"Notre rêve un peu fou : une course par semaine à travers le monde"

Le 14 novembre, le coup d'envoi de la seizième édition de la No Finish Line, organisée par l'association monégasque Children & Future, était donné en présence de la Princesse Stéphanie. A l'origine de cette manifestation, devenue incontournable en Principauté, se cache un homme, Philippe Verdier.

En 1999, cet assureur, passionné de marathon, créait la No Finish Line sans se douter une seule seconde de l’ampleur que prendrait cet événement alliant sportif et caritatif. 

Comment est née la No Finish Line ?

Tout a commencé lorsque j’étais à la Jeune Chambre Économique de Monaco (JCEM). La  Jeune Chambre Internationale voulait instituer une journée universelle du droit de l’enfant le 20 novembre, pour commémorer les dates anniversaires de la déclaration (1959) et convention (1989) des droits de l’enfant et nous avait incités à créer des événements pour essayer que cette journée soit créée par l’ONU. A l’époque, je faisais des marathons et j’avais eu plusieurs idées de courses dont celle de faire courir les gens sur un circuit avec une petite pancarte "Journée Universelle des droits de l’enfant", projet qui avait été accepté par la JCEM. Après discussions, un rendez-vous avec le gouvernement et une audience avec le Prince, on est passé d’un événement "one shot" sur an à un événement de huit jours non-stop sur le port de Monaco, qui a réuni la première année en 1999, 750 personnes et on a fait 15 000 km. 

Le concept a ensuite évolué ?

On s’est fait complétement dépassé par le concept ! On imaginait avec des étoiles plein les yeux avoir un jour 3 500 personnes. Les kilomètres on s’en fichait un peu, car le principe au début était qu’il y ait toujours une personne sur le circuit. C’est lors de la 5e année, à force que les gens nous disent "que je fasse un tour ou dix tours ça revient au même il n’y a pas de bénéfices supplémentaires", on s’est dit qu'on allait faire un pari et reverser 1 € par kilomètre.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Non pas du tout ! Au départ, je l’ai plus organisé sur le sport et l’humanitaire. On ne s’attendait pas à voir des gens avec des poussettes venir demander la permission d’inscrire leurs enfants. On a eu des chiens, un chat, un mouton, une tortue... Une personne a fait 2 ou 3 fois un 24 heures en échasses. Tout ce qui n’est pas dangereux est autorisé mais on interdit rollers, trottinettes, vélos, même pour les petits, pour des raisons de sécurité. Mais après si quelqu’un veut ramper ou faire 24 heures en marche arrière, on accepte tout type de défis.

Comment l’expliquez-vous ? 

Les gens se sont approprié le concept No Finish Line parce que c’était quelque chose de très convivial, ils avaient le temps de se retrouver, entre collègues, entre amis et de parler en marchant. Aujourd’hui, il y a plus de personnes qui marchent que de personnes qui courent. D'ailleurs, parfois, il y a tellement de monde que c'est impossible de courir ou de doubler. 

Comment se passe le financement de la NFL ?

Nos trois plus gros sponsors sont des fondations, à savoir les fondations Cuomo, Stavros Niarchos et Sancta Devota. A eux trois, ils constituent plus de 50% de notre sponsoring brut. Nous avons également les équipes sponsorisées, concept lancé il y a six ou sept ans. A l’origine, ce sont les caisses sociales, qui nous ont dit : "on a fait 500km, on va vous verser 500 €". On a trouvé l’idée géniale et on a lancé ce challenge. En 2014, sur 300 équipes, 39 étaient sponsorisées et ont fait 42% des kilomètres. C’est grâce à elles qu’on peut réussir notre pari. 

Des projets pour l'avenir ?

On a des idées en tête notamment, avec une "NFL everywhere", une NFL virtuelle. Nous sommes en train de créer une application, on va servir de test, pour que les kilomètres réalisés quand les gens vont faire un entraînement, quand ils marchent de chez eux jusqu’au circuit soient aussi comptabilisés dans un autre système soutenu par un financement participatif. Après notre rêve un peu fou, c’est qu’il y ait 52 No Finish Line, une par semaine organisée dans chaque pays à travers le monde. 

Paris a d’ailleurs accueilli sa première No Finish Line cette année, la première d'une longue lignée ? 

C’est la première étape ! Ce fut difficile car la mairie de Paris n’avait jamais autorisé un événement non-stop pendant une nuit en extérieur. Cette année, nous avons eu 4 jours 3 nuits. L'an prochain, ce sera 5 jours et 4 nuits. Ce serait sympa que l’on puisse arriver à 8 jours rapidement. On a retrouvé le même état d’esprit, des gens venus avec des chiens, des poussettes, de tout âge. Le concept a pris tout de suite, même s'il y a eu un peu moins de 4 000 participants. Après il y a d’autres projets, notamment Oslo, avec le coureur cycliste Thor Hushovd et sa femme qui résident à Monaco et sont très motivés, Bruxelles, l’île Maurice, Athènes avec la Fondation Niarchos. 

Comment exporter ce concept ? 

A Paris, c’est une autre association, l’organisateur de l’Eco-Trail, qui a organisé la manifestation. Nous n’avons pas les moyens ni humains, ni techniques pour organiser d’autres manifestations dans le monde. On a d’ailleurs créé une nouvelle association qui s’appelle NFL Internationale, pour la protection de la marque No Finish Line et pour conseiller d’autres NFL. Son but, c’est de constituer une sorte de fonds mondial où chaque NFL verse ce qu'elle veut pour créer un projet de dimension internationale, plus important que les projets que ne peut en soutenir une seule. Nous visons cela à 2-4-5 ans, pas avant 3 ans je pense, pour réunir suffisamment de fonds et pour définir un axe mondial, toujours autour des enfants.

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