Judokas en herbe

Au Judo Club de Monaco, l'apprentissage débute dès l'âge de 4 ans. Pas à pas, les petites têtes blondes acquièrent valeurs et techniques qui feront d'eux des judokas. 

Le hall du stade Louis-II se garnit. Au fil des minutes, de plus en plus de jeunes enfants se regroupent, attendant patiemment le feu vert. Tous portent un kimono. Ou plutôt un "judogi", le vrai nom de la tenue de judoka. Au milieu, se baladant avec un masque de cerf aussi rouge que pailleté, Sara Allag. La jeune femme est en charge des jeunes pousses du Judo Club de Monaco. Et la séance de ce samedi matin est destinée à accueillir les parents alors qu'ils n'ont généralement pas le droit d'y assister. "Cette journée a quelques objectifs majeurs", explique Sara. "Le premier est de créer un moment de complicité entre les parents et les enfants afin que les parents découvrent ce que leurs enfants aiment. Ensuite, l'idée est aussi de leur montrer que le judo n'est pas si facile que cela. Et le dernier objectif est justement de leur faire découvrir le judo." 

Eveil et apprentissage

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Leurs petites bouilles contrastent avec la tenue de combattant qu'ils revêtent une fois par semaine. Des visages encore poupons allant de paire avec la ceinture blanche et immaculée qu'ils arborent. Une ceinture amenée à évoluer avec le temps. Mais avant de devenir d'émérites judokas parés de noir à la taille, ils doivent d'abord assimiler les bases. "On a choisi l'âge de 4 ans comme point de départ parce que c'est là où ils commencent à avoir une bonne autonomie. Cela fait déjà un an qu'ils vont à l'école, donc la séparation avec les parents pour l'entraînement est moins compliquée. Ils s'habillent seuls et savent aller aux toilettes. Ce sont de petites choses qui font gagner du temps. Le but n'est pas de faire de la garderie mais de les transformer en petits judokas", explique la coach. 

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Du temps, d'ailleurs, ils n'en ont pas beaucoup. Car, sur leurs premières années de formation, ils ne prennent part qu'à une séance par semaine, le mercredi ou le samedi. Une séance d'une heure, durant laquelle ils apprennent tout en s'amusant. "Jusqu'à 7-8 ans, ils ne viennent qu'une fois. Je laisse toujours 10-15 minutes en début de séance pour qu'ils fassent un peu ce qu'ils veulent, qu'ils s'approprient le tatami. Une fois ce quart d'heure passé, on exécute le salut et c'est parti." Et les séances comportent souvent différents axes tout en restant ludiques, un point important qui n'empêche pas d'apprendre efficacement. "Un échauffement avec des exercices de psychomotricité. Puis randori (combat d'entraînement). Pause dans le randori, pour faire une technique, puis on reprend pour essayer la petite technique et après on termine par un jeu."

Psychomotricité 

En se focalisant sur les plus jeunes, dur de se dire qu'ils vont tout de suite faire chuter leur adversaire ou chercher l'immobilisation au sol. "Au début, on est vraiment sur la psychomotricité. Tout ce qui touche au déplacement. Le premier trimestre concerne la psychomotricité individuelle et ensuite on passe au travail à deux." Un travail à deux amenant ces judokas de demain à apprendre à pousser à droite tout en tirant à gauche, avancer, reculer. Des déplacements que l'on retrouve allègrement chez les grands lors des combats. Mais ces exercices ont également d'autres vertus. "C'est bête, mais ça leur permet aussi de dissocier la gauche et la droite", glisse Sara. 

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Grâce aux deux créneaux disponibles, la jeunesse du JCM a la chance de pouvoir travailler par groupe d'âge et donc à gabarit égal. Un plus pour la formation, là où dans d'autres clubs, "il y a des groupes de 6 à 10 ans où tout le monde est mélangé. Nous avons la chance de pouvoir les regrouper par tranche d'âge." Les 4-6 ans partent ainsi sur un cycle de deux ans lorsqu'ils débutent. Un cycle au cours duquel la chute, élément immuable du judo, arrive rapidement, dès la fin du premier trimestre. Malgré tout, la sécurité restant au cœur des préoccupations, le travail au sol est privilégié lors de ces premières années. "Cela évite les mauvaises chutes et ils peuvent faire de la bagarre. Parce qu'ils viennent surtout pour ça."

Faire la bagarre

Difficile de donner tort à la jeune femme lorsqu'on voit les petits se mettre dos à dos, assis sur le tatami, attendant patiemment le top départ pour lancer le randori. Si cela peut ressembler à une foire d'empoigne où l'on se roule par terre, il n'en est rien. Car, sans forcément s'en rendre compte, ils apprennent une première technique de judo. "Partir dos à dos les aide à se canaliser. C'est un repère pour eux qui leur permet de se dire qu'à ce moment-là, ils doivent se concentrer. Quand ils travaillent au sol, ils le font sur la base du yoko shiho gatame, une technique de contrôle au sol", détaille Sara. Cependant, avec les petits, pas de japonais, mais des images animalières. "Quand j'étais jeune, on devait apprendre par cœur les noms des techniques en japonais et je trichais. Donc avec eux, je me sers d'images. Pour celle-ci, je parle de la prise du crabe. Il a deux pinces, en positionne une là et là et l'autre là (elle mime l'immobilisation) et il a un gros ventre pour ratatiner la crevette." 

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Des images et un vocabulaire propices aux surnoms pour les plus créatifs, souvent aidés par quelques autres enseignants. Il n'est ainsi pas rare de voir un petit appeler sa prof ''Saratatine'' ou ''Saratatouille'', pour ne citer que ceux-là. D'autant qu'ils n'hésitent pas à chambrer les autres professeurs. Venu passer un moment sur cet entraînement, Marcel Pietri, directeur technique du club, l'a d'ailleurs appris à ses dépens. "Hé Marcel , tu préfères le mar-sel ou le mar-poivre", lui lance un des petits bonhommes du groupe. "Oh ça c'est ton frère qui te l'a dit" lui rétorque, tout sourire, son enseignant. De l'humour, mais avec respect. Car au judo, on n'apprend pas qu'à "faire la bagarre. On leur enseigne également les valeurs du judo. C'est un sport individuel où il y a besoin de l'autre, qui se fait grâce à l'autre. Il est nécessaire de leur apprendre à vivre avec l'autre, de le respecter et d'oser combattre tout en respectant son adversaire. Le plus dur, au final, ce n'est pas la bagarre, mais être un judoka." 

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