Philippe Gilbert : "En Belgique, on a la culture 
de la gagne"

Auteur d'une année 2011 exceptionnelle, ponctuée par dix-neuf succès, Philippe Gilbert avait eu beaucoup de mal à enchaîner par la suite. Fin septembre, il a relevé la tête et a remporté le titre mondial sur route. Une belle récompense pour cet homme au naturel désarmant, qui a été plongé très tôt dans le monde du vélo.

Ce titre de champion du monde, c'était…

C'était un rêve, un objectif. En tant que Belge, j'ai cette culture des courses d'un jour. J'avais aussi vécu le titre de Tom Boonen en 2005. J'étais dans l'équipe, j'avais travaillé pour lui et ça reste l'un de mes meilleurs souvenirs. On a réussi à répéter ça sept ans après, presque avec les mêmes coureurs.

Qu'avez-vous ressenti en franchissant la ligne d'arrivée ?

Je n'ai pas eu beaucoup de réussite cette année, j’ai été beaucoup critiqué par la presse spécialisée. J'ai repensé à tout ça, mais aussi à mon équipe, qui m'a toujours soutenu.

Les critiques vous ont-elles donné un surplus de motivation ?

Oui. Je n’ai jamais réagi par voie de presse, j'ai répondu sur le vélo. C'est la meilleure réponse que l'on puisse donner. La presse belge est très dure avec les athlètes. À entendre certains présentateurs télé, ils seraient eux-mêmes les meilleurs du monde, ils savent tout faire, ils voient mieux que tout le monde et ont le meilleur palmarès. Ils ont la critique facile…

Se mettre à rouler dès l'adolescence, c'était une évidence ?

J'ai commencé à 14 ans. Je n'avais pas vraiment d'idole, j'aimais surtout les coureurs qui attaquaient. À l'époque, c'était Michele Bartoli, Michael Boogaert, Johan Museeuw… Dans ma famille, on parlait beaucoup de vélo. Je suis originaire d'un petit village (Aywaille, ndlr) qui est sur le parcours de Liège-Bastogne-Liège, avec la côte de la Redoute, qui est le juge de paix de l'épreuve. Automatiquement, ça a joué dans ma motivation.

Être Belge quand on fait du cyclisme, c'est supporter le poids d'une riche histoire…

Oui, bien sûr. (Il dégaine un sourire d'enfant) D'abord, on a le plus grand champion de tous les temps, Eddy Merckx. Personne n'arrivera à faire 10 % de ce qu'il a fait, c'est tout à fait énorme. 

Quel genre de relation entretenez-vous avec lui ?

Pour mes parents et les gens de cette génération, il a vraiment été une idole. Nous, on est trop jeunes pour le savoir. Mais la première fois que je l'ai vu, ça m'a fait quelque chose… C'est l'une des rares personnes de ce milieu qui m'a soutenu dans les moments où j'étais moins bien. Il m'appelait souvent. Je crois qu'il était fier de voir que je ne jetais pas l'éponge, que j'étais prêt à me battre. Quand notre fils est né, Eddy est venu nous rendre visite. Ça lui fera un beau souvenir quand on lui racontera ça plus tard !

La vision du cyclisme est-elle radicalement différente entre la France et la Belgique ?

En Belgique, on a plus la culture de la gagne, on n'est pas forcément content si on fait une place. En France, quand j'ai commencé, les gens avaient tendance à se satisfaire plus rapidement d'un résultat, à trouver des excuses quand ça marchait moins bien. 

Entre votre village natal et Monaco, où vous résidez, le contraste doit être saisissant…

Ça fait quatre ans que j'habite ici. La vie est très agréable. Avant cela, je partais souvent en stage au soleil, l'hiver. J'étais souvent vers Saint-Raphaël ou en Espagne. Je sais que je suis ici pour avoir une meilleure qualité de vie, avoir de la discipline et bien m'entraîner. Mais dans un endroit comme ça, on peut aussi perdre sa carrière, il y a beaucoup de tentations. On a tous nos amis ici, c'est facile de se donner rendez-vous au bar…

Comment occupez-vous votre temps libre ?

Il y a beaucoup de Belges ici. Avec ma famille, on habite sur le Rocher. On va souvent au Pinocchio. Les patrons du restaurant sont devenus des amis. Après, on aime profiter de la plage l'été. Ce que j'aime ici, c'est que je peux être tranquille. Il n'y a pas grand monde qui vient me parler de vélo, c'est un peu un luxe.

Vous arrive-t-il de côtoyer certains cyclistes basés dans les Alpes-Maritimes ?

Je m'entraîne beaucoup avec le Norvégien Thor Hushovd, qui est mon coéquipier. Je suis souvent avec le Français Amaël Moinard. Il nous arrive d'aller en Italie, vers Dolceacqua, au col de Vence ou dans l'arrière-pays niçois. L'été, on fait aussi le Turini. On essaye de varier, il y a tellement de possibilités !

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