En première ligne

Les remèdes de Fabrice Pouvreau

Cuisinier au Centre Hospitalier Princesse Grace depuis 16 ans, Fabrice Pouvreau s'est appliqué à ''faire plaisir'' aux patients en cette période particulière, sans oublier son propre plaisir avec ses allers/retours en vélo depuis son domicile mentonnais.

Sportivement comme professionnellement, Fabrice Pouvreau, 48 ans, a eu plusieurs vies. Originaire de Seine-Saint-Denis, il fait son apprentissage à l'école des métiers de la table à Pont de Levallois dès 1989 avant de changer d'horizon, après son mariage : "J'avais envie de soleil et je ne voulais pas faire d'enfant en région parisienne. On voulait quelque chose de bien." Va pour la Côte d'Azur et les cuisines du Centre Cardio-Thoracique de Monaco pendant six ans. Sauf que l'envie de mettre les voiles est encore trop forte et, cette fois-ci, ce n'est pas la fibre paternelle qui motive la décision, mais le sport, en partie : "Je suis un ancien rugbyman, j'avais envie de tenter l'aventure dans le Sud-Ouest." 

Troisième ligne "assez rapide et vif", Fabrice Pouvreau s'épanouit près d'Orthez dans ce "rugby dur de Fédérale 2, avec des mecs qui partaient à l'usine le lendemain des matches". Professionnellement, en revanche, c'est l'impasse. "J'ai adoré le milieu et la culture là-bas, mais hors-saison, il n'y avait pas d'opportunités", regrette-t-il. Alors, "pour trouver une continuité dans le travail", il intègre le Zebra, "au-dessus du Grimaldi Forum", jusqu'en 2005. Date de son arrivée au Centre Hospitalier Princesse Grace à un poste de cuisinier… et de sa retraite rugbystique. 

"Je voulais assurer mon boulot en premier", confie-t-il. Je ne peux m'imaginer faire autre chose que ce métier, je me régale toujours. On est dans un établissement prestigieux et je fais des choses que je ne ferais pas dans d'autres hôpitaux." Il ajoute : "Parfois, on a 100-150 kilos de viande à cuire et, comme je travaille à l'ancienne, ça prend du temps. Je fais toujours en sorte que mes produits soient valorisés nutritionnellement. On a beaucoup d'appareils qui permettent de travailler nos produits au plus près de leur valeur. Je n'ai pas envie de faire de la bouffe d'hôpital."

"Je soigne les patients à ma manière"

Ce qui a certainement dû donner un peu de réconfort aux patients en cette période incertaine, notamment lors de la première vague. Son travail a été "amplifié", l'ambiance "très bizarre" : "J'ai eu un peu plus de patients parce que je fais aussi des repas à domicile. Je prenais un peu pour moi les applaudissements aux fenêtres durant le premier confinement, parce que j'allais travailler tous les jours. Je souhaitais être présent pour les patients. Si je me fais plaisir en cuisinant, je vais leur faire plaisir aussi. Je les soigne à ma manière." 

Les allers/retours quotidiens en vélo depuis son domicile mentonnais permettaient à ce triathlète "de décompresser". "C'était un soulagement. Il n'y avait personne sur la route, on entendait les oiseaux qu'on n'entend jamais d'habitude et même l'air n'était pas le même pendant ces deux mois", fait remarquer Fabrice Pouvreau. Une petite consolation pour ce sportif (dix marathons à son actif) qui courait aussi "autour de la maison pendant une heure avec (ma) femme" et usait du home trainer chaque week-end. 

Hebdomadairement, en temps normal, il jonglait avec ses 200 kilomètres de vélo, ses deux sorties au bord de mer avec son club Menton Marathon et autant de séances de musculation. "Il ne faut pas relâcher l'effort", répète-t-il dans l'attente de jours meilleurs où il pourra prendre le départ de triathlons et retrouver "le choc émotionnel" qu'il recherche : "L'odeur de la pelouse me foutait une angoisse folle avant le coup d'envoi. J'ai retrouvé ce sentiment en m'alignant la nuit, à l'Embrunman, au milieu de 3 000 personnes au bord de l'eau, quelques secondes avant le départ."

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