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A fond la fonte

Qu’ils soient célèbres ou inconnus, nombreux sont les sportifs qui affectionnent la salle de musculation de Monaco. Située dans le stade Louis-II, temple national de l’activité physique, elle est chapeautée par deux professionnels : Jacques Choynowski, préparateur physique à la carrière internationale, et Nicolas Coletti. Visite guidée.

Bode Miller, Mickaël Madar, Robert Smith, Jarno Trulli... Qu’ils soient champions de ski, de football, de basket-ball ou de F1, ils sont tous passés par la salle de musculation de Monaco. En témoignent les maillots, photos et combinaisons dédicacés qui ornent les murs de l’entrée. Impossible de tous les citer. Il y en a trop. Vinokourov, Popov, Cipollini, Coulthard, Capirossi, Frolla, Wiberg... Tous ont participé au patchwork de remerciements qui habille le couloir. On peut y lire “à Jacques”, “Merci Jacques”... Attirés par la musique qui résonne, nous pénétrons dans l’antre de la musculation monégasque. À l’entrée, Corinne Cinquemani, chargée du pan administratif, nous indique le chemin. Un grand homme en veste rouge nous accueille et se présente : “Jacques Choynowski, bienvenue”. À ses côtés, Nicolas Coletti, son bras droit. À eux deux, ces coaches supervisent une salle de 260 m², composée de 58 ateliers. Ici, il n’y a pas de cours de fitness. 

La préparation physique est axée sur le cardio et la fonte. Avec un total de 5 600 adhérents, les deux spécialistes voient passer une centaine de personnes par jour. “Ma devise, c’est la sécurité. Et je suis intransigeant là-dessus. C’est pourquoi je n’accepte pas plus de 45 personnes à la fois. Sinon, il n’y a plus assez d’espace vital et les sportifs peuvent se blesser en étant trop près les uns des autres”, précise Jacques Choynowski. Et lorsqu’on en voit certains, la face vermeille et les traits déformés par l’effort, relâchant leurs haltères au sol dans un fracas sonore, on n'a pas envie de s'approcher. D’autres sont perchés sur des vélos elliptiques, certains cavalent des kilomètres sur les tapis roulants, rament ou pratiquent le développé couché. 

Là où ça rigole le plus, c’est sur la lignée de vélos, située à l’entrée. Plusieurs vagues de sportifs se succèdent chaque jour. Par an, on recense 33 000 entrées ! Impressionnant au regard de la taille moyenne de la salle. Mais la popularité de ce cocon familial du sport s’explique par la qualité de l’accueil et du suivi que l’on trouve auprès des deux spécialistes.

À chacun son programme

Entre midi et deux, c’est l’affluence. La musique est omniprésente dans ce temple du corps, elle motive, elle rythme la cadence. Chacun suit son programme, consciencieusement. Ils se terrent parfois dans le mutisme le plus total, laissant place à la concentration. Puis ils se relâchent et échangent quelques paroles avec les voisins. Tous se côtoient régulièrement et se connaissent. 

La particularité de la salle de musculation du stade Louis-II, c’est qu’elle accueille aussi bien les sportifs de haut niveau, internationaux et de passage à Monaco, que le débutant qui souhaite s’entretenir et conserver la forme. “C’est simple. Lorsqu’un membre entre ici pour la première fois, Jacques et moi l’accompagnons et lui faisons découvrir tous les appareils. De cette manière, il apprend immédiatement à bien s’en servir et cela nous permet de nouer le contact et de bien cerner sa condition physique. Ensuite, on écoute ses envies et l’objectif qu’il aimerait se fixer, puis nous constituons son programme. Chaque nouveau membre ressort d’ici avec un programme bien personnalisé. Durant le premier mois, nous sommes très attentifs à sa manière de s’entraîner et nous n’hésitons pas à le corriger”, indique Nicolas Coletti, 43 ans, préparateur physique dans la salle de musculation du Louis-II depuis six ans. 

“On s’occupe de vous au début. Ensuite, on vous surveille sans que vous le sachiez”, s’amuse Jacques Choynowski. En plus de la musique, deux écrans plats diffusent la chaîne Eurosport. “L’autre jour, on a regardé gagner la skieuse américaine Lindsey Vonn”, annonce fièrement Jacques en pointant l’écran. Vonn s’est octroyée les deux premières descentes de la saison, vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre à Lake Louise, étape de la coupe du monde de ski alpin. Puis dimanche, elle a remporté le super-G. La reine de la vitesse était troisième au classement général de la coupe du monde après sept courses. 

“Ma fierté, c’est Lindsey”

Si Jacques Choynowski évoque la fonceuse américaine, ce n’est pas par hasard. Pas tout le monde ne le sait à Monaco, mais il est un entraîneur d’envergure internationale et a propulsé un certain nombre de champions. “J’étais son entraîneur personnel pendant trois ans. Elle a fait sept sessions de préparation ici. Elle a souffert, elle a pleuré, mais elle a gagné.” L’homme de 63 ans vient de Pologne. Il s’est fait connaître en excellant dans l’entraînement des nageurs de son pays avec lesquels il a décroché 684 médailles au niveau national. Le spécialiste a entraîné la nageuse Agnieszka Czopek, médaille de bronze en 400 mètres 4 nages, lors des Jeux olympiques de Moscou en 1980. C'est le premier podium olympique en natation pour la Pologne. Une victoire pour Czopek et Choynowski. Il arrive à Nice en 1981. Il emmène la nageuse Catherine Poirot aux JO de Los Angeles en 1984, où elle décroche la médaille de bronze sur 100 mètres brasse. 

En 1987, Choynowski rejoint la Principauté et intègre le staff d'Arsène Wenger, alors entraîneur de l’AS Monaco. Il travaille aussi au centre de formation de l’ASM, avec Lilian Thuram, Emmanuel Petit, David Trezeguet, mais aussi Enzo Scifo. “J’ai un objectif, c’est la victoire. Pour moi, dans le sport, il y a l’aspect santé et remise en forme, mais lorsque je fais une compétition, c’est pour gagner”, s'excalme le technicien.

Une autre de ses fiertés est la skieuse Pernilla Wiberg, qu’il a notamment entraînée pour les Jeux d’hiver de Nagano, en 1998, d’où elle ramène la médaille d’argent en descente. “C’est particulier d’être préparateur physique parce que lorsque le sportif part s’entraîner ailleurs, il emporte un morceau de soi. Ils deviennent tous un peu mes enfants. Préparer un sportif, je considère que c'est ma mission terrestre.”

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