"Aller plus haut"

Plus confidentielle que la gymnastique artistique, la section trampoline de l'Etoile de Monaco connaît un certain essor. Entre la pratique loisir et la compétition, tous les licenciés suivent les préceptes de leur entraîneur, David Martin.

C'est un jeudi comme un autre au gymnase abrité dans les méandres de la gare de Monaco. D'un côté, les jeunes filles de Femina Sports répètent leurs mouvements. De l'autre, les jeunes gymnastes de l'Étoile de Monaco suivent les préceptes de Thierry Aymes et Sébastien Guizol. Et au milieu, un trampoline. Virevoltant dans les airs, un jeune licencié du club enchaîne les figures sous l'œil attentif de son coach, David Martin, le responsable de la section. Lorenzo Cauteruccio répète ses gammes en vue d'un match important à venir pour les championnats de France. "Garde les bras tendus à ce moment-là, tu verras que tu auras de l'énergie. Pour réussir ton salto, serre les fesses, tire sur tes bras. "Assise devant le trampoline, Sima Papone, une Italienne également membre de l'Etoile de Monaco, observe son partenaire et écoute les conseils de l'entraîneur avant de prendre place sur la toile marquée d'une croix en son centre. Tous deux font partie du petit groupe compétition, qui compte pour le moment trois licenciés. "Il n'est pas très étoffé pour le moment, mais quelques-uns qui sont dans la partie loisir vont bientôt prendre part à de petites épreuves départementales. Cela dans le but de les initier à la compétition et voir si ça leur plaît. Mais c'est vrai que c'est un peu difficile de les y amener", concède David Martin.

Csm Trampoline Erika Tanaka 34

Plus qu'un simple jeu

Car la difficulté principale dans le domaine du trampoline, c'est de faire comprendre aux enfants, comme aux parents, que ce n'est pas qu'un simple jeu. Un point sur lequel le coach monégasque, qui dispose de l'un des meilleurs palmarès français dans la discipline, s'emploie régulièrement. "Beaucoup de personnes ne savent pas que c'est une discipline olympique. Il y a un certain engouement pour le trampoline et ils savent tous en faire un petit peu. Ils savent s'amuser dessus, mais dès qu'il faut travailler, ils se rendent compte que c'est un sport difficile. Et d'un coup, quelque part, ça devient un peu moins drôle pour eux. Mais je leur explique qu'à force de travailler, on apprend de plus en plus de figures et on peut vraiment s'amuser dès lors que l'on parvient à réaliser toute cette palette de mouvements", explique celui qui a notamment été deux fois champion du monde et d'Europe. 

Csm Trampoline Erika Tanaka 17

Pour faire écho à son propos sur l'engouement pour le trampoline, il suffit de jeter un œil au nombre de licenciés que compte la section. Et avec une soixantaine de membres, le score est plus qu'honorable pour les trampolinistes monégasques. "On peut dire qu'elle se porte plutôt pas mal", note David Martin. "Nous avons de plus en plus d'adhérents, d'enfants qui veulent faire du trampoline, même si pour le moment, ils sont surtout dans la partie loisir. On a plus de mal à les faire accrocher à la compétition, à les faire travailler, car pour eux, c'est avant tout de l'amusement." 

Un petit groupe de compétition

Malgré ces difficultés à trouver des jeunes gens motivés à l'idée de faire de la compétition, David Martin compte tout de même trois enfants engagés dans cette voie-là. De quoi leur permettre un suivi assez personnalisé lors des entraînements dédiés au groupe en question. Avec deux à trois sessions par semaine, selon les périodes, le trio d'athlètes en devenir a de quoi travailler. "Il y a une vraie préparation physique à avoir. D'un côté, des exercices que tout le monde peut faire, comme au niveau de la ceinture abdominale. Ensuite, il y a un travail plus spécifique pour les épaules et les genoux, car le trampoline peut être un sport traumatisant si on ne se prépare pas correctement." 

La tonicité est également un point important pour les jeunes, car l'effort sur la toile est court mais très intense. D'autant que le corps est mis à l'épreuve. "Quand on saute à 6-7 mètres de hauteur, lorsqu'on atterrit et qu'on est en fond de toile, nous sommes à 20G. C'est-à-dire que le poids du corps est à ce moment-là multiplié par vingt. Ça ne dure qu'une fraction de seconde, mais il faut savoir la gérer et contracter ses muscles au bon moment. Pour travailler ce renforcement, cette résistance, cela vient avec la répétition, mais aussi par de petits mouvements qu'on travaille au sol", note celui qui avait terminé 4e aux JO de Sydney. Raison pour laquelle le travail en amont est très important avec les jeunes. "Quand ils débutent, c'est un peu comme pour la gymnastique, ils ne connaissent pas leur corps. Le but est de leur faire prendre conscience de chaque partie de leur corps et la répétition va faire qu'au bout d'un moment, ils vont y arriver. Par exemple, quand ils commencent, ils ont souvent du mal avec le fait de tendre les pointes de pieds", détaille David Martin.

Csm Trampoline Erika Tanaka 14

Gymnaste jusqu'à ses 16 ans, âge auquel il a bifurqué sur le trampoline, le coach de l'Etoile de Monaco maîtrise parfaitement son sujet. Et comme pour les jeunes coachés par Thierry Aymes et Sébastien Guizol, l'apprentissage des mouvements et figures est une part essentielle dans l'accomplissement des trampolinistes. "Cela prend du temps. On commence par les saltos, puis les doubles et un jour les triples. Mais, au-delà des figures, d'autres points entrent en ligne de compte chez les juges", explique l'entraîneur. S'il y a une croix au centre de la toile, ce n'est d'ailleurs pas anodin. Car les déplacements sont une part importante de la note des sportifs, de même que la hauteur. La gestuelle est également prise en compte, raison pour laquelle David Martin insiste souvent sur ce point lors des entraînements. "C'est comme pour la gymnastique. S'il y a un salto de fait et qu'à l'ouverture les jambes sont pliées, ou si le corps est un peu cassé, l'athlète va perdre des points. Il faut essayer d'être le plus droit possible et montrer que l'on maîtrise vraiment sa figure. L'idéal, en trampoline, est de réussir à garder une hauteur constante du début à la fin et de limiter ses déplacements sur la toile. Le plus dur, c'est d'avoir cette stabilité."

Espace découverte

Coach depuis 2010 dans le club monégasque, David Martin est également artiste de trampoline, avec des passages au "Festival de Monaco" et dans l'émission "Le plus grand cabaret du monde" à son actif. Passionné par sa discipline, il assure également les cours donnés à la section loisir. "Le but est d'abord qu'ils s'amusent. Ensuite, on essaie de faire en sorte qu'ils apprennent des choses sans qu'ils se rendent compte qu'ils travaillent."  Disposant d'un trampoline classique et d'un trampoline en fosse (au niveau du sol, avec une fosse de réception), le natif de Thiais, dans le Val-de-Marne, a tous les outils nécessaires au développement des jeunes. "Les loisirs s'entraînent une fois par semaine. L'avantage d'avoir le trampoline en fosse, c'est que ça nous permet de gagner un peu de temps pour faire les saltos avant, car, parfois, ils peuvent avoir un peu peur sur l'autre." 

Csm Trampoline Erika Tanaka 32

Ne pouvant être à plusieurs sur la toile, des roulements sont ainsi mis en place pour que chacun puisse avoir son passage sur le trampoline. "Cela dure une à deux minutes pour chacun, donc s'ils sont huit sur une séance, ils font en général un passage tous les quarts d'heure. J'installe aussi des petits ateliers pour qu'ils puissent faire des sauts et après on va en fosse où ils peuvent apprendre plus rapidement les figures." Et si les passages sont courts, c'est aussi parce que la discipline est très tonique et demande beaucoup d'énergie. "Le trampoline, c'est l'appareil pédagogique pour toutes les disciplines. Un passage est un enchaînement de 10 figures et cela dure environ 20 secondes. Au niveau de l'effort, c'est comparable à un sprint sur 200 mètres. Donc c'est très intense." Même si cela est surtout le cas pour les compétiteurs et les trampolinistes de haut niveau, ces jeunes âgés de 6 à 16 ans ont tout de même de quoi faire, même s'ils n'en sont qu'au stade du loisir. Avant de, peut-être, regarder plus haut et viser la compétition...

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos