Monaco paré pour la lutte

Docteur Yves Jacomet, "Le sur-entraînement est un risque"

Professeur spécialisé en addictologie au Centre Hospitalier Universitaire de Saint-Roch à Nice, le docteur Yves Jacomet est également un spécialiste de la question du dopage.

Entre deux déplacements professionnels, le docteur Yves Jacomet nous a reçus dans son bureau du CHU de Nice. Incollable sur la question du dopage, il n’hésite pas à monter au créneau si nécessaire sur ce sujet. Et cela donne un entretien musclé, mais sans stéroïdes.

Quels sont les principaux produits dopants ?

A l'exception de l'érythropoïétine (EPO) qui est un médicament innovant, récent, mais plus autant qu'avant puisque ça fait une vingtaine d'années qu'on l'utilise, tous les médicaments dopants sont des médicaments anciens. Ce qui est logique puisque c'est sur les produits les plus anciens qu'on a le plus de recul, le plus de retours du terrain. 

Il n’y a donc pas de produits "récents" ?

Ce sont des principes d'actions connus et prouvés. Toutes les molécules d'une même classe thérapeutique sont essayées, et ils s'arrêtent sur les produits qui leur conviennent le mieux. Mais on tourne toujours autour des stéroïdes, des corticoïdes, des stimulants ordinaires de type amphétaminiques, éphédrine. Exceptés les stupéfiants, parce que contrairement à une idée répandue, les stupéfiants ne sont pas du tout appréciés des sportifs. Ils considèrent que c'est mauvais, que ce soit du point de vue du droit, de la santé et de la morale. Les sportifs sont contre l'usage des drogues. 

Quels sont les risques liés au dopage ?

Il y a des effets indésirables de type rougeurs cutanées, vasodilatations, photosensibilisation, troubles oculaires, qui sont très gênants pour les sportifs. Mais il y a surtout le risque du sur-entraînement, ce qui amène à dépasser ses limites physiologiques. Et le plus grand risque encouru dans ce cas-là, c'est la mort. Une défaillance d'organe est également un risque, mais elle sera tellement foudroyante, que ce sera la mort aussi. Le risque, c'est le sur-entraînement et ses conséquences.

Des médecins ont parlé aussi de risques de cancer, est-ce vrai ?

Le sur-entraînement est la cause du cancer. Le cancer est, dans son immense majorité, une maladie de la vieillesse. Donc si vous vieillissez prématurément par le sur-entraînement, bien évidemment, vous augmentez le risque de faire un cancer prématurément.

Peut-on devenir accro aux produits dopants ?

Oui bien sûr. Ce n'est pas une addiction directe, mais indirecte. L'addiction se fait au succès, pas au produit dopant. Le succès entraîne une addiction au produit dopant. Mais il n'y a pas d'addiction en soi à ces produits-là. 

Quels sont les sports les plus touchés ?

Ils sont tous touchés, et ceux qui disent le contraire sont des menteurs. Tout le monde veut des résultats, et les veut rapidement. Ils s'entraînent pour gagner au bout de deux ans. On est vraiment dans la démarche d'une addiction. On veut un résultat, on s'accroche à ce résultat, on y met les moyens, et si jamais il y a résultat au bout, l'addiction s'ancre dans le psychisme et on recourra à tous les produits possibles et imaginables pour garder le résultat. Le sportif est un grand addicté au sport. Quand le corps ne suit plus, ils ont besoin de produits.

Comment lutter efficacement ?

Lutter contre le dopage n'est pas une expression qui me convient. C'est lutter contre l'insincérité du résultat sportif. Lutter contre la tricherie, contre l'injustice du classement qui a été faussé. C'est tout un ensemble. Il faut y associer la presse, la police, la médecine et la justice. On a besoin de comparaître en formation disciplinaire et soumettre au contradictoire les données recueillies. Que ce soient les données médicales, journalistiques ou policières.

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