"Tape moi dessus j'adore ça" - A. Alessandria

Skieur monégasque, Arnaud Alessandria arpente les pistes du monde entier depuis plus de dix ans. Fou de vitesse, passionné de ski, le jeune homme de 27 ans a passé l'essentiel de sa vie sur des skis. Et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin*.

S'il a pratiqué différents sports dans sa jeunesse, Arnaud Alessandria ne s'est jamais mieux senti que sur des skis. La vitesse, les trajectoires, les rencontres, autant d'éléments rythmant la vie de skieur du jeune homme. Le tout saupoudré d'un esprit de compétition présent au quotidien.

Si on vous dit le mot ''ski'', que cela représente-t-il pour vous ?

Je dirais passion. Plaisir. Ma vie. C'est ma vie aujourd'hui.

A quel moment le ski est-il devenu plus qu'un simple loisir ?

Lorsque j'ai débuté, je devais avoir 2 ans. Mon père était moniteur de ski à Limone, donc il était normal pour lui de me mettre sur des skis très jeune. Mais je n'ai commencé la compétition qu'assez tard. J'avais 13 ans lorsque j'ai fait ma première course. C'est devenu plus qu'un loisir quand je suis entré en sport-études lors de mon passage en 4e.

Quel a été l'élément déclencheur ?

Comme on n'habitait pas en station, à l'inverse de beaucoup d'autres skieurs, je n'étais pas dans un club de ski. Petit, j'ai essayé d'autres sports, car il était plus logique de faire du sport en club à Monaco. J'ai tenté le tir à l'arc, le foot, la natation, du karaté… J'ai aussi voulu faire du plongeon, mais il fallait d'abord passer par la natation, ce qui ne m'a pas trop plu parce que je voulais faire du plongeon tout de suite (rires). Une année, nous étions en vacances en station et je m'étais inscrit à une flèche (épreuve chronométrée de ski). Je n'avais jamais fait de course avant. Et lorsque je suis arrivé en bas, je suis allé voir mon père et je lui ai dit, "c'est ça que je veux faire". 

Qu'avez-vous ressenti sur cette descente pour que cela crée cette vocation chez vous ?

Ce qui m'a marqué, c'est que j'avais pris une branlée abominable (sic) (rires), mais j'ai trouvé ça génial de faire de la compétition, que ça devienne un challenge et que j'allais progresser. J'ai toujours eu l'esprit de compétition, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas trop, mais ça m'a motivé.

Pourquoi "heureusement ou malheureusement" ? 

C'est surtout dans ma vie privée, quand tu fais un baby-foot avec des potes et que tu deviens fou parce que tu n'arrives pas à gagner. Tu finis par devenir lourd avec tes amis parce que tu ne gagnes pas. Maintenant ça va beaucoup mieux de ce côté-là, même si je reste un mauvais perdant.

Arnaud Alessandria Avec Prince Et Princesse

Cet esprit de compétition facilite-t-il les choses pour revenir de blessure, vous qui en avez connu quelques-unes ?

Clairement. Parce que si tu lâches pendant ta blessure, c'est compliqué de revenir. Il y a forcément des moments compliqués, mais si tu lâches complètement, c'est quasi-impossible de revenir. Surtout chez nous, dans notre sport.

C'est d'autant plus dangereux avec la vitesse inhérente à votre discipline. Comment trouve-t-on l'équilibre entre le désir d'aller chercher un meilleur temps, de prendre des risques pour cela tout en les maîtrisant ?

L'esprit de compétition te pousse, bien sûr, mais c'est aussi dans ces moments-là où il faut savoir quand y aller ou ne pas y aller. Tu en discutes beaucoup avec les coaches, par rapport à tes intentions, ils te donnent leur avis sur la possibilité de réussite. Tu apprends aussi de tes erreurs, surtout quand elles te coûtent 2-3 mois de blessure, tu comprends que ce n'était pas une bonne idée et qu'il ne faut pas le refaire. Et il faut aussi savoir se canaliser, ne pas être trop fougueux. 

La vitesse, c'est un peu votre leitmotiv ?

C'est toujours ça. Ce qui est hyper bizarre avec la vitesse, c'est que normalement, c'est censé te réduire le champ de vision et tu n'as pas le temps de réagir. Mais il y a des moments où tu vas à fond, tu as l'impression que tout s'arrête, que tu peux tout voir, tout gérer, comme si le temps ralentissait, tu vois tout ce qui se passe alors que tu descends à 120-130 km/h à ski. Et cette sensation, c'est un pur bonheur.

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Vous pratiquez aussi d'autres disciplines liées à la vitesse hors saison. Quel est votre plaisir à ressentir cette vitesse ?

C'est une question de vitesse et de trajectoire. Ce n'est pas tant le fait d'aller vite, par rapport à la moto et au vélo, mais plus de passer de plus en plus vite à chaque fois. Ce sont des défis qu'on se lance à soi-même, pour passer plus vite à chaque passage. La vitesse elle-même, je ne m'en lasse pas. C'est différent en moto, sur la route, où j'ai pas mal d'appréhension, surtout du fait des gens autour, car ça ne dépend pas que de toi. Parce qu'en VTT ou en ski, si tu te fous en l'air, c'est souvent de ta faute (sic). En moto c'est différent, je joue beaucoup moins.

Comment combattez-vous la déception, la frustration de ne pas atteindre vos objectifs ?

Tout dépend. Si c'est d'un jour sur l'autre, entre deux courses, tu vas discuter avec tes coaches, analyser le tout, reprendre confiance avec eux. Il faut voir ce qui ne va pas et le changer. Ça va assez vite. Mais d'une saison sur l'autre, c'est le même principe mais sur le plus long terme, on va changer des approches dans la prépa physique, sur les réglages de matériel, tu vas changer l'approche technique sur les skis, essayer de travailler différemment. 

Comment vivez-vous l'échec ?

Mal, mais mieux qu'avant. Tu arrives à en tirer du positif. Enfin, j'essaye. Il faut que ça me serve à quelque chose, essayer de prendre ce qu'il y à prendre dedans, et ne pas commettre la même erreur à nouveau. 

Quelle relation entretenez-vous, selon vous, avec votre discipline ?

(Longue hésitation.) C'est difficile. C'est un peu l'amour vache au final. Ça dépend des situations. Quand tu entres dans tes objectifs et que ça se passe bien, c'est ouf (sic). Mais avec les déceptions, c'est un peu ''tape moi dessus j'adore ça''.


* Article issu du CSM n°50

Publié le

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