"Montrer ce que j'ai dans le ventre" - D. Lewton-Brain

Venu au patinage artistique assez tard, Davide Lewton-Brain a connu une belle et fulgurante ascension. Après s'être hissé au haut niveau à force de travail et de persévérance, le représentant de la Principauté à l'international vise aujourd'hui sa qualification aux Jeux Olympiques d'hiver de 2022.

On dit souvent que le travail paie toujours. S'il y en a un qui illustre ce célèbre adage, c'est bien Davide Lewton-Brain, ce jeune patineur de 21 ans (il en aura 22 le 23 décembre) qui, depuis quelques années, porte fièrement les couleurs de la Principauté sur les compétitions internationales. Un beau parcours pour celui qui a commencé sur le tard - il avait presque 10 ans - sur une patinoire ouverte seulement trois mois par an. Lui qui voulait s'essayer au hockey a finalement trouvé sa voie sur la glace, en regardant des vidéos de Philippe Candeloro, et sur les conseils de son papa qui l'encourageait à tester plutôt le patinage artistique. 

Et très vite, le gamin accroche. "Les premières années, c'était un loisir. Je venais à la patinoire pour me changer les idées, mais après trois ans de pratique, j'ai commencé à vraiment m'y intéresser. Et c'est là que j'ai débuté par quelques cours à Nice, pour essayer de progresser et combler le vide de septembre à décembre et de mars en juin", souligne Davide, qui n'avait jamais consacré autant d'années à un sport avant cela. "Je voyais que je progressais bien et les gens disaient que je pouvais faire quelque chose de pas trop mal. C'est là que je me suis dit pourquoi ne pas essayer une nouvelle expérience et faire plus d'heures et du haut niveau."

L'aventure d'une vie

Le coup de pouce dont il avait besoin vient de son amie d'enfance et patineuse, la princesse Alexandra de Hanovre, qui décide de rejoindre une section sport-études à Annecy. "Quand elle m'a dit qu'elle partait, je me suis dit que ce serait pas mal d'y aller aussi, que je ne partirais pas tout seul. On a été dans la même classe. C'était sympa de vivre cette expérience à deux", raconte le patineur qui avoue bien volontiers qu'il n'aurait probablement pas osé le faire seul. Il faut dire qu'à 15 ans, quitter son cocon familial, ses amis, pour partir à des centaines de kilomètres, représente une sacrée aventure. Une de celles qui fait grandir plus vite que prévu.

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"Quand on est petit, il y a plein de choses qu'on ne sait pas faire, comme prendre rendez-vous chez le médecin par exemple. Il faut apprendre à prendre ses responsabilités, à vivre tout seul". En famille d'accueil la première année, les débuts ne sont pas aisés pour le jeune homme. D'autant qu'il se retrouve confronté à des patineurs évoluant depuis des années sur la glace. "Beaucoup pratiquaient depuis leurs 4 ans, et avaient commencé le haut niveau entre 10 et 12/13 ans", précise le grand blond. Mais loin de décourager le jeune adolescent, il en tire sa force et sa rage de montrer "ce qu'il a dans le ventre". Il se fixe alors des objectifs, palier par palier. "Quand je suis arrivé à Annecy, je voulais juste avoir leur niveau, faire des compétitions internationales ou des choses comme ça... pour moi, c'était déjà énorme. Je ne me doutais pas du tout que j'allais pouvoir faire des championnats d'Europe ou du monde", se souvient Davide.

"Aller le plus loin possible"

À force de travail, le sportif fait rapidement des progrès. A l’âge où certains peuvent lâcher le haut niveau par lassitude, sa passion pour sa discipline, elle, n'a jamais faibli. Il s'épanouit à travers la glisse et les sauts, qui lui procurent "une sensation un peu indescriptible, un sentiment de réelle liberté. Quand on est en l'air, en suspension, c'est juste incroyable". Le patinage lui offre également cette liberté de pouvoir s'exprimer à travers son programme. Une sensibilité artistique probablement héritée de ses parents, Peter Lewton-Brain et Paola Cantalupo, tous deux anciens danseurs professionnels des Ballets de Monte-Carlo. Mais au-delà de tout cela, la notion de progrès revient comme un leitmotiv quand on interroge Davide sur ses sentiments pour sa discipline.

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"A chaque fois que je mets les patins, j'ai envie d'aller sur glace et de commencer un bon entraînement qui me permettra de progresser et de pouvoir aller plus loin. A chaque fois, c'est pour se dépasser. D'autres ressentent peut-être de la joie ou des choses comme ça, mais moi, vu que j'ai commencé très tard, j'ai toujours envie de montrer aux autres que je suis capable de faire plus, de progresser et d'arriver à leur niveau", précise Davide, qui a toujours pu compter dans son parcours aussi sur le soutien et l'expérience d'anciens sportifs professionnels de ses parents. "Ils sont eux aussi partis très tôt de chez leurs parents, ils ont compris tout de suite. Ils connaissent très bien le haut niveau, le monde artistique et tout ce qui vient avec", rappelle ce fils unique. "Je pense aussi que cela m'aide. Savoir qu'ils sont passés par là et qu'ils ont conscience de ce que cela représente, par rapport à des parents qui n'ont  jamais fait de haut niveau et ne savent pas forcément les attentes, les sacrifices…"

Une deuxième carrière dans l'immobilier ?

Au fil des années, et de ses réussites, les objectifs du patineur ont évolué. Après avoir atteint les championnats d'Europe seniors et les Monde en junior, Davide Lewton-Brain vise depuis quelques années les Jeux Olympiques, et plus précisément ceux de Beijing en 2022. Son ticket d'entrée, il se jouera, si les conditions sanitaires le permettent, lors des championnats du monde fin mars en Suède, où il devra figurer dans les seize premiers, ou en novembre prochain, lors d'une dernière compétition destinée aux athlètes des petits États. L'apothéose d'une carrière qui s'arrêtera, il le sait, avant la fin de cette décennie. 

"On ne vit pas du patin. Je ne me vois pas être toujours là à 30 ans, ne pas avoir de boulot, je pense que j'aurais arrêté d'ici-là. De toute façon, les patineurs arrêtent souvent après 30 ans car c'est très compliqué de continuer. C'est très physique, très dur et au bout d'un moment, le corps ne suit plus et on n'a plus le choix. J'aurais fait de très bonnes années". D'ailleurs, le jeune homme prépare déjà l'après. "Le sport ça peut s'arrêter à n'importe quel moment. J'ai des amis qui n'avaient rien quand ils se sont arrêtés. Repartir de zéro après sa carrière à 20 ans, ça va. Mais quand on en a 25/26, c'est plus compliqué. Je ne me voyais pas ne pas faire d'études", explique Davide. 

Actuellement étudiant en Master 1 marketing à l'Inseec de Chambéry, il ambitionne par la suite se lancer dans l'immobilier, tout en gardant les patins à portée de main. "Cela me ferait vraiment plaisir si je pouvais les remettre de temps en temps. Je ne pense pas que je pourrais vraiment m'arrêter du jour au lendemain, ne plus aller à la patinoire ou ne plus être en contact avec les personnes avec qui j'ai passé de nombreuses années. J'aurais toujours un pied dedans".


* Article issu du CSM n°50

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