Monaco raid inter-armées, à l'assaut du Rocher

Grands gagnants du Monaco raid inter-armées en 2010 et 2011, les Monégasques ont terminé dixièmes cette fois-ci. Du 17 au 21 octobre, seize équipes se sont départagées lors de sept épreuves nautiques et terrestres. Et si les représentants de Monaco ont fait une belle compétition, c'est la British Army qui a décroché la première place de cette huitième édition.

Quai Antoine-1er, près du Yacht Club. À 8 heures du matin, tout le monde est sur le pont. Cuisses et mollets musclés, combinaisons en néoprène les mettant en valeur, lunettes de soleil et chaussons antidérapants : les sportifs sont parés. Ils représentent Monaco, la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Ici, on sautille, on s'échauffe, mais surtout, on déconne. Entre drôles d'accents et mélanges de langages, chacun parvient à se faire comprendre. De toute manière, Jean-Pierre Gronchi, l'un des encadrants, a une technique universelle. "Je donne un coup de sifflet et ils me comprennent. Ils viennent tous vers moi."

Le fruit de neuf semaines de labeur

Pour devenir acteur de ce raid international, il fallait intégrer au moins une fille à l'équipe de quatre et un détenteur du permis bateau. Nous retrouvons nos Monégasques sur le semi-rigide numéro 17, pour l'épreuve d'orientation en mer. "Nous, nous avons vraiment une équipe mixte. C'est 50/50 !", explique Frédéric Charlot, lieutenant à la Sûreté publique et entraîneur de l'équipe monégasque depuis trois ans pour ce fameux raid. Après neuf semaines d'entrainement intense, le clan "munegascu" paraît fin prêt. 

En ce vendredi ensoleillé, c'est un coach tartiné d'écran total que nous découvrons. "Hier, ça tapait", se justifie-t-il. Dans tous les sens du terme. Le soleil était aussi puissant que le vent qui a malmené les embarcations durant l'épreuve d'autonomie et d'endurance. La mer noyait les navires dans des creux de trois mètres et il était très difficile de naviguer. C'est là que les Monégasques ont fauté. Ils sont arrivés douzièmes sur seize et c'était la seule épreuve coefficient deux. 

"Y a 4 000 points à prendre aujourd'hui, alors faut y aller", lance Frédéric Artieri, agent de la Sûreté de 39 ans et capitaine de l'équipe monégasque. Alors, quel est le plan ? "On a mis en place une tactique, euh... Ça passe ou ça casse !", glisse-t-il dans un sourire pincé. Apparemment, on ne dévoile pas les petits arrangements entre équipiers avant de les avoir testés. Fred est rejoint par Julie Lafay, 31 ans, professeur d'EPS à l'école des Révoires. Puis déboulent Alexandre Pesquerel, 25 ans, agent de la Sûreté et Sonia Delprete, 42 ans, professeur d'EPS au collège Charles-III, deux novices du raid inter-armées. Aucun d'eux n'est très bavard avant la course. Ils affichent une concentration de pros. 

Changement de tactique réussi

Les compétiteurs découvrent le déroulement de la course lors d'un briefing qui a lieu quelques minutes avant chaque épreuve. Surprise ! Cette règle a pour but de mettre tout le monde à égalité, mais aussi de pousser la pression à son maximum.

8 h 45 : top départ ! Les marins embarquent. La Grande Bleue a l'air de bien se tenir. À l'arrivée, aux alentours de 11 heures, nous croisons Alexandre. Il grignote des gâteaux histoire de reprendre les calories qu'il vient de griller. "Ça s'est mieux passé qu'hier. On a changé de méthode. Hier on relevait les points cachés avec le compas et aujourd'hui on l'a fait avec le GPS. On espère que ça va porter ses fruits et on va se concentrer sur cet aprem. Ce sera du physique : kayak, natation et tir. Sonia est très forte au tir, et en kayak on s'est bien entraînés, on a fait de bonnes journées de 15-20 kilomètres donc on espère faire quelque chose", sourit le jeune homme, confiant. Sonia, prof de sport et pro du tir, vraiment ? "J'avais jamais tiré avant les entraînements. Du kayak, j'en avais jamais fait et la natation, c'était pas du tout mon truc, mais c'est un défi, s'exclame-t-elle. Justement, ce qui est intéressant c'est de se lancer un challenge comme ça." 

Pour sa première participation au raid, Sonia semble bien décidée à donner le meilleur d'elle-même. Il faut dire que c'est une sacrée athlète. Élue sportive de l'année 2010 à Monaco, elle détient le record du monde d'heptathlon et de pentathlon chez les vétérans, et est également championne du monde de pentathlon, de la longueur et du soixante mètres haies.

Une équipe soudée

Il est 14 h 30, les équipes se jettent à l'eau pour onze kilomètres de kayak. Les binômes se relaient alors il faut surtout de la régularité. Entre chaque changement, les Monégasques soufflent et marchent pour faire ralentir leur cœur qui frappe dans le thorax. Muets, vidés par l'effort, ils avalent quelques gorgées d'eau et mâchent une barre énergétique. "On a le vent en pleine figure. On force énormément sur les bras et c'est très dur", expliquent Alexandre et Sonia. Lorsque Fred et Julie terminent leurs tours, ils ont le sourire. "On a fait ce qu'on devait faire, lance Julie. Mais ça va être très dur la natation tout à l'heure." Les quatre acolytes se prennent dans les bras, se félicitent et s'encouragent. 

Un super souvenir

À 17 heures, l'épreuve de natation au large du Larvotto les achève un peu plus. Mais ils ont la douleur silencieuse et la motivation pugnace. Ils usent ce qui leur reste de voix dans des encouragements fournis : "Allez ! Allez Fred !". Le soleil baisse et les athlètes sont frigorifiés mais satisfaits. "Septième en natation ! C'est ce qu'on espérait. Pour le tir c'est bien, on est fatigués donc on sera "relax", jubile Alexandre.

Mais si l'équipe "munegascu" a fait la deuxième meilleure performance au tir après la Suisse, ils ont fini dans le ventre mou du classement en course à pied et ont été disqualifiés lors de l'épreuve nautique de manœuvrabilité. "C'est trop bête ! À l'arrivée, nous ne sommes pas passés entre les bonnes bouées !", explique Sonia. "Mais ce qui compte, c'est la cohésion plus que la performance physique", conclut-elle. Alexandre, Frédéric, Julie et Sonia semblent unanimes : ils ont vécu une belle aventure humaine. 

"Il y a des moments difficiles où il faut remonter le moral de certains. C'est ça l'esprit d'équipe. Il y avait une super ambiance entre les participants. Lors de la course en relais, les mecs qui nous doublaient nous encourageaient !", rajoute Sonia. Même s'ils ne sont pas arrivés en tête, les quatre représentants de la Principauté auront au moins pris beaucoup de plaisir. Peut-être même qu'ils repartiront à l'assaut du raid l'an prochain. Daghe !

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