"Je remporterai les Jeux Olympiques"

Clarisse Agbegnenou dispose sans conteste de l'un des plus beaux palmarès du sport français. La judoka (-63 kg), de passage en Principauté lors du dernier Sportel, en a aussi profité pour aller rendre visite à la jeunesse du Judo Club de Monaco.

Triple championne d'Europe, quadruple championne du monde, vice-championne olympique, Clarisse Agbegnenou est le genre d'athlète qui donne envie de se mettre au sport. Et son sourire communicatif témoigne de l'entrain qu'elle met dans sa pratique du judo.

Qu'est-ce que cela fait de savoir qu'on a l'un des plus beaux palmarès du sport français ?

Comme j'ai la tête sous l'eau, je ne m'en rends pas compte. On n'a jamais le temps de se poser et de se dire "ouah, je fais des trucs de ouf (sic)". Mais ça vient des gens. Je me rends compte avec ma famille, mes amis qui m'ont connue depuis petite et me disent, "mais Clarisse regarde ce que tu es devenue". Et ce que j'aime, c'est que ce sont des gens qui me connaissent, avec mes qualités et mes défauts, qui ne me jugent pas et me demandent, "mais est-ce que tu te rends compte ?" Surtout que j'ai des amis qui ne connaissent pas forcément le judo, mais tous m'expliquent que j'ai beaucoup évolué et qu'ils sont fiers de moi. Quand je revois des vidéos, des photos, je me vois fière de moi sur certains combats et je me rends compte de ce que j'ai accompli. Je n'aurais jamais imaginé en gagner une (médaille mondiale), mais en gagner 4 derrière, c'était impensable pour moi. Après la 3e, je me suis dit, s'il y en a une 4e, tu rentres dans la légende. Les gens se demandaient aussi si j'allais y arriver et en plus, j'ai laissé du suspense (rires).

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D'autant qu'en France, la tendance est plus au défaitisme qu'à l'optimisme…

C'est un peu ça et ma community manageuse a reçu des messages qui disaient "on ne fait l'interview que si Clarisse gagne". Elle l'a un peu mal pris, parce que le cheminement de pensée est assez négatif. J'ai eu des interviews avant où on me demandait si je pensais gagner. C'était comme si ce que j'avais fait avant ne comptait plus. Donc tout ça m'a encouragée et j'ai envie de dire merci à toutes ces personnes assez négatives, ça m'a poussée à me battre deux fois plus. Et si je peux gagner je le ferai, donc je vais continuer à bosser pour ça et, oui, je remporterai les Jeux (rires). 

Avant de parler des Jeux, ce 4e sacre mondial a-t-il eu une saveur particulière ?

Au début, je mettais toujours le premier en avant, comme celui qui avait le meilleur goût. Mais là, au Japon, contre la Japonaise (Miku Tashiro) en finale, avec le scénario (victoire au bout de 11 minutes de combat), avec cette dureté, je pense que c'est le meilleur titre que j'ai pu avoir et surtout de la meilleure des façons. En discutant avec Lucie Décosse en début de matinée, elle me disait, "mais Clarisse, tu es déjà en demi-finale, tu n'as même pas passé 1 minute ou 2 minutes sur le tapis". Et là je me suis dit qu'on allait encore minimiser ce que je faisais, en disant que c'était facile. J'étais contente d'avoir cette finale, de montrer que ce n'était pas si facile que ça, que ça avait été très dur et que je m'étais battue pour l'avoir.

Si ce 4e titre est le plus beau, quelle a été votre plus grande frustration liée au judo ?

Ma plus grosse défaite, c'est les Jeux. J'ai eu la médaille d'argent, mais c'est la pire pour moi parce que c'est synonyme de défaite. Elle a été tellement dure, amère, c'est comme si j'étais en train de courir et que je m'étais prise un mur. Après il y aussi une frustration de rater certains moments à cause de mon sport, que ce soit avec ma famille, des mariages, mon compagnon, mes amis, ce sont les moments les plus durs à gérer.

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L'or sera donc l'objectif en 2020 à Tokyo ?

Oui, c'est ce qui me manque. Il n'y a pas longtemps, j'ai tout mis en ordre chez moi. J'ai rangé mes médailles, mes 4 titres européens, mes 4 médailles mondiales - j'en ai 6 en tout (4 en or et 2 en argent) - j'ai tout aligné en les mettant par ordre chronologique et il y a cette médaille d'argent olympique que j'ai un peu cachée. J'aimerais mettre l'or olympique devant toutes les autres. J'ai presque tout en or, Grand Prix, Grand Slam, Championnat d'Europe, Jeux Européens que j'ai enfin eu, donc il faut que je complète mon si beau panel de médailles. Et je vais le compléter.

Qu'est-ce qu'il va falloir travailler pour aller chercher cette médaille ?

Je ne vais pas tout changer dans ma préparation et mon judo parce qu'il y a beaucoup de choses qui fonctionnent. Mais il faut que je bosse sur des petites tactiques où, dans la dureté, je vais pouvoir changer un peu. Ça fait des années que je suis dans le judo, je rencontre toujours les mêmes filles, et quand j'arrive en phases finales, il y a toujours le même bloc. Donc il faut que je trouve des feintes, ou d'autres techniques que je vais préparer pour un moment précis. Je vais travailler encore sur le fond, du yoga, parce que je pense que c'est aussi ça qui m'a permis de tenir les 11 minutes du combat, faire attention aux blessures. Renforcer mon corps et l'assouplir et après travailler pour que je puisse mettre moins de 11 minutes pour gagner (rires).

Vous sentez-vous plus forte qu'à Rio ?

Je me sens plus forte, c'est sûr. J'ai quatre médailles d'or, je suis plus sereine. Je sais ce que j'ai à faire, quoi manger, comment me préparer, je sais ce qu'il va se passer. Je suis plus cool, on prend de la maturité et de la confiance en soi en remportant des victoires. Et ça, on ne peut pas nous l'enlever. En plus, à Tokyo, pour nous judokas, gagner dans le pays du judo, ce serait la plus belle des médailles. D'autant plus que ce serait une confirmation sachant que j'ai gagné à Tokyo sur les mondes. Il ne resterait plus qu'à confirmer ensuite à Paris et alors je pourrais me reposer un peu (rires). 

Vous visez donc un doublé olympique 2020-2024 ?

Ce serait très beau, surtout dans notre pays, dans cette belle ville de Paris. On va voir comment le goupiller. Mais il faudra être malin. 

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