Kumba (Cameroun) sait ce qu'est la souffrance, il n'a pas échappé aux coups de blues et aux périodes de doute. 

"Le mental compte beaucoup. Pendant plusieurs années, j'ai été victime de blessures à répétition. Moralement, j'ai pris un coup. À un moment, je me suis dit que les Jeux allaient se passer sans moi… Ce qui était vraiment problématique, c'est qu'on était obligé de modifier les séances en fonction de ce que je pouvais faire en étant diminué. Aujourd'hui, je n'ai pas le choix, je dois mettre le paquet pour être prêt."

Montée en pression

"Pour le moment, je prends encore le temps de parler et de répondre à la presse (entretien réalisé le 16 mai, NDLR). Mais bientôt, je vais rentrer dans ma petite bulle. La médiatisation et tout le reste, c'est important pour un sport comme le nôtre. Je veux partager mon expérience avec les autres, faire connaître l'haltérophilie au public. Je sens la pression qui monte. Il y a plein de questions en suspens. Mais je sais que je n'aurai pas de réponse avant le jour J. Avec ce que j'ai connu ces dernières années, je ne peux pas déborder de sérénité. À ce niveau, tout devient important. On se fixe des objectifs sur chaque séance. Et si on peut faire une série supplémentaire, c'est mieux."

Nouvelle histoire

Présent en 2004 à Athènes (il avait terminé cinquième sous les couleurs du Cameroun, dont il était le porte-drapeau) puis sur la deuxième marche du podium des moins de 69 kilos à Pékin (le Chinois Hui Liao l'avait devancé), Vencelas Dabaya avoue pourtant qu'il n'arrivera pas en terrain conquis à Londres. 

"Une compétition olympique, c'est un moment fatidique dans une vie. Même avec l'expérience, on est toujours surpris par l'enjeu. Aux Jeux, ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne. C'est pour ça qu'il ne faut pas être prêt trop tôt. Le niveau général progresse, mais ce qui est important, c'est de parvenir à stabiliser sa propre performance. De mon côté, je ne veux pas m'avancer en annonçant un objectif. Vous me demandez si les Jeux de Londres vont être beaux  ? Ce seront les meilleurs… si je gagne. En fait, je suis comme un soldat qui va partir à la guerre."

Du lion au coq

Caporal-chef dans l'armée de terre (les fédérations disposent de postes réservés aux sportifs de haut niveau), Dabaya, naturalisé en novembre 2004, se dit "fier d'avoir obtenu l'argent pour la France". Le podium aurait-il eu une autre saveur s'il avait été décroché pour son pays natal ? "La vraie question, c'est  : est-ce que j'aurais terminé deuxième en restant Camerounais ?"

Dans une période où les immigrés sont régulièrement stigmatisés et présentés comme la cause de tous les maux, lui avoue ne pas se sentir particulièrement visé. 

"J'essaye de faire mon taf du mieux possible, je n'ai pas à me plaindre de ça. Chacun est libre de penser ce qu'il veut. Vous savez, j'ai même des amis qui votent FN… Si je gagnais une nouvelle médaille, je ne verrais pas ça comme une revanche ou quoi que ce soit."

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