La tête dans les nuages

L'Association Monégasque de Vol à Voile a organisé une journée de vol en planeur pour des enfants malades. Du briefing matinal jusqu'au repas convivial qu'ils ont partagé, ces six enfants ont tous passé une journée qu'ils ne sont pas prêts d'oublier.

Un dimanche de septembre, à Fayence, dans le Var. Ici pas de plage ou de bord de mer pris d'assaut par les touristes. Il y a même un doux air de campagne qui souffle dans ce petit village de l'arrière-pays varois bien connu pour son aérodrome et le lac de Saint-Cassien qui, lui, fait régulièrement le plein en saison estivale. De bon matin, alors que l'horloge n'affiche pas encore 9 heures, seuls quelques chasseurs en bord de route sont déjà aux affaires. Sur le parking de l'Association Aéronautique Provence Côte d'Azur (AAPCA), l'agitation est palpable. Car outre l'Association Monégasque de Vol à Voile (AMVV), les licenciés du pays de Fayence sont également présents pour profiter du beau temps. On repère également quelques véhicules aux plaques monégasques, signe que l'endroit est le bon. C'est là que Jean-Pierre Bessero, le secrétaire général de l'AMVV nous accueille avant de regrouper les enfants et leurs parents. "Ça va, la forme ? Ça va être une belle journée aujourd'hui, les petits vont se régaler." 

Le briefing en préambule

Lorsque nous les avions rencontrés quelques semaines avant cette journée, Jean-Pierre Bessero et Anthony Roustan, le président du club monégasque, nous avaient expliqué vouloir mettre en place des journées "complètes pour des enfants handicapés ou malades. Cela commence à 9 h 30 avec le briefing qui touche à la météo, la sécurité et les consignes du jour et où l'on vérifie le niveau des pilotes pour leur donner des planeurs en fonction de leurs compétences." Dit comme ça, ça a l'air simple. Mais une fois toute l'assistance réunie dans la salle de briefing, les choses deviennent un peu plus complexes. Gabin, Valentin et Valentin, Mélissa, Florian et Guillaume pénètrent ainsi dans cette salle où tout le monde est déjà assis pour attendre les indications. En préambule, le président de l'AAPCA prend la parole pour présenter la journée aux membres. Jean-Pierre en profite d'ailleurs pour souligner que "sans Fayence, rien ne serait possible, donc un grand merci à vous." Après un point sur l'année écoulée et un "bon vol" adressé à l'assistance, le briefing peut commencer. Un enchaînement de projections est commenté par le responsable de la réunion qui donne les marches à suivre pour la journée et les données météo, mais qui précise également qu'il faut "se faire sa propre météo quand vous êtes en vol."

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Préparatifs

A l'issue de la séance, tout le monde se dirige donc vers les hangars où sont gardés les différents planeurs. Toute la petite troupe réunie par l'AMVV se suit pour aller vers l'un des hangars les plus au fond. "Jean-Pierre, il y a aura un apéritif après ?", lui demande le jeune Valentin. "Oui ne t'inquiète pas on a tout prévu, mais il n'y aura pas d'alcool", lui répond-il dans un large sourire. Les premiers coups de flash crépitent alors que les enfants posent fièrement devant un avion à hélice, qui servira plus tard pour remorquer les planeurs et les mener dans les airs. Car comme nous l'avaient expliqué le président et son secrétaire général, cette journée doit plonger les enfants en immersion dans le monde aéronautique. 

Il est aux alentours de 10 heures lorsque la grande porte métallique se met à coulisser pour dévoiler aux petites têtes blondes une série de planeurs. "Attention, décalez-vous sur le côté, on va sortir les machines", préviennent Jean-Pierre et Anthony. Réunis autour d'un planeur devant le hangar, les enfants entourent le président de l'AMVV qui leur explique le fonctionnement de l'engin. Instrument par instrument, il leur prodigue enseignement et conseils. Du manche aux palonniers en passant par les aérofreins, chaque outil est décortiqué. Attentifs, les enfants n'en demeurent pas moins curieux. "On a aussi des commandes à l'arrière ?", demande Florian, 15 ans et très motivé à l'idée de voler. "Oui, mais il ne faut surtout pas y toucher quand on est en vol, à moins que ce ne soit moi ou le pilote avec qui vous serez qui vous le dit", prévient Anthony. 

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Parachute

Après avoir montré à quoi servait le variomètre, qui "nous dit si on monte ou si on descend", Anthony sort un parachute et leur explique comment le mettre. C'est l'heure des questions de sécurité et la vue de ce sac à dos particulier fait poindre quelques signes, non pas d'inquiétude, mais d'appréhension. "Il ne faut pas vous inquiéter, c'est simplement une mesure de sécurité obligatoire. En cas de problème, il vous faudra tirer sur cette manette pour que votre parachute s'ouvre", précise Anthony. "Mais on va devoir sauter ?", lui demande alors un enfant. "Non, non, ne te fais pas de soucis, on n'aura pas à sauter", rassure immédiatement le président. Si une petite appréhension est palpable chez certains, l'excitation et l'impatience se font ressentir chez d'autres. Le groupe se scinde alors en deux. Le premier part avec Magalie, l'une des bénévoles de l'AMVV, en direction du simulateur. Nous suivons l'autre groupe, celui de Pierre, également bénévole, qui conduit Valentin, Florian et Gabin vers la piste de décollage pour les premiers vols. "On va devoir marcher longtemps ?", lui demande alors Valentin, jamais avare en questions. "Non, c'est juste au bout du chemin, par là, on n'en a pas pour très longtemps, même pas 10 minutes", lui dit Pierre. "Et en arrivant, on ira boire un coup parce qu'il commence à faire chaud." 

Départ imminent

Les planeurs sont installés les uns derrière les autres sur la piste. Anthony doit ouvrir le bal, suivi de Jean-Pierre puis Sylvain, le vice-président. Toujours très pédagogue, le trio de pilotes explique à ses passagers les vérifications à faire avant le décollage. Des ailes aux palonniers en passant par les instruments de vol, rien n'est pris à la légère par les trois hommes. "Ça, il ne faut pas le toucher parce que c'est très dangereux. Donc toi et moi on va faire un pacte : tu ne le touches que si je te le dis ok ?", lance Jean-Pierre au petit Valentin. "Ok ça marche" lui répond-il tout en lui tapant dans la main. "Pendant le vol, on se parle. Si tu as peur, mais je suis sûr que tu n'auras pas peur, tu me le dis", précise "JP" au jeune garçon. 

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De son côté, Gabin est installé dans son siège, parachute sur le dos, lunettes de soleil sur le nez et casquette sur la tête, toujours prêt à lâcher un petit sourire quand il aperçoit notre objectif. Florian, qui est le premier à s'élancer, trépigne d'impatience. Large sourire au visage, il s'envole enfin. Les départs s'enchaînent assez rapidement pour les trois planeurs. Chacun vole ainsi pendant plus de 30 minutes. L'un vogue vers le lac de St-Cassien, l'autre vers les montagnes. "C'est leur première fois, c'est vraiment génial pour eux", dit Christophe, bénévole chez les Enfants de Frankie depuis 6 ans. "Certains étaient assez stressés au départ et ils se sont détendus en planant, tandis que d'autres voulaient tout de suite commencer en arrivant à 8 heures ce matin. Mais il faut dire aussi que JP les a bien mis en confiance et à partir de là, une fois la verrière fermée, ils sont partis et étaient très contents." Une affirmation qui se vérifie rapidement suite aux premiers atterrissages. 

Pour Florian, "c'était super ! Il y a eu pas mal de turbulences mais on est allé au-dessus du lac, on cherchait des courants ascendants et Anthony m'a un peu laissé piloter. J'avais un peu peur au début mais ça s'est bien passé", explique le jeune homme de 15 ans qui pourra désormais s'enorgueillir d'avoir pris les commandes d'un planeur ! Pour Gabin, 12 ans et plus timide que son comparse, l'expérience a aussi été une réussite. "On est passé au-dessus du golf après que l'avion à moteur qui nous a emmené dans le ciel nous ait lâché. J'ai bien aimé quand c'est allé vite et je crois qu'on a réussi à monter jusqu'à 1 000 mètres d'altitude." 

Echange

Une fois de retour sur le plancher des vaches, les enfants ont eu droit à leur "certificat d'initiation au planeur". Quelques photos pour immortaliser l'instant et il était temps de filer au simulateur de vol, histoire d'être seul aux commandes. Premier à se lancer, Valentin, assis dans le cockpit équipé d'un joystick en guise de manche et de pédales pour les palonniers (ce qui sert à faire tourner l'avion), suit (plus ou moins) les conseils de Michel Malignon, membre de l'Association Aéronautique Fayence Oldtimers (des planeurs de 1945 à 1965). "Doucement, voilà, comme ça. Maintenant redresse le nez et tire le manche vers l'arrière, mais sans geste brusque", explique Michel à Valentin. Et au jeu du meilleur pilote virtuel, c'est bien Florian qui tire son épingle du jeu, même s'il n'est pas le seul à avoir fait belle impression. "Certains ont des petites difficultés à s'adapter rapidement parce qu'ils sont trop pressés de faire quelque chose. Florian avait fait pas mal de jeux électroniques mais il était trop nerveux, il voulait aller trop vite. Et Mélissa, qui était très douce, dès le départ a fait le geste au bon moment et à la bonne intensité. Le simulateur permet de revenir sur des gestes qu'on peut apprendre, de visualiser certaines configurations, d'anticiper et de jouer en même temps, c'est une pédagogie plus ludique", précise-t-il. 

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Dernière étape avant le départ, le repas partagé par tout ce petit groupe. De quoi débriefer la journée et immortaliser ces derniers instants pour ces jeunes avant qu'ils ne repartent. Du côté de l'AMVV, Anthony Roustan se montrait satisfait. "Je pense que c'est une réussite, on a tous partagé de bons moments. En vol, les deux que j'ai eu, Florian et Mélissa, avaient 15-16 ans. Florian était très à l'aise, très enthousiaste à l'idée de voler, je crois qu'il avait déjà une expérience de vol en avion, j'ai senti de suite chez lui une aisance, pas de peur, une vraie envie d'y aller. Ça m'a permis de partager très vite plein de choses avec lui, aller plus dans le détail, quasiment du pilotage et je lui ai même laissé les commandes. Mélissa était un peu plus sur sa retenue. Elle n'avait jamais volé, elle avait un peu peur, l'idée du parachute ne l'a pas rassurée et elle était un peu barbouillée, mais ce n'était que du positif. Globalement je pense que c'est une journée ultra positive pour tout le monde et j'espère que ça va en amener d'autres. "

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