Tir à l'arc : l'élégance de l'archer

Le rendez-vous était fixé aux alentours de neuf heures du matin, salle omnisports du stade Louis-II, le 24 février. Cette pratique gracieuse qu’est le tir à l’arc fait peu parler d’elle. Pourtant, pour cette XIIe coupe, la 1ere compagnie de tir à l’arc de Monaco avait convié pas moins de 55 archers, venant de 17 clubs de la Ligue Côte d’Azur, en terres princières.

Dans le silence matinal, nous suivons un minutieux parcours fléché annonçant la compétition et rejoignons les archers dans la grand-salle du stade. Du haut des tribunes, on les voit qui s’échauffent en faisant d’amples mouvements de bras et en étirant des élastiques jaunes. Est-ce la tension ou la concentration que l’on palpe dans ce silence tenace ? Certainement un peu des deux.

Le marquage au sol indique que 18 mètres séparent les archers des 12 cibles colorées et encore intactes. Sur chacune d’elles sont épinglés deux tri-spots, c'est-à-dire deux colonnes de trois cibles de 40 centimètres de diamètre, alignées à la verticale. Ce sera une cible pour deux, à chacun son tri-spots. En cette matinée de compétition, on remarque deux bambins flanqués de leur arc. Ce sont deux benjamins, eux doivent tirer sur des cibles plus grosses, des blasons de 60 centimètres de diamètre. La journée se déroulera ainsi : il y aura deux plages de tirs. Dans la matinée, une première volée de dix flèches aura lieu, suivie d’un quart d’heure de pause, enchaîné par une seconde volée de dix flèches. Idem l’après-midi. Seule ombre au tableau, à cause de la neige, certains engagés ont dû annuler leur venue. Mais sur 75 archers invités, 55 ont tout de même mis leurs pneus neige, direction Munegu, dont un Rennais et un Nîmois.

Une championne blessée

Vêtue de rouge et blanc, nous repérons immédiatement Marie-Gabrielle Costa-Bodé. La femme blonde et élancée est présidente du club monégasque. "Ça fait 18 ans que je tire à l’arc. Durant deux années consécutives, j’ai été championne départementale et championne de Ligue. Puis j’ai fait cinquième au championnat de France fédéral de Lyon à 50 mètres, l'été dernier", lance-t-elle, bien dans ses baskets. "Mais je n’aurais pas vraiment dû le faire. Je me suis blindée de cachets." Cela fait un an que cette passionnée ne tire plus, à cause d’une tendinite calcifiée au coude. C’est donc à regret qu’elle observe ses camarades, sans pouvoir prendre part au jeu. "Mais bon, lorsqu’on organise une compétition, il y a toujours beaucoup de travail alors je n’ai pas trop le temps d’y penser", sourit la présidente. "Nous avons une compétition par semaine quasiment. Chaque club de la Ligue Côte d’Azur organise un concours en salle par an. Pour les archers, c’est un moyen d’engranger les points qui permettent de se qualifier au championnat de France."

Quinn, pour la beauté du geste

C’est vers l’athlète aux longs cheveux clairs que nous nous dirigeons. Écouteurs plantés dans les oreilles, doudoune sur le dos, elle fait des allées et venues un peu à l’écart. "Elle est dans sa bulle", chuchote Marie-Gabrielle. La sportive de 41 ans est arrivée à Monaco en 2002. Depuis, chaque année, elle teste "une nouvelle sport", lâche-t-elle avec un accent chantant. Après le kayak, la randonnée, le triathlon, la plongée ou encore le pistolet, elle a goûté à l’arc. "J’ai commencé en 2008. J’apprenais avec les enfants parce que mon français n’était pas encore assez bon pour que je comprenne toutes les subtilités de la discipline". Et Marie-Gabrielle d’expliquer : "Chez nous, les plus anciens, ceux qui sont le plus aguerris forment les nouveaux. On a deux initiateurs, Joseph Fracello et Jean Gollino. Cette année, le club compte une quinzaine d’enfants et une quinzaine d’adultes. C’est difficile pour les enfants parce que c’est un sport très statique." Visiblement, cette difficulté ne concerne pas seulement les petits. "C’est un bon sport pour mon âge. Mais au début, j’avais du mal. En tant qu’ancienne triathlète, j’avais tellement d’énergie que j’étais obligée de courir cinq kilomètres avant une compétition pour m’enlever un peu les papillons du ventre", s’amuse Kelea, bougeant ses doigts dans tous les sens pour matérialiser ce trop-plein de tonus. "Lorsque j’entre dans ma bulle, je suis concentrée et déjà dans la compète. Je me remémore la technique et le but de ma journée. Pour moi, la technique et le geste sont plus importants que les points. J’ai fait de la danse classique pendant huit ans et j’accorde beaucoup d’importance à l’esthétique."

Page 1/2

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos