Souleymane Mbaye : le challenger vaincu

Dans la tête d'un challenger, deux jours avant son combat. C'était un peu l'idée de cette rencontre avec ce Tricolore de la boxe, deux fois champion du monde des super-légers WBA (2006, 2009) et champion du monde WBA des poids welters en 2010. Idéal pour évoquer son parcours et creuser un peu sous le muscle, avant la soirée boxe du 13 juillet au Sporting de Monaco, où il s'est incliné face au Russe Khabib Allakhverdiev.

Le garçon devait s'envoyer 10 litres d'eau dans le gosier avant 18 heures... Il était déjà 14 heures. C'est que revenir en super-légers après quatre ans de welters, c'est contraignant.

On marque une pause avec le langage pro et on explique. Pour prétendre combattre dans la catégorie des super-légers, la balance doit afficher un poids qui se trouve entre 61,237 kilos et 63,503 kilos. Précis, le règlement. Alors qu'en welters, on peut se trouver entre 63,503 kilos et 66,678 kilos.

Et s'il est en permanence suivi par Greg Marriott, un nutritionniste venu de Sheffield où il s'est entraîné plusieurs semaines, ce matin-là, c'était panique à bord. Bernard Ross, son manager, annonce au téléphone qu'il n'y aura pas d'entraînement aujourd'hui. Non. Parce qu'il pesait 65 kilos ce matin. Résultat, après un petit déjeuner composé d'un toast, d'un oeuf avec salade tomate et concombre, le gaillard devait boire pour éliminer. Et ne pas manger jusqu'au soir.

Entrée en matière

"Ça rend aigri de ne pas manger, non ?", se risque-t-on. "T'imagine pas. Je suis super vénère là. J'ai un ventre, on dirait un aquarium. Mais bon, self-control", souffle-t-il avec un demi-sourire et des yeux rieurs. À demi sérieux tout de même. Il valait mieux (pour notre intégrité physique) s'installer dans le cadre apaisant de l'hôtel Comlumbus.

Sur la table de nuit, une cargaison de Cristaline. Sur les genoux de Souleymane Mbaye, son ordinateur portable. Un téléphone coincé entre l'épaule et la joue, il est en train de louer en ligne une voiture pour ses amis. "Je pense qu'ils seront plusieurs dizaines à venir me soutenir", lâche-t-il après avoir raccroché. "On se connaît depuis des années." Samedi soir, le boxeur français de 38 ans aux 45 combats pour 40 victoires allait affronter Khabib Allakhverdiev. Russe, la trentaine, gaucher, invaincu en 18 combats et détenteur du titre WBA des super-légers. Défi lancé.

Vous avez dit hyperactif ?

"Dès huit ans, j'étais dans le football, comme tous les petits. Mais dans un match de foot, t'as toujours un ou deux joueurs qui ne mouillent pas le maillot. Ça peut handicaper le groupe. Et comme j'aime pas perdre, je suis allé vers un sport plutôt solitaire où tu ne peux compter que sur toi-même." Pour le coup, la boxe, c'était l'idéal. Au début, il n'était pas très bon. "Se prendre des coups, c'était hard, quand même."

Puis il a eu le coup de foudre. Il a vu opérer le danseur de claquettes Sugar Ray Robinson. Éminent pugiliste américain, multiple champion des welters et des moyens, entre 1946 et 1960. "Il avait une aisance lorsqu'il bougeait sur le ring, j'ai adoré." Alors, "Souly" s'est accroché.

De treize à dix-huit ans, il a cumulé football et boxe française. "J'étais un petit hyperactif, il paraît. À quatre ans, mes parents se sont dit "Il bouge tout le temps, il dort jamais. C'est bizarre." Les médecins les ont éclairés."

"Jusqu'à 21 ans, j'ai fait de la boxe française. J'ai été champion d'Europe junior et champion de France senior. En même temps, je faisais du kick-boxing. Et il a fallu que je m'améliore en poings. C'est comme ça qu'indirectement, je me suis mis à l'Anglaise."

Esprit d'équipe

Le fervent supporter du PSG (il le revendique) ne regrette pas d'avoir choisi la frappe. "Souffrir ensemble, c'est un bonheur. Dans d'autres sports, qu'on appelle sports d'équipe, il est toujours question d'individualités. On veut mettre sa passe, mettre son but. Alors qu'en boxe, il y a un véritable esprit d'équipe. 
On souffre et on transpire individuellement mais tous ensemble. Tu ressens la douleur de l'autre, tu sais de quoi il parle, tu sais ce que c'est. Il y a un grand fairplay. On se met des coups pendant douze rounds, on veut gagner, puis on se prend dans les bras parce qu'on reconnaît l'effort de l'autre. Parfois même, ça crée un lien. L'un de mes meilleurs amis aujourd'hui a été un adversaire lorsque j'étais amateur. On s'était vraiment cognés. C'est ce côté-là de la boxe que je trouve terrible."

N'éludons pas un sujet de taille. Il y a Monaco en Ligue 1 désormais. On se lance : "Le PSG, vraiment ?" "Saison mortelle. Champions de France. Y a rien à dire, je trouve. On a de super bons joueurs." "Tu parles d'Ibrahimovic ?" "Moi j'aime bien Lucas." "T'as pas peur de l'ASM ?" "Le recrutement est énorme. Je pense que ça va être un bon derby. On va gagner", le ton est assuré, limite provocateur. "Ils ont quand même Falcao et Moutinho..."  "Zlatan c'est Zlatan, hein. Il l'a prouvé." 
On a lâché l'affaire pour éviter d'en venir aux poings.

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