Les paras monégasques 
dans un ciel d'argent

Échauffement sur roulettes puis mise en orbite

La veille de la compétition, les sauts à effectuer par chacune des équipes étaient tirés au sort. Il s'agissait de réaliser huit sauts en VR4 et en VR8, puis neuf si les équipes se qualifiaient pour la demi-finale (dix meilleures formations), et enfin dix si elles participaient à la finale où étaient engagées les six meilleures équipes. 

"Les figures sont imposées. C'est un mélange de libres (figure simple à un point) et de blocs (figures complexes à deux points). Lors de chaque saut, on fait une séquence de cinq ou six points", détaille Stéphane Mattoni. Après l'annonce de l'enchaînement à réaliser, direction la zone d'entraînement au sol. 

"On s'allonge sur des planches à roulettes et on cherche le moyen de faire la séquence le plus rapidement possible avec des déplacements précis, courts et efficaces. L'objectif, c'est de gagner du temps. Pour un VR4, on peut se prendre la tête une demi-heure pour trouver la meilleure technique. En VR8, on peut y passer une heure ou une heure et demie afin de mémoriser la séquence et de la travailler. C'est 50 % de mental et 50 % de physique."

La pire crainte des paras: le trou de mémoire, ou "brain lock". "Ça revient au bout d'une seconde, mais c'est une seconde de perdue et sur trente-cinq c'est beaucoup", poursuit-il. Lors d'un VR4, on quitte l'avion - qui avance à 200 km/h - à 3 200 mètres d'altitude. 

Les esthètes de la voltige ont trente-cinq secondes pour effectuer leur saut. Pour ce qui est du VR8, ils sautent de l'appareil à 4 000 mètres de haut et ont cinquante secondes à partir de la sortie de l'avion pour enchaîner les figures. Mais avant de sauter, que se passe-t-il dans la tête du para? 

"On s'enferme dans notre bulle. On est concentrés, on se remémore l'enchaînement. Lorsque l'avion arrive dans l'axe, une lumière rouge s'allume, ce qui signifie que nous sommes à deux minutes du largage. Puis c'est au tour d'une lumière jaune qui signale que la porte s'ouvre. La lumière verte donne la consigne de nous mettre en place et d'y aller. Le chrono ne débute que lorsque nous sortons de l'avion", raconte le chef de mission, ses grands yeux bleus encore remplis d'images.

"La sortie est super importante", ajoute-t-il. "On se place tous de manière à tendre la première figure une fois projetés hors de l'avion pour commencer notre séquence. Parfois, ça ne ressemble à rien. On passe un bras derrière la jambe de l'autre pour attraper le pied d'un autre coéquipier", il rit. 

Une fois la toile tissée sur la paroi de l'avion, le "flotteur central" (celui qui donne le départ) remue le haut de son corps pour mettre l'équipe en mouvement. Le vidéoman, lui, doit partir un dixième de secondes avant les acrobates afin de se placer au-dessus, à une dizaine de mètres.

Projetés sur grand écran

"Une fois le saut achevé, le vidéoman apporte son enregistrement aux cinq juges avant même de plier son parachute. On est très fiers de Charly, qui est l'un des plus vieux dans le circuit", raconte Mattoni. 

Plus tard, la vidéo est diffusée sur grand écran devant l'ensemble des paras. Lorsqu'une figure est validée, une lumière verte s'allume. Une lumière rouge signale les pénalités.

"À quatre, nous avons fait une compétition moyenne, avec quelques erreurs. On vole sur nos acquis. On s'est plus concentrés sur le vol à huit. Du coup, on a terminé septièmes sur vingt-trois participants, aux portes de la finale. Nous avons manqué de régularité. C'est dommage parce que saut après saut, on grignotait des points sur l'équipe allemande. Finalement, on est arrivés derrière. Notre objectif était de nous classer sixièmes. On savait qu'aller toucher les cinq premiers était impossible. Ils sont trop pros." 

En VR8, les choses se sont déroulées à peu près comme prévu. Les rouge et blanc visaient le podium et ils l'ont eu. "Nous sommes arrivés deuxièmes, juste derrière l'équipe des Émirats arabes unis. Dès le départ, ils étaient meilleurs et mieux réglés. Mais on a livré une belle bagarre. À deux sauts de la fin, nous étions à égalité de points. Finalement, nos deux derniers sauts étaient bien. Mais il aurait fallu qu'ils soient super bien pour imaginer les dépasser." 

Il faut souligner que la formation émiratie a le loisir de s'entraîner à volonté dans une soufflerie de seize pieds de haut, soit environ cinq mètres, construite en plein désert… 

Mais l'équipe monégasque est ravie d'être montée sur la deuxième marche du podium pour sa première participation à huit sous les couleurs de la Principauté. "Nous avons une grosse marge de progression en VR8. On va poursuivre nos efforts", déclare le capitaine.

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