"Je ne voulais plus être impuissant" - H. Micallef

S'il n'a que 22 ans, Hugo Micallef est un sportif bien connu en Principauté. Il faut dire qu'il a commencé à faire parler de lui assez tôt. Et n'est pas prêt de s'arrêter*.

Boxeur, artiste, passionné, Hugo est tout ça à la fois. Et plus encore. Passer une heure à parler de boxe, de sa boxe, avec lui vous apprend pas mal sur le bonhomme. Un garçon mature, les pieds sur terre, mais pas pour autant sans ambition. Et qui vit pour son sport.

Que vous évoque le mot "boxe" ?

De l'art. Je n'ai jamais vu ça comme un défouloir ou une chose qui serve à exprimer sa brutalité. C'est en partie ça, mais j'ai vu ça en premier lieu comme un art et je compare souvent la boxe à la danse parce que ce sont des séquences, des gestes que l'on répète, à apprendre par cœur, comme une chorégraphie, même si en boxe, il faut savoir les utiliser au bon moment. J'essaye en tout cas de renvoyer cette image artistique quand je boxe car j'essaye d'être élégant sur le ring tout en étant efficace.

On a parfois l'impression que vous dansez sur le ring. D'où est-ce venu ?

J'ai toujours eu pour modèle Floyd Mayweather, qui est un excellent boxeur et maîtrise l'art de la défense à son maximum. Et l'art de la défense est surtout régi par des mouvements, il faut un bon jeu de jambes. A partir de là, j'ai compris que bien bouger sur le ring était important pour ne pas prendre de coup. Ensuite, j'ai eu un entraîneur cubain (Juan Gonzalez Gonzalez) pendant des années et les cubains sont connus pour avoir une boxe aérienne. Ma boxe a été modelée par lui, il m'a appris à bouger et à être élégant sur le ring.

La boxe est arrivée très tôt dans votre vie par grâce à votre papa n'est-ce pas ?

Oui. Il a été boxeur lui-même, vice-champion de France quand il était jeune, et je l'ai forcément toujours vu comme un modèle. Il m'a toujours montré des mouvements de boxe, surtout pour m'apprendre à me défendre, mais il ne voulait pas forcément que je fasse de la boxe. Et au final, à la suite de plusieurs événements, c'est ce que j'ai voulu faire et je pense qu'il a bien fait, parce qu'aujourd'hui j'aspire à faire quelque chose de bien.

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Qu'est-ce qui vous a poussé à vous inscrire en club justement ?

Je pense que le fait que mon père soit mon modèle a joué. Ensuite, lorsque j'étais plus petit, j'étais dans la rue avec mon père et on a eu un problème avec d'autres personnes. Ce jour-là, je me suis senti impuissant. Je devais avoir 8 ans, et ça a été un déclencheur. J'ai compris que je ne voulais plus être impuissant et j'ai débuté la boxe l'année d'après.

Qu'avez-vous ressenti lors de votre première fois à la salle ?

J'étais surexcité. Quand on est tout petit, on n'a pas d'idée sur ce qu'on voudra faire plus grand, mais j'avais quand même cette envie liée au sport, je savais que je voulais faire comme mon père. Entrer dans la salle, je voyais tous ces boxeurs, que je prenais pour des boxeurs d'un niveau mondial, alors que certains n'étaient là qu'en loisir, mais l'ambiance, l'odeur, dégueulasse d'ailleurs (rires), mais ça reste imprégné et c'était vraiment super.

Quand avez-vous eu le déclic pour le haut niveau ?

J'ai fait deux fois les championnats de France, je les ai gagnés une fois, la seconde fois je me suis fait voler en finale et je ne vis pas du tout ça comme une défaite. C'était le niveau national, et ensuite j'ai été radié de Fédération Française de boxe parce que j'ai participé aux championnats d'Europe pour Monaco. À partir de là, j'ai tout de suite été envoyé à l'international puisque je ne pouvais plus boxer sur les championnats de France. Et sur mon premier tournoi, je gagne la médaille d'or, en remportant mes trois combats, donc j'ai compris que j'avais la possibilité de faire quelque chose.

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L'objectif JO est-il né à ce moment-là ?

Je crois que je l'ai depuis que l'entraîneur de la salle m'a dit "ok on te garde". Même si à cette époque-là, je ne savais pas du tout comment, ni à quel point ça pourrait être compliqué, dans ma naïveté d'enfant, je me suis dit que j'allais faire les JO. Après, j'ai compris que ce serait compliqué, sans doute l'une des choses les plus difficiles à atteindre dans le sport. Même en l'ayant compris, j'ai gardé cette ligne directrice et j'ai vu que je pouvais y arriver en enchaînant les tournois.

Que ressentez-vous une fois sur le ring ?

En ayant parlé à beaucoup de boxeurs, c'est commun à chacun de nous, il y a toujours un moment où on se dit, "mais qu'est-ce que je fous là". Je m'échauffe, tout se passe bien, l'adrénaline monte, et lorsque le combat qui te précède se termine, il y a trois minutes où tu te dis ça. Tu te demandes pourquoi tu boxes, pourquoi tu vas monter sur un ring pour frapper un type contre qui tu n'as absolument rien, pourquoi tu irais prendre des risques. Il n'y rien de logique dans le fait de monter sur le ring comme ça. Et tout s'arrête au gong du premier round.

Avez-vous trouvé la réponse à ces questions ?

Je pense que j'ai toujours été, depuis que j'ai compris que je voulais arriver au plus haut niveau, en recherche de gloire. J'ai envie de me dépasser, bien sûr, mais j'ai toujours eu cette envie de gloire. J'aspire à marquer l'histoire pour Monaco en tant que boxeur, en tant que sportif.

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Peut-on dire que votre manière de boxer est représentative de votre personnalité ?

Je pense oui. Après, je suis quelqu'un de très calme dans la vie de tous les jours, contrairement à ce qu'on voit sur le ring où je suis très actif. J'ai beaucoup de confiance en moi et ça se ressent aussi sur le ring. J'aime les vêtements et j'aime aussi être élégant dans ma façon de boxer. La différence majeure, c'est qu'au quotidien, je suis très calme, je chambre, mais uniquement avec mes amis. Je n'ai jamais été bagarreur, sauf peut-être un peu quand j'étais gosse, mais comme tous les petits garçons je pense. Mais sur le ring, il y a autre chose qui prend le dessus.

Quoi donc ?

Je pense que ça a été de la haine au départ, par rapport à cette histoire qu'on a vécu avec mon père. Ça a développé quelque chose de haineux en moi, mais de manière contrôlée, parce que je n'ai jamais voulu boxer comme un fou et en prendre plein la tronche, comme certains boxeurs, ce qui leur fait encaisser beaucoup de coups. J'essaie de faire ça intelligemment car je ne veux pas finir mes combats en étant mal. 

Vous avez évoqué des défaites où vous avez eu le sentiment de vous faire voler. Comment vivez-vous l'injustice ?

C'est plus dur que la défaite. La tristesse de la chose c'est qu'on s'y habitue. Après, aujourd'hui, les vraies défaites, même si j'en ai heureusement rarement, j'arrive à les encaisser. J'ai perdu, il a été meilleur que moi, ok, et bravo à lui. Plus jeune, j'étais moins mature et plus fougueux, c'était plus compliqué. Par contre, l'injustice est toujours aussi compliquée, mais je m'y habitue. 

Que ressentez-vous lorsque vous enfilez les gants ?

Je ressens une certaine sécurité. Je sais que je vais faire quelque chose qui va m'apporter, qui sert, qui a un intérêt, parce que ça va m'apporter dans le futur.


* Article issu du CSM n°50

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