Louis Biancheri : "Je considère que l'ASM a une action sociale"

Président de l'AS Monaco omnisports depuis 1978, Louis Biancheri a gravi les échelons au sein de l'entité sportive monégasque. Tout d'abord président de la section karaté shotokai, il a ensuite été secrétaire général avant d'être élu président, prenant ainsi la suite d'Alain Bronfort, un homme auquel il voulait "rendre hommage".

A son arrivée à la présidence de l'ASM, il n'y avait que "7 ou 8 sections pour environ 1 200 membres. Aujourd'hui, nous en avons plus de 3 900". Une évolution qu'apprécie Louis Biancheri, lui qui arrivait de la direction des télécommunications de Monaco. Non sans avoir quelques idées en tête pour développer l'ASM, comme le renforcement de la solidarité entre sections.

Qu'est-ce que ce poste vous demande en terme d'investissement ?

Ce que je ne fais pas dans mon bureau ici, au stade, je le fais dans mon bureau à la maison. Et je dois reconnaître que je suis aujourd'hui dans une situation où j'ai une famille très gentille, surtout ma femme. Parce que croyez-moi, ça me prend du temps sans arrêt. Il y a tout de même 19 sections, les gens qui demandent à travailler avec moi, à discuter. Et dans les sections, il y a toujours des problèmes qu'il faut régler. Il y a aussi les relations importantes avec l'administration, le gouvernement et parfois le Palais. 

Combien de bénévoles participent ? Est-ce suffisant ?

Ah non jamais (rires). On a quand même vraiment beaucoup de bénévoles, mais on se rend compte chez nous aussi que le bénévolat est quelque chose qui devient de plus en plus difficile à trouver tel qu'on l'a connu. A l'époque, les bénévoles étaient des gens qui se donnaient presque entièrement. Aujourd'hui, la vie a évolué. 

Nous sommes dans un pays magnifique qui a des intérêts dans tous les domaines et qui attire. Ce qui risque de sortir les bénévoles de leurs tâches. Mais on en a toujours un nombre important. On doit tourner entre 150 et 170 il me semble. Mais ce n'est pas assez. Ils ont un rôle fondamental, ils sont la base du fonctionnement de l'ASM. On ne peut rien faire sans les bénévoles.

 Avez-vous atteint le but que vous vous étiez fixé après presque 40 ans de présidence ?

Non. Le but est un objectif qui est poursuivi. Il y en a qui sont atteints progressivement, mais le but véritable, on ne l'atteint jamais. Lorsque j'étais enfant, j'ai eu quelques professeurs que je connaissais bien et qui m'aimaient bien, qui m'ont dit, "mais toi tu ne seras jamais heureux, jamais content." C'est un peu excessif, parce que le bonheur on peut en discuter, mais content, je l'ai été. Et c'est parce qu'une chose a été faite. Dès que c'est le cas, il y en a une autre qui prend sa place. 

Est-ce que vous voudriez voir de nouvelles sections s'ouvrir ?

J'aimerais bien. Le Prince Albert II m'avait fait une remarque il y a longtemps. A l'époque où il n'était pas encore Prince Souverain. Il m'avait dit : "mais pourquoi tous les sports de la Principauté ne sont pas à l'ASM ?" Je lui avais alors dit : "Monseigneur, tout d'abord parce qu'il y a des gens qui souhaitent être autonomes. Je pense qu'ils ont tort parce qu'à l'intérieur de l'ASM, on l'est. On a mis en place des gardes-fous pour l'éthique et une certaine représentativité de la Principauté. 

Le deuxième élément, c'est que nous sommes un petit pays, on se connaît presque tous, et à partir de là, si on ne dit pas qu'il y a déjà une structure qui existe, les gens font leurs petites affaires. Si tout le monde venait à l'ASM, ce ne serait plus vivable tel que c'est organisé aujourd'hui. Si tous les sports venaient à l'ASM, il faudrait quelqu'un à temps plein, qui soit rémunéré et qui soit un professionnel. Donc, si l'on veut y arriver, cela demande à être repensé. Mais je ne pense pas que ce soit souhaitable, parce que je pense qu'à l'ASM aujourd'hui, les principaux sports médiatisés, y sont. Il y a des sports qui pourraient y être, comme le judo. J'aimerais bien qu'il vienne à l'ASM. C'est aussi peut-être parce que je l'ai pas mal pratiqué (sourire).

Vous voudriez-voir des infrastructures s'améliorer ?

C'est important. On a un pays qui n'est pas extensible. On a ce qu'on peut avoir à Monaco. Il y a des choses qui se sont réalisées, à côté de Monaco, comme à Cap d'Ail, qui sont des investissements que l'administration et l'Etat ont faits. C'est important. Les infrastructures sont ce qu'elles sont et on ne peut pas avoir beaucoup plus que ce qu'on a. Il y a quand même une chose que j'aimerais dire. Ce qui nous manque aujourd'hui en Principauté, et je connais des solutions que personnellement j'aimerais voir se réaliser, c'est un établissement qui permette de recevoir des grandes manifestations. 

Pour le football, on a le stade. Mais, par exemple, une grande manifestation de handball, on peut difficilement la faire ici. On ne peut plus faire des grands matches de boxe au stade comme avant. Au lieu de les faire dans des établissements privés, on pourrait les faire dans des infrastructures publiques. Le basket aussi. L'année qui vient de s'écouler a vu une grande évolution du basket, maintenant on va avoir une évolution supérieure avec la Pro A, et si nous pensons faire évoluer médiatiquement le basket en Principauté et dans la région, 2 500 places ne devraient pas suffire. Il faudrait des solutions et moi j'en connais une. Mais je ne le dis pas pour le moment. 

  Votre meilleur souvenir en tant que président ?

Quand on me pose une question comme ça ! J'en ai des souvenirs, mais je suis incapable de n'en ressortir qu'un seul. En général, ce sont les victoires que rencontrent nos équipes, nos sportifs, qui permettent d'être médiatisés sur Monaco, mais aussi sur l'extérieur. On a des champions de France, on a des gens qui participent aux Jeux Olympiques, et c'est un grand plaisir de les voir. Il y a aussi la fabuleuse montée du basket. Il n'y a pas un plaisir qui peut s'arrêter. Il y a beaucoup de sports pratiqués à l'ASM pour autant de sources de plaisir. 

Cela étant, je ne considère pas que l'ASM, ce n'est que ça. Je considère que c'est d'abord du sport qu'on doit offrir aux gens de la Principauté, et parfois même aux gens des communes extérieures, mais qu'on doit leur offrir comme fondement. Un complément de l'éducation, qu'elle soit scolaire ou familiale. Et moi, je poserais un peu l'ASM et la conception de l'ASM comme un troisième élément de l'éducation individuelle. 

Cela fait pratiquement 4 décennies que vous êtes là. Comment vous voyez la continuité, le flambeau que vous allez passer ?

J'y pense. Je me dis après moi, qui ? Mais la réponse ne me regarde pas directement. J'espère qu'après moi, on pourra faire mieux. Mais plutôt dans l'idée de toujours bien faire. Le seul état d'âme que j'ai, c'est que j'aimerais que l'ASM continue d'être. Je considère que l'ASM a une action sociale en Principauté, et cela me paraît très important, et ce depuis 40 ans. La formation des jeunes et petits jeunes, c'est très important, et j'aimerais qu'on continue ça avec cet état d'esprit. 

Quel profil devra avoir selon vous le futur président ?

Ce que je souhaite, c'est qu'on continue à maintenir l'ASM dans un état d'esprit fondamentalement sportif et sain. Quel est le profil ? N'importe lequel. Pourvu que la personne qui viendra là ne le fera pas pour être président ou présidente. Parce que ça n'a pas de sens. Si on le fait dans le sens où je l'ai fait jusqu'à présent, ça me permettra de me dire que je ne me suis pas trompé. Et l'avenir me contredira encore moins. Je pense que ce serait prétentieux de dire : j'aimerais que la personne qui me succède fasse comme moi et pas autrement. La personne qui viendra sera élue, je l'espère, et si un jour on juge que l'ASM doit continuer de se développer, et qu'il faut faire évoluer les choses, ce sont des choix qui n'appartiennent qu'à l'administration, au gouvernement et au Prince. 

Vous adorez la musique. Que choisissez-vous entre un super concert et un super match au même moment ?

(rires). J'aimerais bien avoir le don d'ubiquité et assister aux deux. Mais dans le cas contraire, ce serait un choix très difficile.

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