"Mon plaisir c'est le match, la compétition" - F. Pasetti

Fabienne Pasetti incarne le tir à Monaco. Après six participations aux Jeux Olympiques (le record de la Principauté) et 25 ans de carrière en tant qu'athlète, elle a naturellement franchi la barrière menant au coaching. Avec toujours le même plaisir : celui du match*.

Le tir est arrivé tard dans sa vie, alors qu'elle avait déjà 20 ans. Une révélation pour Fabienne Pasetti, passée par différentes disciplines. Mais le tir lui offrait ce qu'aucun autre sport n'avait pu lui apporter. La maîtrise des événements. 

Est-ce que vous tirez toujours ?

Non, ça fait 10 ans que je n'ai pas tiré avec une carabine. Je n'ai plus de matériel de tir en carabine. J'ai prêté la mienne à un de mes élèves qui tire très bien avec, et puis pourquoi faire ? Mon plaisir c'est le match, la compétition. 

Que vous êtes-vous dit lors de votre dernier plomb tiré, aux JO de Pékin (2008) ?

Rien, on ne peut pas, on est encore dedans. Mais 15 jours après, je me suis dit que j'allais mettre mes six dossards olympiques sous verre. C'était aussi un moyen de mettre ma période de tireuse derrière moi. Quand on est dans le match, il faut un moment pour en sortir. 

Pourquoi arrêter la compétition ?

Ça a été 25 ans de ma vie. 25 ans de compétition et dans la vie, il y a toujours un moment où on estime avoir fait le tour des choses, et on se dit qu'il faut rendre ce qu'on nous a donné, et là on passe de l'autre côté. 

Est-ce ce qui vous a poussé à ''passer de l'autre côté'' ?

Oui, bien sûr. On ne peut pas pendant 25 ans pomper de l'expérience, créer, vivre de l'expérience, pomper du savoir, technique, physiologique, tout un tas de techniques, de la sophrologie, de l'imagerie mentale pour s'arrêter là et aller faire autre chose. J'ai passé mon brevet et je suis devenue coach.

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Comment est-ce que tout a commencé ?

J'ai fait beaucoup de sports avant, et c'est le seul où on gagne seul, et on perd seul. Je suis passée devant un jour, à l'ancien stand de tir, et je suis rentrée. J'y suis allée pour essayer et je n'en suis jamais repartie. J'ai essayé le basket, le tennis, le handball, mais ce n'est pas ma façon de fonctionner. Je préfère maîtriser les choses. Qu'est-ce qui vous a fait accrocher ?C'est facile. Au début, c'est facile, si on est assez coordonné, on attrape la cible assez rapidement. Et il y a des potentialités après qui s'ouvrent. Avec des questionnements. Qu'est-ce que je peux faire pour moins bouger ? Qu'est-ce que je peux faire pour mieux voir le centrage ? Pour appuyer au bon moment, ni en avance, ni en retard, pour être parfaitement coordonnée ? Et ça ouvre des perspectives sans fin, parce que le travail est sans fin.

Ces questionnements sont venus vite ?

Oui, au bout de quelques séances. Peut-être même dès la deuxième. Je cherchais des solutions, surtout que j'ai commencé tard, j'avais 20 ans. 

L'aspect solitaire du tir est une chose qui vous correspond ?

Non, je suis assez sociable, mais j'ai besoin de temps tranquille. C'est une activité qui me plait, le tir. Ce n'est pas une recherche. L'activité m'a plu. Il n'y a pas trop de projections, de projets. On s'entraîne, il y a une compétition qui arrive et on se retrouve le doigt dans l'engrenage et c'est parti. 

Que ressentiez-vous sur le pas de tir ?

Une joie. J'aime le match. Je m'entrainais pour faire des matches, c'était la part obligatoire. J'avais tout le matériel pour travailler, l'atelier, pour mettre au point les armes. Et l'entraînement, c'est un entretien, un développement, des mises au point pour le match. Aller au match, j'adore ça.

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Et maintenant en tant que coach ?

J'espère la même chose. Il y a une volonté de faire, de bien fonctionner, d'être au match. Dans le discours qu'on peut avoir avec ses tireurs, et là l'expérience aussi, est très utile, parce qu'on a des choses à dire, sans parler uniquement de nous. Des sensations, comment vivre les choses, et parfois de façons très différentes. Avec la centaine de tireurs que je connais, dans leur approche, en fonction des pays, des cultures, ça crée une espèce de melting pot, de mélange où on arrive à ressentir rien qu'en regardant le tireur ce qu'il est en train de faire.

Comment avez-vous construit la coach que vous êtes ?

Je me comporte encore en tireur, et il y a l'œil derrière. On arrive à comprendre ce qu'ils font ou ne font pas. Je pense que quand on est dans un club, qu'on côtoie tout le monde, on a toujours un conseil à donner, un discours, et le discours est très restreint au départ. On l'étoffe un peu, on y ajoute des choses qui ne font pas partie du tir, sur l'alimentation, le sommeil, et on se rend compte qu'on donne des conseils. Et quand ils reviennent te voir, on peut dire que tu les coaches (rires).

Le tireur trouve-t-il aussi des réponses seul, suite aux questionnements que vous évoquiez ?

Oui, c'est l'idée d'aller chercher par toi-même les réponses, pour trouver des voies d'amélioration. Au début, tu attends que ça vienne de ton coach. Mais pour nous, par exemple, le réveil physiologique est important. Pour les yeux, s'il n'est pas complet, on ne voit pas. On croit voir, mais on ne voit pas. Le temps que tout se mette en place, pour certains c'est 2 heures, 2 h 30, pour moi c'est 4 heures. Et je l'ai découvert en essayant. Pour tirer à 8 heures, je me suis levée à 6 heures, ça ne marchait pas, à 5 heures, ça ne marchait pas non plus, et à 4 heures, ça a marché. Donc je valide. Ça te donne des indications. Et les tireurs c'est pareil. Et c'est le fruit d'échanges, donc le coaching s'installe très vite. Après les techniques s'installent, certaines sont incontournables. Tout ce que tu vas faire ou dire est toujours dirigé pour arriver à ça. 

Si on vous dit ''tir'', à quoi pensez vous ?

Immobilité, précision, concentration.

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Que représentait votre carabine ?

Un outil. Un style pour écrire, un marteau pour planter un clou. Une carabine pour faire un trou dans un carton. Un outil. Technique. Parce qu'elles sont adaptées à nos morphologies. C'est tout. Il faut qu'elle fonctionne bien et qu'elle arrive en un seul morceau. C'est une des peurs des tireurs ça, le voyage, avec les flingues en soute. On a parfois des surprises.

Cette manière de compartimenter les choses, de tout séquencer, ça vous correspond aussi dans la vie quotidienne ?

Pas forcément, mais ça doit être la façon la plus utile que j'ai trouvé pour ne pas se perdre et retravailler les choses par bloc. A partir du moment où on structure correctement, on arrive à jouer en puzzle. Certaines techniques sont des pièces de puzzle, et parfois, on pourra mettre une pièce de secours, une technique, et ça mentalement c'est imagé comme ça, il faut que ça soit travaillé par bloc, que ce soit une adaptation technique, un changement de visée, de lâcher, une petite modification de position, tout est testé avant et on a un panel énorme pour fonctionner. 

Qu'est-ce que le tir vous a apporté ?

Ça a amélioré ma concentration. J'ai rarement de coup de stress, parce que pendant 25 ans, tu apprends à respirer. Tu peux avoir une décharge d'adrénaline pour une raison X ou Y, mais ça redescend vite en pression parce que tu sais respirer, automatiquement, quand l'adrénaline est chargée, parce que chez, nous adrénaline = pulsations = mouvement du canon. Donc inconsciemment, tu as le coup dur, tu es stressé, mais physiquement, ça n'a pas forcément d'incidence.

En quoi le tir vous a-t-il changé ?

Je pense qu'une chose est importante, pour bien fonctionner, il faut avoir confiance en soi. Et effectivement, la confiance en moi a été le plus grand progrès, d'oser et de faire. Et ensuite cette confiance s'applique dans tous les domaines de ta vie.


* Article paru dans le CSM n°50

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