Dossier

Masters de pétanque : carreau sur la place

L'évènement s'est déroulé sur la place du palais princier. Marc Costa, président du Club bouliste monégasque, a eu l'idée folle de faire venir la finale des 15es Masters de pétanque à l'endroit le plus emblématique de la Principauté. Et c'est l'équipe du fameux Philippe Suchaud qui a accroché la victoire. On rembobine.

Un village bouliste au cœur de Monaco-Ville. C'était du jamais-vu. L'idée à saveur de défi a pris possession de l'esprit de Marc Costa il y a dix-huit mois. Le verbe conquérant, il en a alors fait part au Prince Albert, immédiatement séduit par la perspective de voir se dessiner devant son palais un boulodrome éphémère. 

Costa, boulanger national bien connu, a ensuite diffusé le projet. En l'espace de quelque mois, tous le suivaient. Sociétés monégasques et bénévoles ont aidé à la mise en place d'infrastructures du tonnerre afin que tout soit prêt pour le final four des 5 et 6 septembre.

La place du palaisà la mode bouliste

Huit terrains avaient pris forme, encerclant un central des plus confortables. Afin de les garnir comme il se doit, il avait fallu quarante tonnes de sable de rivière ainsi que vingt tonnes de gravier, à acheminer via les rues exigües qui mènent au Rocher.

L'arène pouvait asseoir en son sein neuf cents spectateurs. Buvettes et sandwicheries avaient pris leurs quartiers sous de hautes tentes blanches. Et abrité par les pins, on découvrait un large "village VIP", d'attaque pour accueillir et rassasier plus de cinq cents invités.

Leurs papilles ont été gâtées par le savoir-faire de Marc Costa en matière de barbajuans, pissaladières et autres tartes aux abricots et éclairs au chocolat.

Tout autour des terrains ainsi que sur le central, le monde de la fête était bien décidé à ne pas laisser tourner en rond les amateurs de pétanque venus observer le spectacle. Clowns et danseuses, jongleurs et cracheur de feu ne laissaient aucune place aux temps morts.

Quand les pontes ont débarqué

Ils sont comme nous, comme vous. Mais eux, ils ont le geste juste et se font emmener en Harley-Davidson par les bikers du club de Monaco. La grande classe. Les quatre équipes ayant brillé après les cinq étapes des Masters allaient s'affronter en triplettes, ce vendredi-là.

Les connaisseurs les ont regardés arriver avec de grands yeux, en se chuchotant leurs noms. "C'est Quintais, regarde", glissait un monsieur à sa femme. Philippe Quintais, un sacré bonhomme de la discipline. Le gaillard tient le rôle de "milieu". Il est juste douze fois champion du monde et de France, quinze fois vainqueur du Mondial de Millau et quatre fois de la Marseillaise. Il faisait son entrée dans le village VIP, flanqué de ses trois coéquipiers. On chuchotait alors "Suchaud", dans l'assemblée. Le tireur historique détient dix titres de champion du monde, un de champion d'Europe et onze de champion de France. Philippe Suchaud a aussi remporté sept fois le Mondial de Millau ainsi que trois fois la Marseillaise et l'Europétanque. 

A leurs côtés, on trouvait également le quadruple champion du monde Christian Fazzino, détenteur de plus de cinq cents victoires nationales et internationales parmi lesquelles quatorze titres de champion de France. Le milieu a été élu meilleur joueur du siècle par la Fédération internationale de pétanque et jeu provençal, en 2000. Quatrième membre de la belle équipe, Damien Hureau, champion du monde et de France. Le tireur s'est même offert la coupe de France cette année.

L'équipe Suchaud se présentait d'emblée comme favorite. Elle figurait en tête des Masters avec 35 points, loin devant l'équipe de Madagascar avec 28 points. Venaient ensuite l'équipe Rocher (25 points) et l'équipe Philipson (25 points).

Lancement des hostilités

Après l'hymne monégasque joué par les vingt-deux musiciens de la fanfare des Carabiniers du Prince, l'équipe Suchaud s'est frottée à l'équipe Philipson lors la première demi-finale. Le tireur et champion de France Kévin Philipson était accompagné par les milieux Angy Savin (double champion du monde junior), Kévin Malbec (champion d'Europe) et André Poiret (vainqueur du Trophée des Villes), resté sur le banc, comme Quintais dans l'équipe d'en face.

Les tribunes étaient pleines. Il était à peu près 14 heures, le soleil cognait sur les chapeaux et casquettes. Chacun avait mis sa paire de solaires afin de pouvoir suivre le spectacle.

Alors que les Verts (équipe Philipson) s'attachaient à pointer toujours plus près du bouchon, les Bleus (clan Suchaud) les dégageaient méticuleusement. À 14 h 30, ils menaient aisément 5 à 0 sur un superbe tir de Suchaud qui prenait trois points d'un coup en dégageant une boule adverse. Le public poussait des encouragements sonores. Les Verts s'accrochaient et prenaient quatre points en une mène. Mais les Bleus progressaient vers la victoire. 

"C'est le tournant du match", entendait-on dans le public. 10 à 4 pour les Bleus. La tension grimpait. Les Verts allaient et venaient, du cochonnet au cercle. Dans un geste désespéré, Philipson tentait de sortir le bouchon pour annuler la mène. Raté. Les Verts s'inclinaient 4 à 13.


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