"Voir un jour mon fils et ma fille en championnat du monde" - G. Campillo

Guillaume Campillo est un bouliste monégasque avec quelques belles performances à son palmarès. Médaillé de bronze en triplettes aux Championnats d'Europe 2013, il a également été à deux reprises huitième de finaliste aux championnats du monde (2008 et 2010)*.

Chez les Campillo, la pétanque est une sorte de fil d'Ariane reliant les différentes générations. Du papa, Claude, aux petits-enfants, en passant par Guillaume, bien sûr, et sa femme, tout le monde évolue triplette en main. Jusqu'au plus haut niveau, pour les ''anciens'', en attendant de voir la jeune génération prendre la relève ?

Que vous évoque le mot pétanque ? 

Avant tout, la convivialité, l'aspect festif de ce sport. Le côté haut niveau arrive juste après. 

Comment êtes-vous tombé dedans ?

J'étais tout jeune. Ma mère travaillait le dimanche, et mon père allait au boulodrome. Donc avec ma sœur, on y allait avec lui et il nous gardait là-bas. Je jouais aux cartes avec elle ou j'allais me jeter quelques boules. Quand ma sœur a grandi, elle n'est plus venue avec nous, mais j'ai continué à y aller avec mon père. J'aimais le regarder jouer et j'allais jeter des boules dans mon coin. Je prenais un seau, et je m'entraînais de mon côté.

Vous jouiez seul ?

Ah oui, c'est comme ça que ça marchait à l'époque. Les adultes n'allaient pas prendre un minot pour jouer avec eux, d'autant qu'à cette époque, il y avait parfois de petits paris sur les parties entre ceux qui jouaient. Je me mettais sur un terrain à côté, je prenais six boules, j'en pointais trois et j'en tirais trois. Je pouvais faire ça des heures entières.

N'était-ce pas trop frustrant ?

Si, très, et j'en ai encore un peu de rancœur envers certaines personnes, parce que maintenant que je joue bien, ils veulent jouer avec moi alors qu'avant ils me mettaient de côté. Je suis un peu rancunier sur certaines façons de faire. Et quand on me faisait jouer, je ne jouais pas forcément très bien, mais je n'étais pas forcément plus mauvais qu'eux, et j'étais condamné à pointer. Ils ne tapaient pas de boules, mais je n'avais pas le droit parce qu'ils ne voulaient pas qu'un gamin de 12 ans tire de tête.

Comment avez-vous vécu tout cela ?

On ne le prend pas bien. Je regardais les gens jouer, je me disais que je jouais aussi bien qu'eux, et je comprenais pas. Aujourd'hui, je comprends mieux, tous ces gens avaient la trentaine, quarantaine, et de temps en temps mon père me faisait jouer. Mais il y en avait toujours 2-3 qui venaient un peu plus tard et me prenaient avec eux, donc je suis reconnaissant envers eux, car les résultats que j'ai pu faire, je n'ai pas oublié d'où ça vient et c'est aussi grâce à eux.

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Qu'est-ce qui vous a tant plu pour que vous puissiez y passer autant de temps si jeune ?

Le côté un peu grisant que ça peut avoir. Tu en tires une, tu l'as, et celle d'après, tu la manques. Mais pourquoi ? Quand on est jeune, on a tendance à penser que si on attrape la première, on doit aussi taper les autres. Mais on se rend compte que pas toujours (rires). Et j'aime beaucoup la stratégie dans ce sport. Cet aspect-là est venu un peu plus tard, mais on s'en rend compte quand même assez vite. Je vois mon fils, il est à l'école de pétanque, il a 9 ans, et il arrive déjà à voir et lire le jeu, tout comme sa sœur. 

A quel âge avez-vous pris part à votre premier concours ?

Je devais avoir 13 ans car à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de jeunes de mon âge. Et comme on ne me faisait pas trop jouer, il a fallu que le fils d'un collègue vienne jouer avec moi pour qu'on puisse s'aligner. C'est d'ailleurs devenu un ami très proche, je suis le parrain de son fils et lui du mien. On a fait plein de concours ensemble. Et trois ans plus tard, à 16 ans, je m'aligne sur mon premier championnat du monde juniors et je perds en quart de finale du tir de précision. 

Que ressentez-vous lorsque la boule quitte vos doigts ?

Quand ça sort mal, tu n'es pas bien. Mais quand elle part bien, tu te dis que tu es pas mal. Et si tu attrapes le carreau, c'est le plus beau coup.

Qu'est-ce qui procure le plus de plaisir à la pétanque ?

Taper les bonnes boules au bon moment. Gagner oui, mais il faut être bon. C'est parfois ingrat, parce que tu peux taper toutes les boules et manquer la bonne, mais c'est celle là qu'on va regarder. Ça peut arriver, mais sur un taper-gagner, si tu manques, on va vite te cataloguer, surtout si ça t'arrives souvent. Donc après un raté, il faut savoir se relever et taper la boule d'après et la prochaine boule importante. Sinon ça devient compliqué, surtout dans le regard des autres.

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La pétanque permet de jouer contre les meilleurs du monde. En concours ou lors de championnats du monde ou d'Europe. Comment vous sentez-vous avant une partie contre ce genre de joueurs  ?

Je me dis que ça va être dur pour eux (rires). Je suis assez confiant quand j'entre sur le terrain, c'est une partie de boules. Et dans ce genre de matches, si tu perds, c'est normal, donc on joue sans pression. Ça n'est que des boules, on ne sauve pas des vies, c'est que du bonheur. Après, c'est dur parce qu'ils sont au-dessus, mais si on les a déjà battus, on sait qu'on les battra encore. Parce que parfois, les mecs s'il te connaissent un peu, ils te respectent un peu plus dans le jeu, ils vont faire attention à ne pas tirer la boule de trop. Parce qu'à la pétanque, ça va vite. 

Qu'est-ce que représente la pétanque pour vous ?

Ça a été ma vie, j'ai passé ma vie dedans. J'ai 35 ans, ça fait 30 ans que j'y passe ma vie. J'ai pris un peu de recul en faisant un break de deux ans, mais c'est vraiment un beau sport. 

Qu'avez-vous encore envie de réaliser ?

En revenant à Monaco, automatiquement, j'ai encore un peu d'ambition. J'ai envie de faire un championnat du monde mixte avec ma femme, elle a été championne d'Italie avant qu'on soit ensemble. On a été médaillé de bronze en coupe d'Europe ensemble et comme on est monégasque, j'aimerais faire un championnat du monde mixte avec elle. J'aimerais faire de belles compétitions. Je suis un compétiteur. Je ne les ai jamais faits et je suis assez tenté par les Jeux des Petits États d'Europe aussi. Et pourquoi pas refaire des Jeux Méditerranéens avec mon père, on les avait fait à Pescara une fois et ça ne s'était pas trop mal passé (2009, défaite en demi-finale). 

Quelle place a la pétanque dans la famille Campillo ?

Une grosse place. Là, le club (Club Bouliste Monégasque) a mis en place l'école de pétanque, mon fils a voulu y aller et avec ma femme, ça nous a redonné un peu envie. Le fait qu'il y ait une nouvelle direction a aussi énormément joué. Ce qui serait top, ce serait de voir un jour mon fils et ma fille en championnat du monde mixte. Mais je n'ai jamais forcé mes enfants à jouer. 

Qu'est-ce que la pétanque vous a apporté ?

Des joies, du bonheur, du respect pour certaines personnes, ça m'a permis de grandir, d'évoluer sur mon caractère, de voyager, de rencontrer des gens. Déjà ma femme, et des types en or, des amis, des gens avec qui je suis encore en contact, notamment un ami Corse.


* Article issu du CSM n°50

Publié le

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