As Monaco Yoga : connexion spirituelle

Alors que depuis quelques années, le yoga ne cesse de gagner en popularité, en Principauté, il s'exerce depuis maintenant trente ans sur les tatamis de l'AS Monaco. Découverte d'une discipline bien au-delà du concept du sport.

On les retrouve dans une salle tranquille du sous-sol du stade Louis-II. A l'écart, presque dans un cocon. Et l'atmosphère qui nous accueille à peine passé le pas de la porte est tout aussi feutrée. Bercé par la douce voix chantante de sa professeur, le cours de yoga a déjà commencé. Ce midi-là, une douzaine de yogis enchaînent les postures sur les tatamis de la salle d'arts martiaux. L'année dernière, ils étaient un peu plus de 80 à fouler les tapis de l'AS Monaco Yoga. Cette section, c'est l'aventure d'une vie. Celle de sa secrétaire générale et directrice technique, Chamiram Abdallah, qui a créé la section en 1986. 

"Je suis venue à Monaco car mes parents s'étaient installés ici. J'étais pleine de feu, je voulais donner des cours. Il y avait à Monaco trois professeurs à l'époque. On doit être une soixantaine maintenant. Il y avait Hélène qui donne encore aujourd'hui des cours au Country club. Les deux autres personnes étaient chez elles. Moi, je voulais donner des cours les plus ouverts possible, à un maximum de gens", se rappelle Chamiram. "J'ai vu le stade, je me suis dit que c'était un bel endroit. On m'a dit : "tu peux essayer de louer une salle" mais je n'avais pas d'argent. Et puis on m'a orienté vers l'AS Monaco et conseillé de demander s'il y avait une possibilité de créer une section. J'ai rencontré Louis Biancheri (président de l'ASM omnisports), qui s'est montré intéressé. Il pensait que cela serait intéressant pour les sportifs d'avoir cette opportunité". Et si la discipline n'a pas forcément touché la cible escomptée, le succès fut immédiat, puisque dès sa première année, la section comptait déjà 50 adhérents. 

Ici et maintenant

Sur les tapis de sol, les postures s'enchaînent. Il y en a 84 au total, plus leurs variantes. "Montez la tête. Soulevez, soulevez… autant que possible et dépliez cette colonne vertébrale. Pensez à la colonne... Et vous déposez une vertèbre après l'autre", indique doucement Chamiram. Certains mouvements ressemblent à de la gymnastique douce. Très physiques, ils sollicitent muscles et tendons. Tour à tour toutes les parties du corps : les abdos, les cuisses... 

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Mais ici, l'objectif n'est pas l'exploit ou la performance. Le yoga s'emploie avant tout à reconnecter le corps et l'esprit, à apprendre à (s')écouter. "Quand on pratique le yoga, on s'explore soi", explique Chamiram. "L'attention est portée sur ce qui se passe ici et maintenant. Le yoga propose les outils pour cela. C'est plus facile de le vivre à travers un mouvement que statique".  Et pas question pour la directrice technique de rechercher "la" posture parfaite. "Cela reste un outil au service de la personne. Ce n'est pas la personne au service de l'exercice. Je ne vais pas torturer l'élève pour réussir un exercice au maximum", souligne la professeur. "Dans les postures et dans leurs variantes, il y a des choses faciles, moyennes et plus difficiles pour que tout le monde puisse être challengé. 

Certains ont besoin de travailler très fort dans le corps, pour d'autres ce n'est pas nécessaire. On peut adapter les postures aux personnes". Dans la salle, d'ailleurs, la concentration est extrême. En dehors de la voix de Chamiram qui guide les exercices et corrige les postures quand le besoin se fait sentir, le silence règne. Seules les inspirations et expirations régulières des yogis se font entendre. Ces exercices respiratoires – ou Pranayama – sont d'ailleurs essentiels. "Une des choses principales dans le yoga, c'est son rapport au souffle. On demande à l'élève d'être attentif à son mouvement, qui est câblé avec son souffle. De cette manière, le mental est obligé de s'apaiser", explique Chamiram. 

Hatha-Yoga

Aujourd'hui, la section offre dix cours répartis sur trois sites, dispensés par Chamiram et par Hubert Rivat. Tous deux sont diplômés de la Fédération Française de hatha-yoga. "Le hatha-yoga, c'est le corpus qui comprend toutes les postures de yoga, plus le travail respiratoire. C'est l'outil de travail", précise l'enseignante. Mais alors que désignent toutes les variantes de la discipline (ashtanga, vinyasa, power yoga, yoga égyptien, kundalini yoga) ? "Les différents noms que l'on trouve aujourd'hui correspondent à des pédagogies différentes développées par des professeurs, qui ont ensuite donné un nom à ces pédagogies", explique Chamiram qui, pour sa part, a été formée pendant quatre ans par Sri Mahesh, le premier maître de hatha-yoga en France. 

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Hubert Rivat est également formé au ashtanga. "Il fait un travail entre les deux. Hubert fait un travail plus physique et dynamique que moi", souligne Chamiram. "L'asthantaga est différent au niveau pédagogique. C'est un mouvement enchaîné qui est continu. Cette pratique est extrêmement dynamique et physique. Elle s'adresse à des personnes, qui ont besoin pour le mental d'être sollicitées. Pour ma part, on fait une posture, on la tient, généralement avec une tenue du souffle et puis on relâche. Une petite pause et on part sur une autre… "Chaque pédagogie a un effet, un intérêt et une limitation". Et la formule prend puisque "la majeure partie des élèves pratiquent avec nous deux. C'est assez complémentaire. Ils sont très contents d'avoir les deux aspects". 

Mais alors, comment choisir son yoga? A l'AS Monaco, Chamiram aime s'entretenir au préalable avec chaque personne pour essayer de comprendre leur motivation. "J'essaie d'écouter la personne, de sentir sa voix, un peu tout, qu'on se parle et que ça passe, et ce même en donnant des infos pratiques. En général, il faut que le courant passe dans le premier ou le second cours". La professeur recommande donc "de poser des questions, de se renseigner sur la formation du professeur si on peut. Et dire au professeur ce que l'on recherche et quelle est sa condition physique…" La clé d'une bonne connexion entre son corps et son esprit.

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